{"id":21177,"date":"2019-11-25T15:30:02","date_gmt":"2019-11-25T13:30:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/?p=21177"},"modified":"2022-02-06T17:49:10","modified_gmt":"2022-02-06T15:49:10","slug":"la-poesie-du-quotidien-pierette-champon-chirac","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/genre\/poesie\/la-poesie-du-quotidien-pierette-champon-chirac\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La po\u00e9sie du quotidien\u00a0\u00bb  Pierette CHAMPON-CHIRAC"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_12021\" aria-describedby=\"caption-attachment-12021\" style=\"width: 425px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/wp-content\/uploads\/pierrettechampon1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-12021\" title=\"Pierrette CHAMPON-CHIRAC\" src=\"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/wp-content\/uploads\/pierrettechampon1.jpg\" alt=\"Pierrette CHAMPON-CHIRAC\" width=\"425\" height=\"319\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-12021\" class=\"wp-caption-text\">Pierette CHAMPON-CHIRAC<\/figcaption><\/figure>\n<h4>Qui est Pierrette CHAMPON-CHIRAC<\/h4>\n<p>Vosgienne de naissance, puisque n\u00e9e \u00e0 Sapois, dans ce d\u00e9partement, le 27 mars 1939, quelques mois avant la d\u00e9claration de la seconde Guerre Mondiale qui va conduire ce qui reste du r\u00e9giment de son p\u00e8re dans l\u2019Aveyron suite \u00e0 l\u2019invasion ennemie.<br \/>\nNous la retrouvons donc en septembre 1941 \u00e0 R\u00e9quista o\u00f9 la famille s\u2019installera d\u00e9finitivement et c\u2019est ainsi que Pierrette \u00e2g\u00e9e de 2 ans devient Aveyronnaise \u00e0 part enti\u00e8re.<br \/>\nEn f\u00e9vrier 1959, elle \u00e9pouse Charles et de cette union na\u00eetront Erick et Diane.<\/p>\n<h4>ORIGINE-EDUCATION<\/h4>\n<p>Apr\u00e8s le cycle scolaire primaire \u00e0 l\u2019\u00e9cole Saint Joseph de R\u00e9quista, Pierrette Champon-Chirac poursuit des \u00e9tudes secondaires \u00e0 Albi, puis \u00e0 l\u2019\u00e9cole Normale de Lyon, \u00e9tudes qui lui ouvrent les portes de l\u2019enseignement. Ensuite, tout en exer\u00e7ant, elle passe le DEUG, la Licence, qui lui permettront d\u2019acc\u00e9der au titre de Professeur certifi\u00e9 Lettres Modernes.<br \/>\nDe 1959 \u00e0 1968, les voyages occupent les cong\u00e9s du couple qui parcourt l\u2019Italie, la Sicile, la Yougoslavie, la Gr\u00e8ce, la Turquie, la Syrie, le Liban, l\u2019URSS, la Finlande, Norv\u00e8ge, Su\u00e8de, Danemark, Luxembourg, Suisse, Tch\u00e9coslovaquie Belgique, Allemagne, Pays Bas, Angleterre, Espagne, Portugal en camping et voiture particuli\u00e8re.<br \/>\nApr\u00e8s avoir parcouru l\u2019Europe, la soif de d\u00e9couverte l\u2019entra\u00eene de la r\u00e9gion Lyonnaise \u00e0 la Tunisie o\u00f9 elle exerce 6 ans au lyc\u00e9e de KSAR HELLAL. De l\u00e0 elle va conna\u00eetre le sud de l\u2019Alg\u00e9rie et le Maroc puis se rend en C\u00f4te d\u2019Ivoire durant 12 ans, au lyc\u00e9e de jeunes filles de Yamoussoukro. Elle visite le Mali, la Haute Volta, le B\u00e9nin, le Ghana, le Niger.<br \/>\nElle termine sa carri\u00e8re \u00e0 Saint-Priest au coll\u00e8ge Boris Vian.<br \/>\nA la retraite elle parcourt encore l\u2019Egypte, la Guadeloupe et enfin la Guyane qu\u2019elle avait tant voulu conna\u00eetre.<br \/>\nPris\u00e9e pour\u00a0ses programmes p\u00e9dagogiques qui suivent fid\u00e8lement les instructions minist\u00e9rielles concernant la po\u00e9sie, elle parvint \u00e0 obtenir de hauts patronages. Partout o\u00f9 elle est pass\u00e9e elle a sem\u00e9 le virus de la po\u00e9sie chez ses \u00e9l\u00e8ves, Tunisiens, Ivoiriens, Fran\u00e7ais.<br \/>\nLes concours de po\u00e9sie o\u00f9 ses \u00e9l\u00e8ves obtiennent les premiers prix, en particulier \u00e0 Mont\u00e9limar, Agen, lui vaudront les encouragements de l\u2019Inspection Acad\u00e9mique et du Maire de Saint-Priest qui lui donne la m\u00e9daille de la ville.<\/p>\n<h4>LOISIRS ET POESIE<\/h4>\n<p>Parvenue \u00e0 l\u2019\u00e2ge de la retraite, Pierrette CHAMPON-CHIRAC retourne \u00e0 R\u00e9quista sur les pas de son enfance.<br \/>\n\u2026\u00a0Passionn\u00e9e de po\u00e9sie en r\u00e9elle militante, elle continue sa croisade pour une po\u00e9sie visant \u00e0 d\u00e9crire les \u00e9tats d\u2019\u00e2mes et les \u00e9motions, pourvu que les id\u00e9es fassent \u00e9tat de simplicit\u00e9, de sobri\u00e9t\u00e9 et de sinc\u00e9rit\u00e9. Elle lance en 1998 un premier concours de po\u00e9sie dont l\u2019enjeu est de r\u00e9unir ceux qui \u00e9crivent et qui souvent se sentent isol\u00e9s dans leur coin. Elle donne des conseils en po\u00e9sie classique \u00e0 ceux qui le souhaitent. La remise des prix de son concours \u00e0 Lincou (R\u00e9quista 12170) permet aux po\u00e8tes de d\u00e9couvrir le d\u00e9partement de l\u2019Aveyron et ses paysages divers.<\/p>\n<h4>PUBLICATIONS<\/h4>\n<p>Pierrette CHAMPON-CHIRAC sert la Po\u00e9sie avec foi et pers\u00e9v\u00e9rance dans un adage qui est le n\u00f4tre servir et non se servir. Pour justifier sa croisade, elle s\u2019exprime dans les cours dispens\u00e9s dans les classes scolaires, certes, mais aussi dans les revues et les quotidiens, \u00e0 l\u2019occasion des manifestations locales\u00a0en particulier la F\u00eate de la Brebis \u00e0 R\u00e9quista au cours de laquelle elle propose depuis 13 ans un salon du livre qui r\u00e9unit une trentaine d\u2019auteurs.