{"id":1631,"date":"2009-10-16T12:52:06","date_gmt":"2009-10-16T10:52:06","guid":{"rendered":"\/7alire\/?p=1631"},"modified":"2009-11-03T12:26:57","modified_gmt":"2009-11-03T10:26:57","slug":"loccitan-langue-davenir-son-evolution-dans-lenseignement-et-dans-la-societe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/occitanie\/loccitan-langue-davenir-son-evolution-dans-lenseignement-et-dans-la-societe\/","title":{"rendered":"L&rsquo;occitan, langue d&rsquo;avenir. Son \u00e9volution dans l&rsquo;enseignement et dans la soci\u00e9t\u00e9"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Peter Cichon, Professeur d&rsquo;occitan \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Langues Romanes \u00e0 Vienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Texte de la conf\u00e9rence donn\u00e9e \u00e0 Montauban, mardi 9 septembre 2008 : \u00ab\u00a0L&rsquo;occitan, langue d&rsquo;avenir. Son \u00e9volution dans l&rsquo;enseignement et dans la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>L\u00b4occitan \u2013 une langue de l\u00b4avenir<\/strong><br \/>\n<span style=\"color: #003366;\">P<em>eter Cichon, Universit\u00e9 de Vienne\/Autriche<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>I) Permettez-moi de commencer mon intervention sur l&rsquo;avenir de l&rsquo;occitan <\/strong><\/span>avec une petite digression : Voir venir un allemand vous parler de l&rsquo;occitan peut vous para\u00eetre surprenant et m\u00eame pr\u00e9tentieux. Et cela \u00e0 juste titre \u2013 je m\u00b4imagine un fran\u00e7ais qui arrive en Westphalie, ma r\u00e9gion natale dans le nord de l&rsquo;Allemagne, pour me parler du bas-allemand ou \u00e0 Vienne o\u00f9 je vie depuis vingt ans pour me parler du viennois, du tyrolien ou du styrien.<br \/>\nVous trouvez la m\u00eame situation dans les sciences, p.ex. dans le domaine de la sociolinguistique qui est ma sp\u00e9cialit\u00e9 : on reproche souvent aux chercheurs \u00e9trangers d\u00b4\u00eatre trop peu familiaris\u00e9s avec les sp\u00e9cificit\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 examin\u00e9e pour bien comprendre ses habitudes linguistiques et pour les pouvoir d\u00e9crire convenablement. Un tel jugement est vrai et faux \u00e0 la fois. Il est vrai si &lsquo;convenablement&rsquo; signifie voir avec les yeux des membres de la soci\u00e9t\u00e9 en question. Or l&rsquo;\u00e9tranger, n&rsquo;\u00e9tant pas actant, mais seulement observateur, n&rsquo;a pas cette possibilit\u00e9. Par contre, il est faux si l&rsquo;on admet que d&rsquo;autres acc\u00e8s, d&rsquo;autres perspectives peuvent contribuer \u00e0 une connaissance plus approfondie.<br \/>\nIl est \u00e9vident qu&rsquo;en tant qu&rsquo;\u00e9tranger je n&rsquo;ai pas v\u00e9cu les m\u00eames conditions et les formes de socialisation linguistiques que vous, je n&rsquo;ai pas internalis\u00e9 les m\u00eames lignes de conduite et les m\u00eames \u00e9valuations culturelles, je n&rsquo;ai pas la m\u00eame notion du normal et de l&rsquo;exceptionnel. Par cons\u00e9quent, il est fort probable qu&rsquo;en tant qu&rsquo;externe j&rsquo;interpr\u00e8te certains ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux d&rsquo;une autre mani\u00e8re que les internes. Mais \u00e0 mon avis c&rsquo;est justement cette diff\u00e9rence d&rsquo;acc\u00e8s qui comporte une chance, celle d&rsquo;acqu\u00e9rir des connaissances compl\u00e9mentaires. Cette chance \u00e9pist\u00e9mologique de l&rsquo;\u00e9tranger en tant qu\u00b4examinateur est celle d&rsquo;un enfant qui ne cesse de s&rsquo;\u00e9merveiller devant le monde et qui essaie de sonder le sens profond de tout ph\u00e9nom\u00e8ne. Le dramaturge George Tabori, Hongrois de naissance, illustre ce que je viens de dire, lorsqu\u00b4on lui d\u00e9cerne en 1992 le prix litt\u00e9raire allemand Georg B\u00fcchner : \u201c[&#8230;] J&rsquo;aime cette langue [l&rsquo;allemand, P.C.], bien que je ne la poss\u00e8de pas enti\u00e8rement.<br \/>\nMais c&rsquo;est un avantage pour l&rsquo;\u00e9tranger qui veut rester \u00e9tranger, car \u00e7a lui permet de garder sa &lsquo;troisi\u00e8me oreille&rsquo;, de sorte qu&rsquo;il puisse, avec la curiosit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tranger, prendre les mots au pied de la lettre et fourrager dans les intestins de la langue [&#8230;]\u201c<br \/>\nB\u00e9n\u00e9ficier de la chance de l&rsquo;\u00e9tranger dans la recherche sociologique ou sociolinguistique consiste donc \u00e0 capitaliser sa relative distance par rapport \u00e0 son objet de recherche :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">a) Tandis que le scientifique occitan qui analyse le contact\/conflit franco-occitan ou la conscience linguistique des locuteurs risque d&rsquo;\u00eatre lui-m\u00eame assujetti aux effets des ph\u00e9nom\u00e8nes qu&rsquo;il examine, l&rsquo;\u00e9tranger peut aborder son sujet sans \u00e9motion et de mani\u00e8re<br \/>\nplus neutre et objective.<br \/>\nb) Gr\u00e2ce \u00e0 cette distance relative, le scientifique \u00e9tranger peut sonder le \u201cnaturel\u201c apparent. Dans le meilleur cas, il peut parvenir \u00e0 faire remonter \u00e0 la conscience des locuteurs leurs pratiques sociales (p. ex. langagi\u00e8res) patin\u00e9es par la routine ou bien refoul\u00e9es psychologiquement et permettre ainsi une v\u00e9rification de leur utilit\u00e9 sociale.