<\/p>\n<p>Pr\u00e9sidente fondatrice de \u00ab\u00a0L\u2019Association CROXIBI\u00a0\u00bb dont la vocation principale est la Po\u00e9sie, Pierrette CHAMPON CHIRAC fut aussi membre de la Soci\u00e9t\u00e9 des Gens de Lettres de France, soci\u00e9taire et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e pour l\u2019Aveyron et le Lot de la Soci\u00e9t\u00e9 des Po\u00e8tes Fran\u00e7ais, membre et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e r\u00e9gionale de la Soci\u00e9t\u00e9 des Po\u00e8tes classiques, membre et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e du Cercle International de l\u2019Art et de la Pens\u00e9e fran\u00e7aise (CIPAF), membre de la Soci\u00e9t\u00e9 des Sciences et Lettres de l\u2019Aveyron, membre de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Encouragement au Progr\u00e8s.<\/p>\n<p>R\u00e9cemment elle s\u2019est mise au roman d\u2019intrigue court et a publi\u00e9 aux <a href=\"http:\/\/les-editions-brumerge.wifeo.com\/champon\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">\u00e9ditions Brumerge<\/a><br \/>\nCes romans s\u2019adressent \u00e0 ceux qui lisent peu et qui trouveront dans ses romans une intrigue qui les am\u00e8ne \u00e0 ne pas l\u00e2cher le livre du d\u00e9but \u00e0 la fin.<\/p>\n<p>Voici quelques titres\u00a0:<br \/>\n-Panique en for\u00eat<br \/>\n-Reste chez nous<br \/>\n-Pour ne pas oublier<br \/>\n-Dans les pas du mensonge<br \/>\n-Le 5\u00e8me trou<\/p>\n<p>Savoir que les droits d\u2019auteur sont revers\u00e9s int\u00e9gralement \u00e0 une association qui \u0153uvre \u00e0 B\u00e9nar\u00e8s.<\/p>\n<p>Elle a fait \u00e9crire des personnes \u00e2g\u00e9es sur leur enfance, adolescence, vie d\u2019adulte etc. dans \u00ab\u00a0Des vies parall\u00e8les\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle a publi\u00e9 des albums photos pour sauver la m\u00e9moire du R\u00e9quistanais<\/p>\n<p>-Il \u00e9tait une fois R\u00e9quista (2012)<br \/>\n-M\u00e9moire du R\u00e9quistanais Tome 1 et 2<br \/>\n-R\u00e9quista, retour vers le pass\u00e9<br \/>\n-Les 20 ans de la f\u00eate de la brebis<br \/>\n-Mon \u00e9cole, notre \u00e9cole<\/p>\n<h4>RECOMPENSES<\/h4>\n<p>Ses m\u00e9rites ont \u00e9t\u00e9 reconnus par l\u2019attribution des :<br \/>\nPrix de Fondation donn\u00e9 par la Soci\u00e9t\u00e9 des Po\u00e8tes Fran\u00e7ais<br \/>\nCoupe de la ville de Paris d\u00e9cern\u00e9e par l\u2019Institut Acad\u00e9mique<br \/>\nGrand prix du M\u00e9rite Po\u00e9tique de l\u2019Institut Interages de Pau pour son \u0153uvre.<br \/>\nM\u00e9daille d\u2019Or du CIPAF<br \/>\nM\u00e9daille d\u2019argent de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Encouragement au Progr\u00e8s<br \/>\nM\u00e9daille d\u2019argent de la Soci\u00e9t\u00e9 des Po\u00e8tes Classiques<br \/>\nM\u00e9daille de la ville de Saint-Priest, M\u00e9daille de la ville de R\u00e9quista lui a procur\u00e9 sa plus grande joie\u2026.<br \/>\nPar ailleurs, signalons que Pierrette CHAMPON-CHIRAC a re\u00e7u les encouragements de Patrick POIVRE d\u2019ARVOR et de personnalit\u00e9s du Monde Politique de toutes nuances confondues qui lui ont valu\u00a0:<br \/>\nle grade de Commandeur dans l\u2019ordre des Palmes Acad\u00e9miques et celui d\u2019Officier des Arts et Lettres de France.<\/p>\n<p>Contact : <a href=\"mailto:croxibi@orange.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">croxibi@orange.fr<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>Chaque jour peut \u00eatre un sujet de po\u00e9sie.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>La po\u00e9sie sert \u00e0 vaincre l\u2019isolement.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Pierrette Champon<\/p>\n<p>AMI<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 que tu viennes, peu m\u2019importe<br \/>\nIl te suffit d\u2019\u00eatre sympa<br \/>\nTu pourras frapper \u00e0 ma porte<br \/>\nEt toujours elle s\u2019ouvrira.<\/p>\n<p>Choisis de parler, de te taire,<br \/>\nJe ne te demanderai rien.<br \/>\nSur toi, conserve le myst\u00e8re<br \/>\nSi le silence te convient.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9clat de tes yeux, ton sourire<br \/>\nAuront droit \u00e0 tous les \u00e9gards,<br \/>\nLes mots que tu ne saurais dire<br \/>\nSe devinent dans les regards.<\/p>\n<p>Que tu sois Blanc, ou Noir, ou Jaune<br \/>\nCela n\u2019est pas tr\u00e8s important.<br \/>\nSans vouloir te faire l\u2019aum\u00f4ne<br \/>\nAmi, prends la main qui se tend.<\/p>\n<p>ADIEU POETE<\/p>\n<p>Le po\u00e8te a cess\u00e9 de vivre ce matin,<br \/>\nLes oiseaux se sont tus dans l\u2019arbre du jardin.<br \/>\nPar la fen\u00eatre ouverte,<br \/>\nIls constatent la perte<br \/>\nDe leur ami si cher qui dispara\u00eet soudain.<\/p>\n<p>Assis dans son fauteuil, front pos\u00e9 sur la table,<br \/>\nUn stylo dans la main, pr\u00e8s d\u2019elle son portable,<br \/>\nIl paraissait dormir.<br \/>\nDans l\u2019ultime soupir,<br \/>\nIl \u00e9crivit des mots d\u2019un sens incontestable.<\/p>\n<p>Le texte inachev\u00e9 rend hommage \u00e0 l\u2019amour,<br \/>\nCar il \u00e9tait pour tous le dernier troubadour<br \/>\nSachant dire je t\u2019aime<br \/>\nPar le biais d\u2019un po\u00e8me.<br \/>\nMais, h\u00e9las\u00a0! Celui-ci ne verrait pas le jour.<\/p>\n<p>Le moment est venu de d\u00e9poser sa plume,<br \/>\nDans les bras de la Muse, il part sans amertume<br \/>\nPour un autre univers.<br \/>\nQue deviendront ses vers\u00a0?<br \/>\nQu\u2019importe, dans le ciel une \u00e9toile s\u2019allume.<\/p>\n<p>AIMER A LA FOLIE<\/p>\n<p>Elle attend \u00e0 l\u2019arr\u00eat du car,<br \/>\nToujours exacte \u00e0 son passage.<br \/>\nLes passants, qu\u2019elle d\u00e9visage,<br \/>\nFuient devant l\u2019\u00e9trange regard<br \/>\nLes yeux hagards d\u2019une d\u00e9mente<br \/>\nQu\u2019\u00e0 peine un peu de bleu pigmente.<br \/>\nElle va les bras, en avant.<br \/>\nCraignant qu\u2019elle les interpelle,<br \/>\nIls s\u2019affolent en la voyant,<br \/>\nEt s\u2019\u00e9cartent bien vite d\u2019elle.<\/p>\n<p>Elle vient l\u00e0, soir et matin,<br \/>\nCertains connaissent son histoire<br \/>\nEn effet, la folle veut croire<br \/>\nQue va revenir Augustin<br \/>\nSon mari parti pour la guerre,<br \/>\nMort sur une terre \u00e9trang\u00e8re.<br \/>\nCroyant encore \u00e0 son retour<br \/>\nL\u2019esp\u00e9rance la tient en vie\u00a0;<br \/>\nElle revient l\u00e0 chaque jour<br \/>\nCar elle l\u2019aime \u00e0 la folie.<\/p>\n<p>BEAUX ARBRES<\/p>\n<p>Ma bo\u00eete \u00e0 lettres fait le plein<br \/>\nDe documents publicitaires.<br \/>\nIls alimenteront l\u2019\u00e2tre de mon moulin.<br \/>\nLorsque je vois le feu mordre les caract\u00e8res,<br \/>\nPhrases et mots tordus<br \/>\nJe me dis\u00a0: que d\u2019arbres perdus<br \/>\nPour faire du papier. Mon Dieu\u00a0! Quel gaspillage.<br \/>\nEn esprit je pars en voyage<br \/>\nEn Afrique \u00e0 ce qu\u2019il para\u00eet.<br \/>\nSoudain, je me retrouve au c\u0153ur de la for\u00eat<br \/>\nO\u00f9 les g\u00e9ants qui m\u2019environnent<br \/>\nRespectent ma personne.<br \/>\nJ\u2019entends battre leur c\u0153ur, respirer leurs poumons<br \/>\nPuis, je ferme les yeux, l\u2019\u00e9motion m\u2019oppresse.<br \/>\nAu loin s\u2019annoncent les d\u00e9mons,<br \/>\nHumains, avides de richesse.<\/p>\n<p>Ils arrivent en conqu\u00e9rants<br \/>\nConduisant d\u2019\u00e9normes machines\u00a0;<br \/>\nLa beaut\u00e9 de ces lieux les laisse indiff\u00e9rents<br \/>\nCar ils sont venus pour mettre \u00e0 l\u2019air les racines<br \/>\nDes arbres colossaux,<br \/>\nPlus grands que les vaisseaux<br \/>\nQue j\u2019imagine allant sur des mers de verdure<br \/>\nA la recherche d\u2019aventure.<br \/>\nPour nourrir nos futilit\u00e9s,<br \/>\nTr\u00e8s vite par la scie, ils seront d\u00e9bit\u00e9s<br \/>\nEt nous aurons tables et chaises<br \/>\nEn teck pour y prendre nos aises,<br \/>\nDes feuilles de papier en tous genres parfois,<br \/>\nDes tas de documents qu\u2019on ne sait plus o\u00f9 mettre\u2026<br \/>\nEt je r\u00eave ainsi chaque fois<br \/>\nLorsque je re\u00e7ois une lettre.<\/p>\n<p>FRERE<\/p>\n<p>Fr\u00e8re, te souviens-tu parfois de notre enfance<br \/>\nEn cet endroit lointain, autre terre de France<br \/>\nO\u00f9 nos parents vivaient heureux,<br \/>\nInsouciants et d\u00e9sireux<br \/>\nDe profiter de l\u2019existence\u00a0?<\/p>\n<p>Fr\u00e8re, te souviens-tu de ces jours de terreur<br \/>\nO\u00f9 nous \u00e9tions soudain plong\u00e9s dans le malheur<br \/>\nH\u00e9las\u00a0! priv\u00e9s de notre m\u00e8re<br \/>\nCar le pays \u00e9tait en guerre<br \/>\nEt nous, prisonniers de la peur.<\/p>\n<p>Fr\u00e8re, te souviens-tu des moments de d\u00e9tresse<br \/>\nO\u00f9 l\u2019on nous refusait l\u2019amour et la tendresse\u00a0?<br \/>\nJe revois les corps enlac\u00e9s<br \/>\nDe deux pauvres enfants bless\u00e9s<br \/>\nCherchant des yeux une caresse.<\/p>\n<p>Fr\u00e8re, te souviens-tu de ces hommes d\u00e9ments<br \/>\nQui nous ont inflig\u00e9s de mauvais traitements.<br \/>\nNous \u00e9tions jeunes pour comprendre<br \/>\nTout ce que la r\u00e9volte engendre<br \/>\nSans \u00e9pargner les innocents.<\/p>\n<p>Fr\u00e8re, te souviens-tu qu\u2019en d\u00e9pit des obstacles<br \/>\nNous avons surv\u00e9cu\u00a0; croyons donc aux miracles<br \/>\nQui nous sortirent de l\u2019enfer<br \/>\nEn nous faisant franchir la mer<br \/>\nTout en d\u00e9fiant les oracles.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un temps tr\u00e8s long, l\u2019espoir est revenu<br \/>\nNous f\u00fbmes projet\u00e9s en un monde inconnu<br \/>\nEt nous avons repris haleine<br \/>\nDans une existence sereine<br \/>\nMais depuis, qu\u2019es-tu devenu\u00a0?<\/p>\n<p>Car nous avons suivi deux chemins parall\u00e8les<br \/>\nSans avoir partag\u00e9 de ferveurs fraternelles<br \/>\nEn ne pensant qu\u2019\u00e0 l\u2019avenir<br \/>\nO\u00f9 tout pourrait nous r\u00e9ussir,<br \/>\nMais nos attaches sont r\u00e9elles.<\/p>\n<p>Seront pass\u00e9s les jours, les mois et soixante ans<br \/>\nAvons-nous oubli\u00e9 les souvenirs d\u2019enfants<br \/>\nEt de notre commune histoire\u00a0?<br \/>\nAs-tu chass\u00e9 de ta m\u00e9moire<br \/>\nQu\u2019en nous coulait le m\u00eame sang\u00a0?<\/p>\n<p>LES ANGOISSES DE LA CH\u00c8VRE<br \/>\n(en rapport avec la statue de la brebis de R\u00e9quista)<\/p>\n<p>En \u00e9tant gentille \u00e0 souhait,<br \/>\nLa petite ch\u00e8vre a beau plaire<br \/>\nEt donner des litres de lait<br \/>\nH\u00e9las\u00a0! Elle se d\u00e9sesp\u00e8re.<br \/>\nOn la voit petit \u00e0 petit<br \/>\nPerdre du poids et l\u2019app\u00e9tit.<br \/>\nPour son ma\u00eetre quelle tristesse\u00a0!<br \/>\nIl ne peut que s\u2019interroger\u00a0:<br \/>\nElle refuse de manger<br \/>\nEt parfois m\u00eame sa caresse.<\/p>\n<p>On sent au fond de son regard<br \/>\nQue la d\u00e9pression la guette,<br \/>\nR\u00eaverait-elle de d\u00e9part\u00a0?