<br \/>\nc) En outre, l&rsquo;\u00e9tranger peut plus facilement aborder des tabous. Chaque soci\u00e9t\u00e9 conna\u00eet des interpr\u00e9tations de son histoire ou des r\u00e8gles de fonctionnement internes qui sont gu\u00e8re th\u00e9matis\u00e9s, car inconsciemment on craint de mettre en question le fondement de sa propre identit\u00e9 en les soumettant \u00e0 une r\u00e9vision. Deux exp\u00e9riences que j&rsquo;ai faites lors de mes propres recherches peuvent illustrer la remarque pr\u00e9c\u00e9dente :<br \/>\nDans le cadre d&rsquo;une recherche sur la situation de l&rsquo;occitan dans le syst\u00e8me scolaire fran\u00e7ais, r\u00e9alis\u00e9e au cours des ann\u00e9es 80, j&rsquo;ai effectu\u00e9 une s\u00e9rie d&rsquo;interviews de longue dur\u00e9e avec un certain nombre de professeurs de coll\u00e8ge et de lyc\u00e9e qui enseignent l&rsquo;occitan. Et l\u00e0 j&rsquo;ai d\u00fb constater que malgr\u00e9 des programmes scolaires d&rsquo;occitan souvent d\u00e9taill\u00e9s ils avaient \u00e0 peine r\u00e9fl\u00e9chi sur la question de savoir en fonction de quel but social, de quelle r\u00e9partition sociale entre l&rsquo;occitan et le fran\u00e7ais ils munissaient leurs \u00e9l\u00e8ves d&rsquo;une comp\u00e9tence en occitan. En insistant sur la question, bon nombre d\u00b4entre eux admettaient qu\u00b4ils craignaient qu&rsquo;un approfondissement de cette question les oblige \u00e0 reconna\u00eetre l&rsquo;\u00e9chec social de l&rsquo;occitan.<br \/>\nJ\u00b4ai pu faire une autre observation du m\u00eame genre en Suisse o\u00f9 j&rsquo;ai r\u00e9alis\u00e9 une enqu\u00eate sur le comportement linguistique des Romands en contact avec des Suisses allemands.<br \/>\nNous savons tous que par rapport au contact des langues dans d&rsquo;autres pays europ\u00e9ens la copr\u00e9sence des langues en Suisse fonctionne de mani\u00e8re assez paisible, mais cela n&#8217;emp\u00eache pas qu&rsquo;elle ait connu et connaisse encore des situations de conflit (il suffit de penser \u00e0 la s\u00e9paration de la partie francophone du canton de Berne pour former un propre canton &#8211; le canton du Jura &#8211; dans les ann\u00e9es 70). L&rsquo;existence de ce genre de conflit semble \u00eatre syst\u00e9matiquement ni\u00e9 dans le discours public suisse. Or, le refoulement syst\u00e9matique des conflits latents qui souvent sont de courte dur\u00e9e et pourraient \u00eatre facilement r\u00e9solus, risque de nourrir de v\u00e9ritables tensions inter ethniques. Ici pour l&rsquo;\u00e9tranger, il est plus ais\u00e9 de sensibiliser \u00e0 des d\u00e9veloppements probl\u00e9matiques.<br \/>\nd) Enfin, l&rsquo;\u00e9tranger a plus de facilit\u00e9s \u00e0 faire des analyses contrastives et \u00e0 pr\u00e9senter des solutions alternatives \u00e0 des probl\u00e8mes sociaux ou sociolinguistiques. A l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9, les solutions envisag\u00e9es sont souvent les m\u00eames, tandis qu\u00b4entre les soci\u00e9t\u00e9s elles peuvent bien diverger.<br \/>\nEn somme, il me semble que pour parvenir \u00e0 une meilleure compr\u00e9hension des fonctionnements sociolinguistiques, on devrait combiner le regard de l\u00b4int\u00e9rieure et celui de l&rsquo;ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>II) Je suis donc un \u00e9tranger,<\/strong><\/span> mais pourtant la situation de l\u00b4occitan m\u00b4est assez famili\u00e8re. J\u00b4ai pass\u00e9 toute une ann\u00e9e dans des fermes occitans \u2013 au pied du Mont Ventoux, sur le Larzac, aux alentours d\u00b4Agen, pr\u00e8s de Grenade sur Garonne est \u00e9videmment ici, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Monclar-de-Quercy chez les familles Robert et Yves Linas \u2013 pour apprendre la langue du pays. J\u00b4ai ramass\u00e9 des prunes, j\u00b4ai taill\u00e9 la vigne, j\u00b4ai m\u00eame eu la possibilit\u00e9 de traire des brebis \u2013 504 le matin et 504 le soir, et \u00e0 travers tout cela je suis tomb\u00e9 amoureux de la langue et de la culture occitanes. Donc je crains de ne pas disposer pas vraiment de cette distance affective du chercheur \u00e9tranger dont je viens de parler.<br \/>\nEtant romaniste allemand, je proviens d\u00b4un monde universitaire qui depuis toujours a eu beaucoup d\u00b4affinit\u00e9 pour la langue et la culture occitane. Laissez-moi donc vous parler un peu de l\u00b4occitan dans le monde universitaire germanophone et commen\u00e7ons par l\u00b4universit\u00e9 de Vienne o\u00f9 j&rsquo;enseigne.<br \/>\nParlar coma romanista Vien\u00e9s de la situacion de l\u00b4occitan al niv\u00e8l universitari es un ofici pusl\u00e8u agradiu perque la situacion q\u00b4av\u00e8m ail\u00e0 es favorabla a la lenga \u2013 i s\u00e8m tres professors (Georg Kremnitz, Fritz-Peter Kirsch et i\u00e8u)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; (a) qu\u00b4asseguram regularament de seminaris completament o per lo mens parcialament dedicats a la linguistica e la literatura occitanas,<br \/>\n&#8211; (b) parallelament iniciam cada an dins un cors de lenga un detzenat d\u00b4estudiants a l\u00b4occitan referencial<br \/>\n&#8211; (c) e los tres ensems capitam a crear un s\u00f2l noiri\u00e7i\u00e8r, del que sortisson bon nombre de mem\u00f2rias e de t\u00e8sis de doctorat.