<br \/>\nQue se passe-t-il dans sa t\u00eate\u00a0?<br \/>\nSi la ch\u00e8vre pouvait parler<br \/>\nElle pourrait se confier<br \/>\nChevroter d\u2019une voix \u00e9mue\u2026<br \/>\nEt nous ne serions pas surpris<br \/>\nQu\u2019elle jalouse la brebis<br \/>\nCar elle n\u2019a pas de statue.<\/p>\n<p>L\u2019ACCORDEONISTE<br \/>\nPour Guy Lacan<\/p>\n<p>Dans la rue, il s\u2019en va toujours silencieux,<br \/>\nPartitions en main, des notes, plein la t\u00eate.<br \/>\nIl compose en marchant des airs m\u00e9lodieux<br \/>\nQu\u2019il fera d\u00e9couvrir aux bals, les jours de f\u00eate.<\/p>\n<p>A ce moment ses doigts sur son accord\u00e9on<br \/>\nCourent agilement et son esprit s\u2019envole\u00a0;<br \/>\nMais il ne garde pas cet estimable don<br \/>\nQu\u2019il aime \u00e0 partager, g\u00e9n\u00e9reux, b\u00e9n\u00e9vole.<\/p>\n<p>Proposant des le\u00e7ons \u00e0 tous, les samedis,<br \/>\nIls arrivent de loin ses tr\u00e8s nombreux \u00e9l\u00e8ves<br \/>\nAmoureux des accords, les grands et les petits<br \/>\nCherchent \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s des provisions de r\u00eaves.<\/p>\n<p>Dans la salle v\u00e9tuste, ils vont se ressourcer<br \/>\nPr\u00e8s de lui qui, pendant presque toute sa vie,<br \/>\nEprouva de la joie \u00e0 les initier<br \/>\nAu musette, au classique \u2026 en toute modestie.<\/p>\n<p>De R\u00e9quista, partout, il porte le flambeau<br \/>\nDispensant la musique ainsi qu\u2019un philanthrope\u00a0;<br \/>\nMais les \u00e9l\u00e8ves auront eu leur plus beau cadeau<br \/>\nEn remportant deux fois la coupe de l\u2019Europe.<\/p>\n<p>LA MORT DU CHIEN<br \/>\nPour D\u00e9sir\u00e9<\/p>\n<p>Il s\u2019appelait Youki, le chien tant d\u00e9sir\u00e9,<br \/>\nUn cadeau de l\u2019\u00e9pouse, un Beagle, chien de race<br \/>\nQui comme un ami cher \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9,<br \/>\nLe meilleur compagnon pour se rendre \u00e0 la chasse.<\/p>\n<p>On lisait ais\u00e9ment le bonheur dans ses yeux<br \/>\nQuand son ma\u00eetre portait le fusil \u00e0 l\u2019\u00e9paule,<br \/>\nAvec des bonds, des sauts, des jappements joyeux<br \/>\nLe chien autour de lui, dansait la farandole.<\/p>\n<p>Rien ne les arr\u00eatait, ni le froid, ni le vent.<br \/>\nIls sortaient tous les deux pour une promenade<br \/>\nBien plus que pour chasser, Youki partait devant<br \/>\nLaissant derri\u00e8re lui, son ma\u00eetre en embuscade.<\/p>\n<p>Et le chien regardait le perdreau s\u2019envoler<br \/>\nSans qu\u2019un coup de fusil ne brise le silence,<br \/>\nIl voyait du fourr\u00e9 le li\u00e8vre d\u00e9taler<br \/>\nSans que le bon chasseur sur ses traces s\u2019\u00e9lance.<\/p>\n<p>On lisait dans leurs yeux de la complicit\u00e9<br \/>\nQuand son ma\u00eetre rentrait, heureux, fourbu, bredouille.<br \/>\nIls jouissaient chacun d\u2019un repos m\u00e9rit\u00e9<br \/>\nToujours pr\u00eats, l\u2019un et l\u2019autre, \u00e0 partir en vadrouille.<\/p>\n<p>Mais les meilleurs moments ont h\u00e9las une fin.<br \/>\nEn novembre dernier, le chien tomba malade.<br \/>\nIl \u00e9tait, \u00e0 quinze ans, presque sur le d\u00e9clin.<br \/>\nComme c\u2019est dur de voir partir un camarade\u00a0!<\/p>\n<p>Quand ses g\u00e9missements brusquement se sont tus,<br \/>\n(Face \u00e0 la maladie il n\u2019existe aucune arme),<br \/>\nSon bon ma\u00eetre comprit qu\u2019il ne souffrirait plus.<br \/>\nSur sa joue on le vit essuyer une larme.<\/p>\n<p>LA M\u00c8RE<\/p>\n<p>Maman, un mot plein de tendresse<br \/>\nQui fait l\u2019effet d\u2019une caresse<br \/>\nTant il \u00e9voque la douceur,<br \/>\nAussi parfum\u00e9 qu\u2019une fleur<br \/>\nQu\u2019on cueille avec d\u00e9licatesse.<\/p>\n<p>Point besoin d\u2019or ni de richesse,<br \/>\nDu berceau jusqu\u2019\u00e0 la vieillesse,<br \/>\nElle est ce qu\u2019on a de meilleur<br \/>\nMaman.<\/p>\n<p>Pour l\u2019enfant ch\u00e9ri qu\u2019on agresse<br \/>\nElle se transforme en tigresse<br \/>\nGare \u00e0 ceux qui font son malheur\u00a0!<br \/>\nElle reste dans notre c\u0153ur<br \/>\nQuand on la quitte avec tristesse<br \/>\nMaman.<\/p>\n<p>SPLEEN<\/p>\n<p>Tr\u00e8s souvent je m\u2019ennuie, alors je tourne en rond.<\/p>\n<p>Je ne sais pas pourquoi puisque j\u2019ai tant \u00e0 faire\u00a0!<br \/>\nComme s\u2019il m\u2019arrivait d\u2019avoir touch\u00e9 le fond,<br \/>\nEt je sombre sans cause en d\u00e9sarroi profond.<br \/>\nIl me faudrait partir pour changer d\u2019atmosph\u00e8re.<br \/>\nAutrefois j\u2019aurais fait ma valise d\u2019un bond<br \/>\nPour aller d\u00e9couvrir d\u2019autres lieux sur la terre.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s souvent je m\u2019ennuie alors je tourne en rond.<\/p>\n<p>Qu\u2019il pleuve ou fasse beau, qu\u2019importe, je pr\u00e9f\u00e8re Rester chez moi, pensive une main sur le front<br \/>\nSans entendre ni voir, dans un \u00e9tat second.<br \/>\nJe n\u2019ai plus go\u00fbt \u00e0 rien ainsi tout m\u2019indiff\u00e8re<br \/>\nJe cherche en vain ce qui pourrait me satisfaire<br \/>\nMais, h\u00e9las\u00a0! Aucun v\u0153u, ni d\u00e9sir ne r\u00e9pond<br \/>\nEt petit \u00e0 petit tout mon corps se morfond.<br \/>\nAinsi j\u2019apprends comment on devient solitaire.<\/p>\n<p>LE BANC<\/p>\n<p>Depuis longtemps, couvert de mousse,<br \/>\nSous le pommier o\u00f9 l\u2019herbe pousse<br \/>\nIl est toujours l\u00e0, vermoulu<br \/>\nLe banc o\u00f9 j\u2019ai tant attendu.<br \/>\nCroyant qu\u2019avec le temps qui passe<br \/>\nTu viendrais reprendre ta place<br \/>\nJ\u2019esp\u00e9rais, seule, dans le noir<br \/>\nLe c\u0153ur gros mais rempli d\u2019espoir.<br \/>\nLe bruit d\u2019un pas n\u2019\u00e9tait qu\u2019un leurre<br \/>\nEt je restais encore une heure<br \/>\nNe voulant pas me d\u00e9cider,<br \/>\nQuand la nuit venait, \u00e0 rentrer.<br \/>\nPuis je m\u2019inventais une histoire<br \/>\nQue je garde dans ma m\u00e9moire.<br \/>\nDepuis, mes cheveux ont blanchi<br \/>\nEt le vert du banc a p\u00e2li.<\/p>\n<p>LA VEILLEE<\/p>\n<p>Ah\u00a0! Quels bons souvenirs des soirs, \u00e0 la campagne,<br \/>\nDans la cuisine \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019obscurit\u00e9 gagne,<br \/>\nEn rassemblant petits et grands.<br \/>\nLa p\u00e9nombre souvent fait oublier les \u00e2ges,<br \/>\nL\u2019\u00e9clat vif du foyer anime les visages<br \/>\nAinsi que ses p\u00e9tillements.<\/p>\n<p>La vieille, au ch\u00e2le noir crois\u00e9 sur sa poitrine,<br \/>\nAgite un doigt nerveux, sa t\u00eate dodeline<br \/>\nQuand elle n\u2019a pas tout compris.<br \/>\nSes mains tremblent ainsi qu\u2019au vent la feuille morte<br \/>\nLes mots en occitan qui, de sa bouche sortent<br \/>\nSecouent de rire les petits.<\/p>\n<p>Sourde, elle n\u2019entend pas quand ils se moquent d\u2019elle<br \/>\nAvec son foulard noir et son col en dentelle<br \/>\nFerm\u00e9 par un ruban.<br \/>\nIls ne correspondront plus avec leur a\u00efeule<br \/>\nQui, bient\u00f4t dans son coin, va se retrouver seule<br \/>\nS\u2019ils n\u2019apprennent pas l\u2019occitan.<\/p>\n<p>LA PASSANTE<\/p>\n<p>Elle va, lentement, sans errer, dans la ville,<br \/>\nUn foulard en couleur nou\u00e9 sous le menton,<br \/>\nSans jamais se presser, d\u2019un petit pas tranquille,<br \/>\nMalgr\u00e9 tout \u00e9l\u00e9gante avec un pantalon.<\/p>\n<p>Sur le bord du trottoir sa d\u00e9marche l\u00e9g\u00e8re<br \/>\nLa rend attendrissante en sa fragilit\u00e9.<br \/>\nSouvent, elle s\u2019arr\u00eate et ramasse par terre,<br \/>\nUn petit bout de rien qu\u2019elle met de c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p>Elle agit chaque jour de fa\u00e7on naturelle<br \/>\nEt marche dans la rue, ainsi, par tous les temps.<br \/>\nMes yeux sont attir\u00e9s par un aimant, c\u2019est elle,<br \/>\nLe vendredi, debout, sur mon balcon, j\u2019attends.<\/p>\n<p>Une musique \u00e9trange \u00e9clate dans ma t\u00eate,<br \/>\nMais, bient\u00f4t me voil\u00e0 seule avec le regret<br \/>\nLa nuit vient de cacher sa fr\u00eale silhouette<br \/>\nQuand je ne la vois plus, le charme dispara\u00eet.<\/p>\n<p>LE POETE DES BOIS<br \/>\n(pour Max Roumagnac)<\/p>\n<p>Cet homme solitaire, un peu comme un ermite<br \/>\nA d\u00e9cid\u00e9 de vivre au c\u0153ur de la for\u00eat.<br \/>\nBrindilles et fagots font bouillir sa marmite,<br \/>\nUn vieux ch\u00eane abattu lui sert de tabouret.<br \/>\nLe feuillage, le ciel sont l\u2019unique toiture<br \/>\nDe la maison b\u00e2tie au sein de la nature.<br \/>\nIl a su se construire un \u00e9trange univers,<br \/>\nUn petit paradis, puisque c\u2019est un po\u00e8te<br \/>\nEt la Muse des bois insuffle dans sa t\u00eate<br \/>\nDes kyrielles de beaux vers.<\/p>\n<p>Il r\u00e8gne sur un monde immense et sans limite<br \/>\nIl a pour compagnon pie et chardonneret<br \/>\nIl existe vraiment, non, ce n\u2019est pas un mythe<br \/>\nEt ses proches sont un \u00e9cureuil, un furet.<br \/>\nLes champignons des bois poussent en ribambelles<br \/>\nIl sait o\u00f9 sont cach\u00e9s bolets et chanterelles,<br \/>\nTrompettes de la mort et d\u2019autres m\u00e9connus.<br \/>\nIl cueille aussi, selon, fraises, framboises, m\u00fbres,<br \/>\nCar il a le secret de bonnes confitures<br \/>\nPour agr\u00e9menter ses menus.<\/p>\n<p>Depuis longtemps il vit comme un anachor\u00e8te<br \/>\nQue l\u2019on pense en dehors de la r\u00e9alit\u00e9.<br \/>\nChacun ne voit en lui qu\u2019un r\u00eaveur, un po\u00e8te<br \/>\nQui, pour les gens du bourg, n\u2019a pas d\u2019identit\u00e9.<br \/>\nMais depuis quelque temps, r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par la presse<br \/>\nA cet homme des bois, soudain on s\u2019int\u00e9resse<br \/>\nSes talents d\u00e9voil\u00e9s par le biais d\u2019un journal.<br \/>\nPour vanter ses \u00e9crits il suffit d\u2019une page<br \/>\nEt d\u00e9sormais il fait la fiert\u00e9 du village<br \/>\nL\u2019a\u00e8de du monde rural.<\/p>\n<p>VIVEMENT LA PLUIE<\/p>\n<p>L&rsquo;annonce de la M\u00e9t\u00e9o<br \/>\nEn ce moment nous horripile<br \/>\nQuand elle dit qu&rsquo;il fera beau.<br \/>\nPourtant, le citadin jubile<br \/>\nNe pensant qu&rsquo;\u00e0 dorer sa peau,<br \/>\nEn s&rsquo;\u00e9talant nu sur la plage<br \/>\nPlus soucieux de son bronzage<br \/>\nQue des produits sur le march\u00e9.<\/p>\n<p>Pense-t-il aux cultivateurs<br \/>\nLuttant contre la s\u00e9cheresse,<br \/>\nA qui ne restent que les pleurs<br \/>\nPour mieux exprimer leur d\u00e9tresse,<br \/>\nMaudissant l&rsquo;exc\u00e8s de chaleur<br \/>\nEsp\u00e9rant un jour qu&rsquo;un nuage<br \/>\nDe la pluie sera le pr\u00e9sage ?<br \/>\nH\u00e9las! il est d\u00e9j\u00e0 trop tard.<\/p>\n<p>Partout s&rsquo;\u00e9tendent champs br\u00fbl\u00e9s<br \/>\nPlus aucune surface verte.<br \/>\nRuisseaux \u00e0 sec, sols craquel\u00e9s ..<br \/>\nEt les pompiers sont en alerte.