<br \/>\nCresi que dins tot monde germanoparlant i a pas d\u00b4universitat mai occitanisada que la de Viena. Alavetz parlar de l\u00b4occitan coma romanista vien\u00e9s forn\u00eds un imatge un pauc atipic. Caquela l\u00b4ist\u00f2ria dels estudis occitans o estudis proven\u00e7als cossi s\u00b4apelavan dins lo passat dins las universitats de lenga alemanda, comenc\u00e8t d\u00b4un biais glorios. Tot lo long del s\u00e8gle detz-e-n\u00f2u e cap a la segonda gu\u00e8rra mondiala l\u00b4occitan et los estudis occitans \u00e8ran plan ancorats dins lo domeni dels estudis romans; cada romanista de renommat sabi\u00e1 legir los trobadors dins la lenga originala e consacrava una partida de son ensenhament y de sa recerca cientifica a aquesta lenga. I a de monde que sosten l\u00b4ipot\u00e8si que lo caract\u00e8r especific \u2013<br \/>\nromantic &#8211; dels estudis occitans dins lo monde germanoparlant \u2013 e que consist\u00eds dins una amira pancronica e dins l\u00b4integracion d\u00b4estudis literaris e linguistics &#8211; es una de las rasons qu\u00b4en Alemanha e Austria av\u00e8m totjorn d\u00b4 estudis romans que se son pas subdivisat dins una ti\u00e8ra de filolog\u00edas nacionalas coma dins d\u00b4autres paises. E naturalament se discut\u00eds f\u00f2r\u00e7a d\u00b4ont ven aqueste grand inter\u00e9s dels universitaris alemands per l\u00b4occitan. Se crei que i doas rasons, doas rasons que se succedisson. Abans l\u00b4imp\u00e8ri alemand de 1871 i avi\u00e1 benl\u00e8u l\u00b4affeccion dels alemands per una Occitania considerada coma autra \u201cnacion empachada\u201d; e apr\u00e8p, quand s\u00b4agrava la polarisacion politica entre Fran\u00e7a e Alemanha l\u00b4occitan ofr\u00eds als galloromanistas alemands un domeni d\u00b4estudis politicament inocent \u2013 e mai desconsiderada pels universitaris<br \/>\nfranceses. Cap a la primi\u00e8ra gu\u00e8rra mondiala i avi\u00e1 pas d\u00b4institut d\u00b4estudis romans sens per lo mens un professor qu\u00b4\u00e8ra sustut o tanben occitanista (provencalista). Los centres universitaris \u00e8ran Marburg (Stengel), Greifswald (Koschwitz), Halle (Suchier) e Berlin (Tobler, Levy, Apel, Schultz-Gora). Es solament apr\u00e8p la seconda gu\u00e8rra mondiala que los estudis occitans commen\u00e7an a declinar ; las rasons ?<br \/>\n&#8211; (a) los trabalhs realisats avi\u00e1n ja satisfach una bona partida dels desiderata cientifics ;<br \/>\n&#8211; (b) autre factor son los occitanistas que pendent lo govern dels nazis devi\u00e1n quitar lo pa\u00eds;<br \/>\n&#8211; (c) un tresen factor son de reorganisacions utilitaristas dels estudis romans qu\u00b4an marginalisat los estudis occitans.<br \/>\nCaquela se mantenon; suf\u00eds de mencionar de noms coma K\u00f6hler, M\u00f6lk, Krau\u00df, Rieger, Baldinger, Stimm, Pfister, Maas, Schlieben-Lange, Kirsch e Kremnitz, e i a plan d\u00b4autres. Es totjorn impressionant lo nombre de professors titularis acutals qu\u00b4an escrich lor t\u00e8sis de doctorat o la t\u00e8si d\u00b4estat sus un t\u00e8ma occitan. Lo sol probl\u00e8ma de la recerca es l\u00b4inegalitat dels temas investigats : las recercas sus la literatura medievala e los estudis linguistics, sustot de socioling\u00fcistica son plan avancats, mentre que d\u00b4autres dom\u00e8nis coma la literatura occitana moderna lo son plan mens (aqu\u00ed tanben Viena fa excepcion de la r\u00e8gla).<br \/>\nMentre que la situation de la recerca occitana es totjorn plan bona dins las universitats de lenga alemanda e \u2013 quic\u00f2m agradiu &#8211; i a totjorn un fum de joves universitaris que mantenon aquesta tradicion, sa presencia dins l\u00b4ensenhament universitari es mens florissanta : la coll\u00e8ga Trudel Meisenburg dins son analisi de l\u00b4annada universitaria 1998\/99 constata que dins los seminaris o los cors l\u00b4occitan es rarament mat\u00e8ria a part enti\u00e8ra mas fonciana ambe lo sosten d\u00b4autras disciplinas (p. ex. franc\u00e9s, italian, espanh\u00f2l, literatura comparativa, ist\u00f2ra, musicolog\u00eda etc.).<br \/>\nBon, Fin de la digrecion e tornem veire la situacion a Viena\u2026<br \/>\nCossi s\u00b4integr\u00eds l\u00b4occitan dins lo n\u00f2stre plan d\u00b4estudis? Es plan simple : los estudiants que v\u00f2lon estudiar una de las grandas lengas romanas &#8211; franc\u00e9s, italian, espanh\u00f2l, portugu\u00e9s o roman\u00e9s &#8211; coma primi\u00e8ra mati\u00e8ra devon s\u00e8gre pendent doas semestres un cors de base dins una segunda lenga romana \u2013 doas oras per setmana dins lo primi\u00e8r e quatre oras dins lo segond semestre. Al costat d\u00b4una de las cinc lengas mencionadas p\u00f2don causir tanben una lenga romana mens espandida y que son a l\u00b4ora d\u00b4ara a n\u00f2stre institut l\u00b4occitan, lo catalan e lo papiamentu. Naturalament ambe un total de sieis oras de cors de lenga aqueste p\u00f2t pas fornir grand causa. Caquel\u00e0 los estudiants sabon mantener una conversacion de basa, coneisson l\u00b4envergadura tematica de la literatura occitana (anciana e moderna) e coneisson tanben las rasons e las etapas mas importantas de la decad\u00e9ncia e de la renaissen\u00e7a de la cultura occitana. Mas la foncion primi\u00e8ra dels corses es de lor donar apetit a l\u00b4occitan, de lor inspirar l\u00b4enveja de dintrar mai e tot sol dins la cultura occitana e d\u00b4apprigondir son saber sus ela, un biais que practica p.ex. Madama Elisabeth Bazant que ven de parlar.