<br \/>\nLes pollueurs, \u00e9cervel\u00e9s<br \/>\nQue les privations d\u00e9rangent,<br \/>\nCauses de ce climat qui change,<br \/>\nSeront aussi punis un jour.<\/p>\n<p>SOUVENIRS DE RENTREE<\/p>\n<p>Les \u00e9l\u00e8ves sont l\u00e0, quelquefois vingt ou trente.<br \/>\nIls se sont mis en rang, au signal, dans la cour.<br \/>\nEn blouse noire ou grise et sans marque apparente,<br \/>\nIls rentrent en disant \u00e0 leur ma\u00eetre \u00ab\u00a0bonjour\u00a0\u00bb.<br \/>\nPetits aux grands m\u00eal\u00e9s marchent \u00e0 la baguette<br \/>\nCar les parents d\u2019accord n\u2019ont qu\u2019une id\u00e9e en t\u00eate,<br \/>\nQue leur enfant apprenne et fasse des progr\u00e8s.<br \/>\nIls ne contestent pas l\u2019autorit\u00e9 du ma\u00eetre,<br \/>\nCar la mani\u00e8re forte, il leur faut bien l\u2019admettre,<br \/>\nEst l\u2019unique clef du succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Le marronnier g\u00e9ant, dans la cour de l\u2019\u00e9cole,<br \/>\nOffre son vert feuillage et veille en protecteur<br \/>\nSur les enfants joyeux qui font la farandole<br \/>\nSe tenant par la main, chantant de tout leur c\u0153ur.<br \/>\nMais \u00e0 l\u2019\u00e9cart, timide, une petite fille<br \/>\nA laiss\u00e9 sur sa joue une larme qui brille.<br \/>\nQuel est donc son chagrin\u00a0? Le saurai-je jamais.<br \/>\nLorsque les autres rient qui cause ainsi sa peine\u00a0?<br \/>\nEt j\u2019aimerais bien voir jouer, l\u2019\u00e2me sereine,<br \/>\nL\u2019\u00e9l\u00e8ve que je reconnais.<\/p>\n<p>Autour d\u2019elle qui peut comprendre sa d\u00e9tresse\u00a0?<br \/>\nSes pleurs s\u00e9cheront quand la ronde prendra fin.<br \/>\nElle se r\u00e9fugie aupr\u00e8s de la ma\u00eetresse<br \/>\nQui tente avec des mots de l\u2019apaiser, en vain.<br \/>\nC\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019elle quitte sa m\u00e8re,<br \/>\nElle \u00e9prouve loin d\u2019elle une tristesse am\u00e8re,<br \/>\nD\u00e9j\u00e0, pr\u00e8s de la porte, elle attend son retour.<br \/>\nEt c\u2019est ainsi souvent le jour de la rentr\u00e9e<br \/>\nQu\u2019une petite fille \u00e0 la mine apeur\u00e9e<br \/>\nSe morfond seule dans la cour.<\/p>\n<p>LES ALTRUISTES<\/p>\n<p>Dans la ville certains ne trouvent rien \u00e0 faire<br \/>\nQuand on manque de bras au secours populaire<br \/>\nPour s\u2019occuper d\u2019autrui,<br \/>\nEt se meurent d\u2019ennui.<br \/>\nIls pourraient simplement faire le ramassage Des nombreux v\u00eatements d\u2019\u00e9toffe ou de lainage<br \/>\nDont les greniers sont encombr\u00e9s.<\/p>\n<p>On peut se demander quel esprit les anime<br \/>\nCes b\u00e9n\u00e9voles qui, sans toucher un centime,<br \/>\nSe montrent toujours pr\u00eats<br \/>\nEt souvent guillerets<br \/>\nPour apporter une aide et sans qu\u2019on les appelle,<br \/>\nSans attendre en retour que soit lou\u00e9 leur z\u00e8le.<br \/>\nLeur dit-on quelquefois merci\u00a0?<\/p>\n<p>Le soir ils vont servir un bol de boisson chaude<br \/>\nAux pauvres d\u00e9munis que le vent froid taraude.<br \/>\nIls donnent leur loisir,<br \/>\nAider c\u2019est leur plaisir.<br \/>\nDans les villes, les bourgs, ces gens \u0153uvrent sans tr\u00eave<br \/>\nEt qu\u2019arriverait-il s\u2019ils faisaient un jour gr\u00e8ve\u00a0?<br \/>\nIl vaut mieux ne pas y penser.<\/p>\n<p>LE SOIR<\/p>\n<p>Le soir, avant de m\u2019endormir<br \/>\nSouvent revit le souvenir<br \/>\nDe la pr\u00e9sence maternelle<br \/>\nQui me prot\u00e9geait sous son aile<br \/>\nMe conseillant, sans me punir.<\/p>\n<p>Quand l\u2019heure vient me pr\u00e9venir<br \/>\nQue le jour va bient\u00f4t finir<br \/>\nJ\u2019aime \u00e0 me retrouver pr\u00e8s d\u2019elle,<br \/>\nLe soir.<\/p>\n<p>Je voudrais bien la retenir<br \/>\nEt pr\u00e8s de moi la maintenir<br \/>\nL\u2019image qui fut mon mod\u00e8le,<br \/>\nA laquelle je suis fid\u00e8le.<br \/>\n\u00d4\u00a0! Pourra-t-elle revenir<br \/>\nLe soir\u00a0?<\/p>\n<p>ESCAPADE<\/p>\n<p>Ne pouvant supporter ces quinze jours d\u2019exil,<br \/>\nIl avait fait le mur pour quitter le chenil,<br \/>\nPouss\u00e9 par un ardent amour pour sa ma\u00eetresse<br \/>\nPartie \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, seule dans la d\u00e9tresse.<br \/>\nIl a march\u00e9 sans fin dans le vent, dans la nuit,<br \/>\nInsensible au danger, par son instinct conduit,<br \/>\nSans manger, sans dormir, sans se reposer m\u00eame.<br \/>\nRien ne l\u2019arr\u00eaterait jusqu\u2019\u00e0 celle qu\u2019il aime.<br \/>\nEn sachant qu\u2019il vivait un affreux cauchemar,<br \/>\nEpuis\u00e9 le chien d\u00fbt s\u2019arr\u00eater dans un bar<br \/>\nComme s\u2019il comprenait qu\u2019avec son tatouage<br \/>\nOn le ram\u00e8nerait chez elle ou dans sa cage.<br \/>\nC\u0153ur battant, harass\u00e9, ses pauvres pieds meurtris,<br \/>\nLe regard confiant, il sait qu\u2019on l\u2019a compris.<br \/>\nIl g\u00e9mit doucement au souvenir de celle<br \/>\nQu\u2019il ne peut oublier lui, son ami fid\u00e8le.<\/p>\n<p>NO\u00cbL SANS OIE<\/p>\n<p>Tapi dans le foss\u00e9, les yeux \u00e0 demi clos,<br \/>\nAu coin du bois Renard, attend le cr\u00e9puscule\u00a0;<br \/>\nDes frissons convulsifs lui parcourent le dos\u00a0:<br \/>\nIl vient d\u2019apercevoir un point blanc, minuscule.<\/p>\n<p>Sur le museau pointu la moustache fr\u00e9mit,<br \/>\nIl s\u2019entra\u00eene \u00e0 jeter un regard qui foudroie.<br \/>\nIl observe, nerveux, la forme qui grandit,<br \/>\nEst-ce un coq\u00a0? Une poule\u00a0? Il reconna\u00eet une oie.