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Una question que s\u00b4inspira naturalament es : perqu\u00e9 los estudiants s\u00b4interesson a l\u00b4occitan dins un pa\u00eds tan lu\u00e9nh e tan pauc romanisat ? \u2013 vos daisssetz pas embolhar per l\u00b4ambicion d\u00b4Autria d\u00b4aderir a l\u00b4Associacion internacionala de la francofon\u00eda \u2013 Austria es pas un pa\u00eds romanic). De segur i a de rasons plan diverses :<br \/>\n&#8211; son corioses de con\u00e9isser una lenga e cultura de la qu\u00b4aprenon a l\u00b4universitat qu\u00b4es un bre\u00e7 mai que mai important de la literatura occidentala e segon Dante Alighieri, la mai polida de las lengas romanas ;<br \/>\n&#8211; en seguida son curioses de con\u00e9isser las rasons de la vitalidad d\u00b4una cultura que viu e que subreviu desempu\u00e8i gaireben u\u00e8ch s\u00e8gles jos l\u00b4escantidor de la lenga francesa,<br \/>\ncoma digu\u00e8t Felix Castan; volon comprene cossi resist\u00eds a l\u00b4acculturacion e volon naturalament saber lo qu\u00b4a l\u00b4ora d\u00b4ara fa son originalitat ;<br \/>\n&#8211; ausisson qu\u00b4es una lenga plenament accessible per qualqu\u00b4un que con\u00e9is ja lo catalan o lo franc\u00e9s, e agantan aital l\u00b4escacenca de dintrar sens granda pena dins una nov\u00e8la cultura, e mai dins una lenga de pont, coma la qualifiqu\u00e8t Badia i Margarit, que lor facilita l\u00b4acc\u00e8s a d\u00b4autras lengas. Ai d\u00b4amics occitans que me dison, parli pas italian, alavetz quand vau en It\u00e0lia, parli occitan e ai l\u00b4impression que i a de monde que me compren melhor que quand parli franchimand ;<br \/>\n&#8211; sai que i a tanben las condicions de trabalh : dins los corses d\u00b4occitan, que son pusl\u00e8u pichons \u2013 e tot lo contrari de l\u00b4ensenhamant dins un institut ambe 4000 estudiants d\u00b4estudis romands e solament 80 professors. Dins los corses d\u00b4occitan nos coneissem plan, s\u00e8m coma en familha, e i s\u00b4espandis l\u00e8u una solidaritat entre nosautres que ven del partiment de l\u00b4affecion per una lenga e cultura que son valor se rev\u00e8la pas per la granda massa, ni en Fran\u00e7a ni mai en Alemanha o en Austria ; lo vam ambe lo qual los estudiants sortisson dels corses d\u00b4occitan se manifesta p. ex. dins lo fach que gaireben cada an i a de monde que va a N\u00eemes per participar a l\u00b4universitat occitana d\u00b4estiu ; al costat d\u00b4aqu\u00f2 cada an i a entre vint e trenta d\u00b4estudiants de n\u00f2stre institut pels que mon amic Rob\u00e8rt Linas de Montalban &#8211; aqui present &#8211; tr\u00f2ba de familhas d\u00b4Occit\u00e0nia ont los estudiants p\u00f2don melhorar lor franc\u00e9s mas ont an a l\u00b4enc\u00f2p la possibilitat d\u00b4ausir e de practicar l\u00b4occitan ;<br \/>\n&#8211; e finalament cal pas oblidar qu\u00b4en causissent l\u00b4occitan los estudiants manifestan su sensibilitad per una Eur\u00f2pa, que professa la pluralitat de sas lengas e culturas.<br \/>\nEncara que la situacion de l\u00b4occitan a l\u00b4institut d\u00b4estudis romans de l\u00b4universitat de Viena es pas cap maissanta, cal pas claure los uelhs als probl\u00e8mas e als revendicacions del avenir :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; un probl\u00e8ma et\u00e8rn que tot lo monde con\u00e9is es que s\u00e8m for\u00e7ats d\u00b4estalviar, sustot dins lo contexte de l\u00b4implantacion del programa de Bologna, aquesta triparticion bachelierat &#8211; master \u2013 doctorada &#8211; dels estudis universitaris europ\u00e8us ; dins la mesura que deven virulent per totas las lengas romanas, aqu\u00f2 fa cr\u00e9isser la pression justificadora sus las lengas romanas mens espandidas ; solament ont i a problema i a tanben escasen\u00e7a : una de las t\u00f2cas d\u00b4aquesta nivelacion dels programas d\u00b4estudis en Eur\u00f2pa \u2013 ne s\u00e8m encara lu\u00e8nh &#8211; es de melhorar la mobilitat dels estudiants a l\u00b4interior de l\u00b4union europ\u00e8a ; en consequ\u00e9ncia aur\u00e8m una mai granda concurr\u00e9ncia entre las universitats per atraire d\u00b4estudiants ; soi membre de la comicion de n\u00f2stre institut que defin\u00eds lo nov\u00e8l programa d\u00b4estudis segon lo mod\u00e8la de Bologna ; es evident que per atraire d\u00b4estudiants cal presentar quic\u00f2m d\u00b4atractiu ; a n\u00f2stre vejaire aqu\u00f2 exig\u00eds<br \/>\n&#8211; (a) d\u00b4un costat que los estudis si\u00e1n capitalisables sul mercat de trabalh,<br \/>\n&#8211; (b) e de l\u00b4autre que si\u00e1n originals.<br \/>\nPer asegurar aquesta originalitat e per donar a n\u00f2stre institut un perfil que lo destria dels autres, av\u00e8m l\u00b4intencion de mant\u00e9ner e benl\u00e8u d\u00b4acentuar una especialitat de n\u00f2stre institut e qu\u00b4es la diversitat de las lengas romanas ensenhadas \u2013 entre autre l\u00b4occitan.<br \/>\n&#8211; Caquel\u00e0 s\u00e8m pas \u00f2rbs e sab\u00e8m que i a una difer\u00e9ncia entre l\u00b4atractitat universataria de l\u00b4occitan e sa mai pichona atractvitat en def\u00f2ra de l\u00b4universitat aqu\u00f2 v\u00f2l dire sul mercat de trabalh d\u00b4Austria e d\u00b4Alemanha e que d\u00b4aqueste punt de vista la pression sociale sear de mai en mai granda. Alavetz pensam que d\u00b4assegurar sa pres\u00e9ncia d\u00b4un biais durad\u00eds a l\u00b4universitat lo cal ancorar dins una concepcion romanista: cal ensajar d\u00b4occitanisar dins una amira contrastiva los estudis d\u00b4autras lengas romanas ; a l\u00b4enc\u00f2p cal ensajar de mant\u00e9ner lo mai possible d\u00b4estudis occitans autonoms.<br \/>\nS\u00e8m optimistas que capitar\u00e8m !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"color: #ff6600;\">III) L\u00b4occitan est donc une langue du monde et une langue avec plein d\u00b4histoire<\/span><\/strong>. Mais l&rsquo;occitan peut \u00eatre et sera \u00e0 la fois une langue de l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p>Qu\u00b4est-ce qui me rend optimiste ? \u2013 Il y a trois motifs d\u00b4optisme :<br \/>\n<strong><span style=\"text-decoration: underline;\">1) Premier motif : sensibilisation politique au niveau europ\u00e9en<\/span><\/strong><br \/>\nTout maintien social d&rsquo;une langue, qu&rsquo;elle soit r\u00e9gionale ou nationale, est fonction de sa valeur d&rsquo;\u00e9change sur le march\u00e9 de la communication. L\u00e0 o\u00f9 cette valeur diminue, on assiste \u00e0 une diminution dans la pratique de cette m\u00eame langue. D&rsquo;autre part, si l&rsquo;on veut que les locuteurs des langues dites minoritaires continuent de les parler et qu&rsquo;ils les retransmettent \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration suivante, il faut que leur usage reste ou l\u00e0 il ne l\u00b4est plus, devienne socialement capitalisable. D&rsquo;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;assurer ce que les sociolinguistes catalans appellent la normalisation de la langue, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;une part, l&rsquo;adaptation de sa forme et de sa structure (\u00e0 savoir de son vocabulaire et de sa codification) aux besoins d&rsquo;une langue v\u00e9hiculaire moderne et de sa mise en pratique dans tous les circuits importants de la communication.<br \/>\nC&rsquo;est bien la compr\u00e9hension de ce m\u00e9canisme qui a amen\u00e9 le Conseil de l&rsquo;Europe et le Parlement Europ\u00e9en \u00e0 voter au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es un certain nombre de r\u00e9solutions ou de chartes dont le but commun est d&rsquo;am\u00e9liorer la pr\u00e9sence des langues minoritaires dans la vie publique. A titre d&rsquo;exemple, je cite la charte des langues r\u00e9gionales pr\u00e9sent\u00e9e par Gaetano Arf\u00e9, accompagn\u00e9e d&rsquo;un catalogue de mesures de soutien &#8211; \u00e9tabli par Cirici Pellicier &#8211; que le Conseil de l&rsquo;Europe a vot\u00e9 en 1981. Willy Kuypers soumet en 1987 un catalogue similaire au Parlement europ\u00e9en. Le dernier texte de ce genre est la Charte europ\u00e9enne pour les langues r\u00e9gionales ou minoritaires, que le Conseil de l&rsquo;Europe a approuv\u00e9 en 1992. Tous ces textes europ\u00e9ens revendiquent une meilleure pr\u00e9sence avant tout dans l\u00b4administration publique, dans le domaine de l&rsquo;enseignement \u00e9tatique et dans celui des mass m\u00e9dia. Or cela va presque sans dire : L&rsquo;\u00e9cole est l&rsquo;instrument-cl\u00e9 du contr\u00f4le culturel d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 et \u00e0 la fois un des plus importants multiplicateurs culturels et linguistiques. Quant aux mass m\u00e9dia, ils sont purement et simplement le syst\u00e8me central de diffusion d&rsquo;id\u00e9es et de par leur prestige, l&rsquo;instrument peut-\u00eatre le plus apte \u00e0 corroborer la conscience linguistique souvent d\u00e9ficitaire des minorit\u00e9s.<br \/>\nMaintenant, nous savons qu\u00b4un statut politique m\u00eame \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;une langue r\u00e9gionale n&rsquo;est point suffisant pour assurer de mani\u00e8re durable sa pr\u00e9sence sociale (pensez \u00e0 l\u00b4irlandais \u2013 langue coofficielle en Irlande, mais peu utilis\u00e9e dans la communication quotidienne). Il doit imp\u00e9rativement aller de pair avec un prestige correspondant aupr\u00e8s des locuteurs, sinon il risque de rester socialement inop\u00e9rant. C\u00b4est donc une tr\u00e8s bonne chose que les langues et cultures r\u00e9gionales en France figurent dor\u00e9navant dans la constitution fran\u00e7aise, mais il faut que leur mention soit accompagn\u00e9e par des proj\u00e8ts concr\u00e8ts d\u00b4application sinon leur valorisation reste symbolique Nous savons \u00e0 quel point la pratique et la pr\u00e9sence publique de toute langue r\u00e9gionale est tributaire de la bienvieillance du groupe linguistique majoritaire. En m\u00eame temps nous connaissons l&rsquo;influence n\u00e9faste que la propagande du monoculturalisme de la langue dominante exerce sur la conscience et la pratique des cultures minoritaires.<br \/>\nDans l&rsquo;usage administratif, les langues r\u00e9gionales sont expos\u00e9es \u00e0 la concurrence souvent \u00e9crasante de la langue dominante, car \u00e0 ce niveau, c&rsquo;est avant tout sa valeur fonctionnelle qui d\u00e9termine le choix d&rsquo;une langue. Et comme l&rsquo;infrastructure communicative et la codification des langues r\u00e9gionales sont souvent lacunaires, les langues dominantes leur sont fr\u00e9quemment pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es.