<\/p>\n<p>L\u2019imprudente s\u2019approche, ignorant le danger.<br \/>\nLe Renard a bondi d\u00e8s qu\u2019elle est apparue.<br \/>\nA l\u2019abri du feuillage, il court pour la cacher\u00a0:<br \/>\nUne plume apr\u00e8s l\u2019autre, elle se trouve nue.<\/p>\n<p>La chair app\u00e9tissante augmente son d\u00e9sir.<br \/>\nMais, par o\u00f9 commencer, par une aile, une cuisse\u00a0?<br \/>\nIl est tout excit\u00e9 de voir ce corps fr\u00e9mir<br \/>\nEt laisse son museau courir sur la peau lisse.<\/p>\n<p>Tandis qu\u2019un souffle chaud lui passe dans le cou,<br \/>\nUn fin duvet d\u2019argent se r\u00e9pand autour d\u2019elle.<br \/>\nLe soleil rougeoyant s\u2019est cach\u00e9 tout \u00e0 coup,<br \/>\nLe silence se fait, sur un battement d\u2019aile.<\/p>\n<p>PAR AMOUR<br \/>\nPour Th\u00e9r\u00e8se<\/p>\n<p>Par amour elle a fui la ville<br \/>\nEt son existence facile.<br \/>\nElle a rejoint le troubadour<br \/>\nQui l\u2019attendait au carrefour<br \/>\nPour une belle et longue idylle<\/p>\n<p>Elle a quitt\u00e9 son domicile<br \/>\nEt son doux confort inutile<br \/>\nSans aucun regret, sans d\u00e9tour<br \/>\nPar amour.<\/p>\n<p>Loin du monde \u00e0 l\u2019esprit futile<br \/>\nDans la nature elle jubile<br \/>\nPr\u00e8s du berger qui, nuit et jour,<br \/>\nSans lui faire de longs discours,<br \/>\nA su la charmer par son style<br \/>\nEt surtout par son grand amour<\/p>\n<p>REFLEXIONS<\/p>\n<p>Nous sommes in\u00e9gaux dans le bel art d&rsquo;\u00e9crire<br \/>\nPour transmettre au lecteur ce que nous voulons dire.<br \/>\nCertains usent de mots dont le sens sibyllin<br \/>\nOu la bizarrerie \u00e9chappe au plus malin.<br \/>\nIl faut avoir recours au bon dictionnaire<br \/>\nPour un mot trop savant sortant de l&rsquo;ordinaire<br \/>\nDans lequel le po\u00e8te aura mis son talent<br \/>\nMais qui, pour le lecteur a coup\u00e9 tout l&rsquo;\u00e9lan.<br \/>\nLe po\u00e8me requiert une forme parfaite,<br \/>\nL&rsquo;originalit\u00e9 dans le sujet qu&rsquo;il traite<br \/>\nEt nous lisons souvent des vers bien cisel\u00e9s<br \/>\nMais o\u00f9 les sentiments sont trop dissimul\u00e9s<br \/>\nAssemblages de mots qui donnent mal au cr\u00e2ne,<br \/>\nQui font s&rsquo;interroger -Ne serais-je qu&rsquo;un \u00e2ne<br \/>\nPour ne comprendre rien aux vers de cet auteur ?<br \/>\nTous ceux qui comme moi, lisent avec leur c\u0153ur.<\/p>\n<p>LE CEDRE DE L\u2019AMITIE<\/p>\n<p>Il se dresse fier sur la place<br \/>\nEt vient juste d\u2019avoir vingt ans<br \/>\nEn r\u00e9sistant au mauvais temps<br \/>\nDont il conjure la menace.<\/p>\n<p>Issu du monde souterrain<br \/>\nDans lequel plongent ses racines,<br \/>\nL\u2019extr\u00e9mit\u00e9 des branches fines,<br \/>\nL\u2019unit au monde a\u00e9rien.<\/p>\n<p>Par son vert couleur d\u2019esp\u00e9rance<br \/>\nLes regards sont cristallis\u00e9s.<br \/>\nSachez que ce sont les Crois\u00e9s<br \/>\nQui le ramen\u00e8rent en France.<\/p>\n<p>Tous les A\u00een\u00e9s de R\u00e9quista<br \/>\nQui l\u2019ont plant\u00e9, qui le v\u00e9n\u00e8rent,<br \/>\nLe jour de son anniversaire<br \/>\nEn ch\u0153ur se rendent \u00e0 Boa.<\/p>\n<p>A l\u2019existence du village<br \/>\nLe beau c\u00e8dre est associ\u00e9.<br \/>\nIl symbolise l\u2019amiti\u00e9<br \/>\nEternelle qui n\u2019a pas d\u2019\u00e2ge.<\/p>\n<p>ENGAGEMENT<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb fatal, liant les deux \u00e9poux,<br \/>\nL&rsquo;aventure commence aux portes de l&rsquo;\u00e9glise.<br \/>\nIls s&rsquo;en vont, confiants, vers la terre promise<br \/>\nEn pensant vivre \u00e0 deux les r\u00eaves les plus fous.<\/p>\n<p>L&rsquo;un, cache ses d\u00e9fauts, l&rsquo;autre masque ses go\u00fbts<br \/>\nIls cherchent \u00e0 se plaire et leur c\u0153ur se d\u00e9guise.<br \/>\nPuis, la lune de miel, le voyage \u00e0 Venise,<br \/>\nLes soupirs en gondole en faisant les yeux doux\u2026<\/p>\n<p>Retour \u00e0 la maison, d\u00e9j\u00e0 le masque tombe<br \/>\nEt la r\u00e9alit\u00e9 fait l&rsquo;effet d&rsquo;une bombe<br \/>\nPuisque c\u2019est \u00e0 pr\u00e9sent l\u2019heure de v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Un duel chaque jour, entre les deux s&rsquo;engage<br \/>\nL&rsquo;un c\u00e8de du terrain, l&rsquo;autre prend l&rsquo;avantage<br \/>\nEt le faible y perdra sa personnalit\u00e9.<\/p>\n<p>POUR MON AMIE<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui j\u2019ai re\u00e7u le plus beau des cadeaux\u00a0:<br \/>\nTu m\u2019as ouvert ta porte et tir\u00e9 les rideaux<br \/>\nMe faisant d\u00e9couvrir ton espace de vie,<br \/>\nUn petit nid douillet,<br \/>\nChaleureux, qui me pla\u00eet.<br \/>\nAinsi tu me prouvas que j\u2019\u00e9tais ton amie.<\/p>\n<p>A pr\u00e9sent je pourrai, de loin, t\u2019imaginer<br \/>\nAu milieu de tes fleurs, entrain de jardiner<br \/>\nArrosant le matin quand le ciel devient rose<br \/>\nL\u2019\u0153illet, le p\u00e9tunia\u2026<br \/>\nAvec maestria<br \/>\nAgen\u00e7ant les couleurs en grande virtuose.<\/p>\n<p>Tu sais l\u2019art de cr\u00e9er un d\u00e9cor merveilleux,<br \/>\nPartager avec moi ce plaisir pour les yeux\u00a0;<br \/>\nOn a dit que ceux-ci sont les miroirs de l\u2019\u00e2me<br \/>\nEt ton jardin fleuri<br \/>\nExprime en un doux cri<br \/>\nL\u2019ardent amour qui br\u00fble au fond d\u2019un c\u0153ur de femme.