<br \/>\nLe probl\u00e8me des mass m\u00e9dia est avant tout un probl\u00e8me financier et un probl\u00e8me de professionnalisme. Ce qu&rsquo;il est possible de faire dans le domaine de l&rsquo;audiovisuel, ce sont les Catalans qui nous le montrent le mieux : l&rsquo;attractivit\u00e9 de leur cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision est tellement forte que l\u00b4Etat espagnol a cr\u00e9\u00e9 sa propre cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9 en catalan pour ne pas perdre l&#8217;emprise t\u00e9l\u00e9visuelle sur la population catalane.<br \/>\nMalgr\u00e9 la pr\u00e9sence tr\u00e8s d\u00e9ficitaire des langues r\u00e9gionales dans les mass m\u00e9dia, ce sera surtout \u00e0 ce niveau-l\u00e0 que se d\u00e9cidera leur avenir dans nos soci\u00e9t\u00e9s m\u00e9diatis\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">2) Deuxi\u00e8me motif d\u00b4optimisme : l\u00b4am\u00e9lioration de sa situation scolaire<\/span><\/strong><br \/>\nL\u00b4enseignement de l\u00b4occitan est tributaire de son contexte politique et administratif, et celui ci, nous le savons, est assez incoh\u00e9rent. On peut constater \u00e0 l\u00b4heure actuelle un petit souffle qui anime la politique \u00e0 l\u00b4\u00e9gard les langues r\u00e9gionales. Depuis 1989, les langues r\u00e9gionales figurent dans le code de l\u00b4\u00e9ducation, qui stipule: \u00ab Un enseignement des langues et cultures r\u00e9gionales peut \u00eatre dispens\u00e9 tout au long de la scolarit\u00e9 selon des modalit\u00e9s d\u00e9finies par voie de convention entre l\u00b4Etat et les collectivit\u00e9s territoriales o\u00f9 ces langues son en usage. \u00bb Dans une perspective d\u00b4europ\u00e9anisation et suite au constat d\u00b4un retard de la France dans le domaine des langues \u00e9trang\u00e8res, l\u00b4Etat red\u00e9couvre le potentiel auxiliaire des langues r\u00e9gionales, dans l\u00b4apprentissage des langues europ\u00e9ennes ; dans ce sens, il oeuvre pour faciliter p. ex. l\u00b4acc\u00e8s \u00e0 l\u00b4allemand \u00e0 travers l\u00b4alsacien, \u00e0 l\u00b4italien \u00e0 travers le corse et au catalan et \u00e0 l\u00b4espagnol \u00e0 travers l\u00b4occitan. Ce n\u00b4est pas qqch. de particuli\u00e8rement nouveau : on en parle d\u00e9j\u00e0 dans l\u00b4article 2 de la loi Deixonne (1951) et, contrairement aux consignes de la Loi Ferry, tout au<br \/>\nlong du 19e et au d\u00e9but du 20e si\u00e8cles, maints instituteurs se sont appuy\u00e9s sur l\u00b4occitan pour faciliter \u00e0 leurs \u00e9l\u00e8ves l\u00b4apprentissage du fran\u00e7ais. Au niveau des r\u00e9gions et des rectorats d\u00b4acad\u00e9mies certains d\u00b4entre eux (p. ex. celle de Toulouse) affirment avoir l\u00b4intention de permettre \u00e0 chaque \u00e9l\u00e8ve d\u00b4avoir \u00e0 un moment de son cursus, un contact avec la langue occitane. Et au niveau des \u00e9tablissements scolaires, il y a des \u00e9coles exemplaires comme les coll\u00e8ges de Gramat et de Saint-Sulpice dans le Lot, o\u00f9 l&rsquo;occitan jouit d&rsquo;une pr\u00e9sence de type l&rsquo;immersion, c&rsquo;est-\u00e0-dire o\u00f9 existent des cours d\u00b4histoire-g\u00e9ographie en occitan, assurant ainsi la continuit\u00e9 des classes bilingues du premier degr\u00e9, existant dans ces communes.<br \/>\nD\u00b4autre part, nous savons que la r\u00e9alit\u00e9 scolaire occitane est loin d\u00b4\u00eatre satisfaisante. Les cours de langue sont souvent rigoureusement marginalis\u00e9s ou m\u00eame supprim\u00e9s des programmes, soit par n\u00e9gligence, soit sous pr\u00e9texte de manque de moyens financiers, soit par obstruction \u00e0 l\u00b4int\u00e9rieur du corps enseignant. Encore tout r\u00e9cemment j\u00b4ai eu le t\u00e9moignage d\u00b4une enseignante qui a entendu un proviseur de lyc\u00e9e, confront\u00e9 \u00e0 la demande de parents d\u00b4ouvrir des cours d\u00b4occitan, dire publiquement : \u00ab Si votre enfant veut faire du patois envoyez-le chez ses grands-parents en week-end ! \u00bb. Pourtant, le probl\u00e8me majeur de l\u00b4enseignement de l\u00b4occitan, en dehors \u00e9videmment du fait g\u00e9n\u00e9ral qu\u00b4il est de moins en moinscapitalisable dans la communication quotidienne et perd ainsi de son prestige social, est de nature structurale : manque de continuit\u00e9 des cours tout au long de la scolarit\u00e9, et manque de continuit\u00e9 surtout dans la transition de l\u00b4\u00e9cole maternelle \u00e0 l\u00b4\u00e9cole \u00e9l\u00e9mentaire et de l\u00b4enseignement primaire \u00e0 l\u00b4enseignement secondaire. J\u00b4ignore les chiffres des \u00e9l\u00e8ves actuellement inscrits dans des cours d\u00b4occitan, mais je doute fort qu\u00b4une d\u00e9claration comme \u00ab Le nombre d\u00b4\u00e9l\u00e8ves suivant un enseignement de langue r\u00e9gionale a [\u2026] augment\u00e9 de 40% en cinq ans \u00bb, prononc\u00e9 par le ministre de l\u00b4\u00e9ducation le 18 mars 2005, lors d\u00b4un d\u00e9bat au S\u00e9nat, soit fid\u00e8le \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de l\u00b4enseignement de l\u00b4occitan.<br \/>\nL\u00b4un des d\u00e9fis majeurs de l\u00b4enseignement de l\u00b4occitan semble \u00eatre la permanence du contact entre les \u00e9l\u00e8ves et le monde occitan alentour. Jusqu\u00b4apr\u00e8s la seconde guerre mondiale, l\u00b4enseignement de l\u00b4occitan, \u00e0 travers la m\u00e9thode Freinet, s\u00b4appuyait sur le lien \u00e9troit entre l\u00b4\u00e9cole et le monde occitan alentour. Aujourd\u00b4hui, suite \u00e0 la r\u00e9gression de ce contact, l\u00b4enseignement de l\u00b4occitan se rapproche de plus en plus de celui des langues \u00e9trang\u00e8res.<br \/>\nAinsi, non seulement les jeunes n\u00e9olocuteurs occitans risquent de se singulariser mais encore, on ne voit pas comment l\u00b4occitan pourrait subsister sans communication entre les g\u00e9n\u00e9rations. Les enseignants d\u00b4occitan semblent \u00eatre bien conscients de ce probl\u00e8me. Dans le cadre d\u00b4une enqu\u00eate que j\u00b4ai r\u00e9alis\u00e9 il y a juste trois ans, j\u00b4ai pos\u00e9 la question s\u00b4ils ont l\u00b4impression que leur enseignement diff\u00e8re de celui des autres langues, au niveau des m\u00e9thodes. Alors quelques r\u00e9ponses:<br \/>\n&#8211; oui, bien s\u00fbr il y a tant \u00e0 d\u00e9couvrir, cela d\u00e9passe le simple cadre d\u00b4une langue \u00e9trang\u00e8re ;<br \/>\n&#8211; l\u00b4enseignement de l\u00b4occitan s\u00b4appuie directement sur une r\u00e9alit\u00e9 sociale qui entoure l\u00b4\u00e9l\u00e8ve ;<br \/>\n&#8211; oui, car il ne s\u00b4agit pas d\u00b4une langue \u00e9trang\u00e8re, je pars de ce que les \u00e9l\u00e8ves connaissentd\u00e9j\u00e0 [\u2026] les th\u00e8mes de civilisation sont plus proches d\u00b4eux mais touchent aussi \u00e0 l\u00b4universel, on peut tout dire en oc ;<br \/>\n&#8211; relation avec le milieu ext\u00e9rieur, les habitudes linguistiques et culturelles du milieu familial.<br \/>\nPar cons\u00e9quent les enseignants s\u00b4efforcent, dans la mesure du possible, d\u00b4int\u00e9grer cet environnement dans leur programmes de cours :<br \/>\n&#8211; je sollicite au maximum les connaissances familiales ;<br \/>\n&#8211; la d\u00e9marche s\u00b4appuie sur leur environnement naturel et sur ce qu\u00b4ils vivent au quotidien, sur leur rapport quotidien avec la langue ;<br \/>\n&#8211; je leur demande de proc\u00e9der \u00e0 des enqu\u00eates (pour la langue) ; les retours sont positifs ; mais le revers de la m\u00e9daille c\u00b4est qu\u00b4ils ne voient la langue parl\u00e9e que par les vieux ;<br \/>\n&#8211; c\u00b4est rarement une langue vivante, si c\u00b4est le cas, j\u00b4essaie de l\u00b4int\u00e9grer \u00e0 mon cours en demandant les mots qui les ont marqu\u00e9s ;<br \/>\n&#8211; je peux me servir des connaissances de certains \u00e9l\u00e8ves pour syst\u00e9matiser un point de langue ou illustrer la diversit\u00e9 dialectale ; cependant, il faut penser aux \u00e9l\u00e8ves de famille nouvellement arriv\u00e9es dans notre r\u00e9gion (et ils sont de plus en plus nombreux) ; les ressources en support documentaires r\u00e9gionaux, des textes de presse, magazines et reportages t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, m\u00eame s\u00b4ils restent encore trop rares, sont les bienvenus ; c\u00b4est une occasion de sensibiliser les jeunes \u00e0 la p\u00e9nurie de moyens frappant les langes minoritaires et \u00e0 l\u00b4int\u00e9r\u00eat de pr\u00e9server la glottodiversit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour assurer la pr\u00e9sence de l\u00b4occitan \u00e0 long terme, il semble imp\u00e9ratif de doter les \u00e9l\u00e8ves non seulement d\u00b4une bonne comp\u00e9tence linguistique &#8211; d\u00b4ailleurs sensible aux variantes dialectales et r\u00e9f\u00e9rentielles &#8211; mais aussi d\u00b4une comp\u00e9tence pragmatique, qui leur permet en effet d\u00b4engager et de maintenir le contact avec les locuteurs primaires. Doter les \u00e9l\u00e8ves d\u00b4une comp\u00e9tence linguistique qui ne d\u00e9boucherait pas sur la pratique ne sert \u00e0 rien. Alors, en quoi pourrait consister une telle comp\u00e9tence pragmatique qui permettrait de renouveler la communication interg\u00e9n\u00e9rationnelle ? A mon avis, elle reposerait sur<br \/>\na) une connaissance approfondie des m\u00e9canismes du refoulement social et situationnel de l\u00b4occitan,<br \/>\nb) une conscience linguistique et un savoir culturel suffisamment importants pour inspirer la pratique ;<br \/>\nc) l\u00b4appropiation par les \u00e9l\u00e8ves d\u00b4un stock de strat\u00e9gies discursives qui leur permettrait de s\u00b4int\u00e9grer dans la communication occitane.<br \/>\nEn m\u00eame temps l\u00b4enseignement doit r\u00e9pondre aux besoins linguistiques des \u00e9l\u00e8ves qui, en tant que n\u00e9olocuteurs, auront \u00e0 se cr\u00e9er de nouveaux domaines de communication. L\u00e0, on peut se demander si la comp\u00e9tence dont on les dote est toujours \u00e0 la hauteur de leurs besoins linguistiques. S&rsquo;efforce-t-on suffisamment de sonder la sp\u00e9cificit\u00e9 de ces besoins, qui ne sont pas forc\u00e9ment identiques aux besoins d\u00b4un locuteur primaire ? A-t-on jamais fait l\u00b4inventaire des sujets et des situations de communication typiques d\u00b4un jeune locuteur secondaire en occitan, de ses besoins en langue standard et en langue locale, du vocabulaire, des genres de textes et des types d\u00b4usage oral et \u00e9crit de la langue ? Il faudrait, quoi qu\u00b4il en soit, proc\u00e9der \u00e0 ce type de questionnement et de tenter d\u00b4y r\u00e9pondre, afin que les jeunes locuteurs puissent capitaliser leurs connaissances acquises. Sinon, on risquerait de les voir se d\u00e9tourner d\u00e9finitivement de leur langue.<br \/>\nPour am\u00e9liorer l\u00b4ancrage scolaire et social de l\u00b4enseignement quatre taches me semblent donc \u00eatre prioritaires :<br \/>\n&#8211; assurer une bien meilleure int\u00e9gration de l\u00b4occitan dans l\u00b4enseignement primaire ;<br \/>\n&#8211; am\u00e9liorer l\u00b4int\u00e9gration linguistique et id\u00e9ologique des locuteurs primaires et secondaires afin de pouvoir int\u00e9grer l\u00b4enseignement dans le monde occitanophone ambiant ;<br \/>\n&#8211; pourvoir les \u00e9l\u00e8ves d\u00b4une comp\u00e9tence occitane pas seulement linguistique, mais aussi pragmatique, pour qu\u00b4ils parviennent vraiment \u00e0 faire passer l\u00b4occitan dans la communication (es pas lo n\u00f2stre patoes\u2026)<br \/>\n&#8211; engager une discussion approfondie sur la future fonction sociale de l\u00b4occitan dans un monde forc\u00e9ment plurilingue et formuler des programmes d\u00b4enseignement correspondants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">3) Troisi\u00e8me motif d\u00b4optimisme : am\u00e9lioration de la conscience linguistique des locuteurs<\/span><\/strong><br \/>\nGr\u00e2ce aux \u00e9tudes nous disposons aujourd&rsquo;hui des connaissances approfondies sur la conscience linguistique et culturelle, sur ses d\u00e9terminantes et sur ses cons\u00e9quences.<br \/>\n&#8211; Nous connaissons mieux les types courants de socialisation linguistique individuelle, surtout parmi les jeunes ; la place de l&rsquo;occitan dans la communication familiale et sociale ; les influences psychosociales, surtout les repr\u00e9sentations individuelles de la connotation sociale de l&rsquo;occitan.<br \/>\n&#8211; Et l\u00e0 nous pouvons constater que la conscience linguistique des locuteurs primaires dans l&rsquo;ensemble s&rsquo;est consid\u00e9rablement d\u00e9patois\u00e9e, surtout gr\u00e2ce \u00e0 une restitution du savoir culturel et une pr\u00e9sence publique l\u00e9g\u00e8rement am\u00e9lior\u00e9e.<br \/>\n&#8211; En m\u00eame temps les recherches de terrain r\u00e9v\u00e8lent que la conscience linguistique des locuteurs primaires et secondaires \u2013 ce sont des gens qui s\u00b4occitanisent suite \u00e0 une d\u00e9cision personnelle (\u00e9l\u00e8ves, \u00e9tudiants, intellectuels et autre) conna\u00eet des divergences, de sorte que la communication entre eux n&rsquo;est pas toujours facile.<br \/>\n&#8211; L\u00b4affermissement de la conscience n&rsquo;a pas, du moins jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, conduit \u00e0 un renforcement de la pratique. Nous en connaissons aussi la cause: bien que la conscience linguistique des occitanophones se soit am\u00e9lior\u00e9e, ce processus n&rsquo;est pas accompagn\u00e9 d\u00b4une revalorisation de la langue parmi les locuteurs francis\u00e9s ou non-occitans qui ne sont pas pr\u00eats \u00e0 s&rsquo;ouvir \u00e0 la langue. Par cons\u00e9quent, l\u00b4occitan ne peut pas \u00e9largir ses champs d&rsquo;application et perd de nouveau le prestige qu&rsquo;il vient de gagner parmi ses locuteurs. La langue \u00e9tant d\u00e9pourvu d&rsquo;utilit\u00e9 sociale en dehors de ses cercles traditionnels, ces m\u00eames locuteurs ne voient pas le sens de s\u00b4occitaniser davantage dans la pratique langagi\u00e8re et d&rsquo;\u00e9tendre l\u00b4occitan \u00e0 de nouveaux domaines.<br \/>\n&#8211; Un autre facteur qui r\u00e9duit le prestige de l&rsquo;occitan et qui en m\u00eame temps affaiblit la conscience linguistique des locuteurs est le constat d&rsquo;une perdition acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e de la langue, aussi dans les niches g\u00e9ographiques (r\u00e9gions montagnardes) ou sociales (vie rurale), un processus qu\u00b4ils ne croient pas pouvoir freiner, faute d&rsquo;un soutien politique massif.<br \/>\n&#8211; D&rsquo;autre part, les locuteurs font aussi des observations qui pourraient affermir leur conscience linguistique : l&rsquo;existence des locuteurs secondaires, en g\u00e9n\u00e9ral jeunes, citadins, sachant \u00e0 la fois parler et \u00e9crire la langue et repr\u00e9sentant ainsi une occitanit\u00e9 moderne.<\/p>\n<p>Vous voyez, les observations que l\u00b4on peut faire au sujet de l\u00b4occitan sont tr\u00e8s diverses. On peut-en d\u00e9duire une vision optimiste ou pessimiste sur son avenir. Moi je me mets du c\u00f4t\u00e9 des optimistes: je vois encore plein de locuteurs, ici et ailleurs, je vois beaucoup d\u00b4engagement dans tous les domaines, pas seulement au niveau de la politique, de l\u00b4administration, de l\u00b4\u00e9cole et des mass media, mais \u00e0 la fois au niveau culturel, que ce soit la musique, la danse, le th\u00e9atre, le film, l\u00b4artisanat et tant d\u00b4autres. Et tant qu\u00b4il y a autant de vitalit\u00e9 linguistique d\u00b4engagement, il y aura aussi un avenir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\">Peter Cichon, Professeur d&rsquo;occitan \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Langues Romanes \u00e0 Vienne. Texte de la conf\u00e9rence donn\u00e9e \u00e0 Montauban, mardi 9 septembre 2008 : \u00ab\u00a0L&rsquo;occitan, langue d&rsquo;avenir. Son \u00e9volution dans l&rsquo;enseignement et dans la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. 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