<\/p>\n<p>Et, dans cette maison qui domine le val,<br \/>\nO\u00f9 la nature t\u2019offre un cadre sans rival,<br \/>\nDans l\u2019authenticit\u00e9, dans une paix profonde,<br \/>\nTu trouves le moment<br \/>\nEt b\u00e9n\u00e9volement,<br \/>\nDe t\u2019investir, d\u2019avoir un regard sur le monde.<\/p>\n<p>COUCHANT<\/p>\n<p>Derri\u00e8re l\u2019horizon, le soleil dispara\u00eet<br \/>\nEt tire le rideau sur le jour qui s\u2019ach\u00e8ve,<br \/>\nMais la clart\u00e9 qui fuit ne laisse aucun regret<br \/>\nElle me conduira sur le chemin du r\u00eave.<br \/>\nDans les arbres, soudain, les oiseaux se sont tus,<br \/>\nLe sinistre hibou par ses cris impromptus<br \/>\nEveille brusquement le t\u00e9n\u00e9breux silence.<br \/>\nChaque soir je d\u00e9couvre un monde merveilleux,<br \/>\nUne \u00e9toile s\u2019allume et je ferme les yeux<br \/>\nPuis, sur l\u2019aile du songe ensuite je m\u2019\u00e9lance.<\/p>\n<p>Dans le sommeil je sombre et me laisse guider<br \/>\nN\u2019opposant \u00e0 Morph\u00e9e aucune r\u00e9sistance\u00a0;<br \/>\nAinsi qu\u2019au cin\u00e9ma, le film peut commencer\u00a0:<br \/>\nLa porte s\u2019ouvre sur l\u2019irr\u00e9alisme intense.<br \/>\nJe reprends le contact avec certains amis,<br \/>\nLes morts et les vivants puisque tout est permis.<br \/>\nJ\u2019ai le r\u00f4le, un instant, d\u2019h\u00e9ro\u00efne atypique<br \/>\nEvoluant toujours dans le monde actuel.<br \/>\nAu r\u00e9veil, je confonds le r\u00eave et le r\u00e9el<br \/>\nEt je quitte, \u00e0 regret, l\u2019univers onirique<\/p>\n<p>L\u2019ORAGE<\/p>\n<p>Il avait travaill\u00e9 tr\u00e8s dur dans son jardin,<br \/>\nS\u2019arr\u00eatant quand le jour d\u00e9cline,<br \/>\nNe prenant nul repos, lev\u00e9 t\u00f4t le matin,<br \/>\nVers la terre il courbait l\u2019\u00e9chine.<\/p>\n<p>Mais son \u00e9reintement se changeait en plaisir<br \/>\nQuand naissait la premi\u00e8re feuille<br \/>\nPuis, elle grandissait, en suivant son d\u00e9sir,<br \/>\nJusqu\u2019au beau l\u00e9gume qu\u2019on cueille.<\/p>\n<p>Tomates, haricots s\u2019annon\u00e7aient prometteurs<br \/>\nD\u2019une r\u00e9colte fantastique.<br \/>\nLe potager fut mis, par tous les visiteurs,<br \/>\nAu rang de jardin botanique\u00a0!<\/p>\n<p>Par un jour de juillet, de gros nuages noirs,<br \/>\nMessagers d\u2019un mauvais pr\u00e9sage,<br \/>\nOnt r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant ses efforts, ses espoirs,<br \/>\nCe fut \u00e0 l\u2019instant le saccage.<\/p>\n<p>Le d\u00e9couragement s\u2019est empar\u00e9 de lui,<br \/>\nIl ne peut rien contre la gr\u00eale.<br \/>\nLe ciel redevient bleu car la temp\u00eate a fui<br \/>\nLaissant les tiges p\u00eale-m\u00eale.<\/p>\n<p>Mais devant les d\u00e9g\u00e2ts de l\u2019orage pervers<br \/>\nBien vite son front se d\u00e9ride\u00a0;<br \/>\nEn homme sage il sait faire face aux revers<br \/>\nPuisque c\u2019est le temps qui d\u00e9cide.<\/p>\n<p>LE CHIEN<\/p>\n<p>Il vous regarde ainsi qu\u2019un enfant nouveau-n\u00e9<br \/>\nAvec ses grands yeux noirs, le regard \u00e9tonn\u00e9.<br \/>\nCar vous \u00eates pour lui d\u2019une grande importance<br \/>\nEt son attachement vous donne confiance.<br \/>\nIl existe entre vous comme un accord secret<br \/>\nSans geste, sans un mot car il est tr\u00e8s discret.<br \/>\nQuand vous allez sortir sans qu\u2019il vous y convie<br \/>\nVous connaissez d\u00e9j\u00e0 ce qui lui fait envie.<br \/>\nSans effort vous savez s\u2019il veut manger, courir,<br \/>\nVous faire une caresse ou pr\u00e8s de vous dormir.<br \/>\nVous vivez en commun une entente parfaite<br \/>\nChaque jour pr\u00e8s de lui c\u2019est un moment de f\u00eate.<br \/>\nEt s\u2019il n\u2019\u00e9tait plus l\u00e0 pour quelconque raison<br \/>\nVous mourriez de chagrin seul dans votre maison<br \/>\nO\u00f9 le bonheur marquait pour tous les deux chaque heure.<br \/>\nVous \u00eates pour toujours d\u2019un m\u00eame amour unis,<br \/>\nEt le chien restera le meilleur des amis.<\/p>\n<p>LA TOURMENTE<\/p>\n<p>Lorsque qu\u2019un vent furieux s\u2019acharne sur la lande<br \/>\nD\u2019une voix de stentor,<br \/>\nQue le ciel nuageux jette une houppelande<br \/>\nSur les massifs de gen\u00eats d\u2019or<br \/>\nEt que, subtile, la lumi\u00e8re<br \/>\nPrend la couleur de la bruy\u00e8re<br \/>\nAvant de dispara\u00eetre au fond de l\u2019horizon,<br \/>\nAlors, seule dans la maison,<br \/>\nAssise aupr\u00e8s du feu je me recroqueville.<br \/>\nDans l\u2019\u00e2tre une b\u00fbche p\u00e9tille<br \/>\nEt va m\u2019inspirer quelques vers\u00a0:<br \/>\nH\u00e9las\u00a0! pour moi, les mots s\u2019en vont tout de travers.<\/p>\n<p>J\u2019ai l\u2019esprit perturb\u00e9 par le souffle d\u2019Eole<br \/>\nQui saccage les alentours\u00a0;<br \/>\nSachant que rien ne peut freiner sa course folle<br \/>\nIl fait tout valser dans les cours.<br \/>\nAh\u00a0! pourvu que bient\u00f4t s\u2019arr\u00eate<br \/>\nSans trop de d\u00e9g\u00e2ts la temp\u00eate\u00a0!<br \/>\nEst-ce que l\u2019arbre du jardin<br \/>\nR\u00e9sistera jusqu\u2019au matin\u00a0?<br \/>\nJe remonte avec lui soixante ans en arri\u00e8re,<br \/>\nPlant\u00e9 pour mon anniversaire<br \/>\nAlors que j\u2019atteignais un an<br \/>\nSurvivrai-je \u00e0 sa mort\u00a0? Ah\u00a0! Maudit soit le vent\u00a0!<\/p>\n<p>NOCES DE DIAMANTS<\/p>\n<p>Ensemble ils ont v\u00e9cu plus de soixante ann\u00e9es<br \/>\nEt franchi vaillamment les \u00e9cueils du parcours<br \/>\nFaisant, main dans la main, de belles randonn\u00e9es<br \/>\nQuelquefois dans la peine et dans l&rsquo;amour toujours.<\/p>\n<p>Ils ont eu, comme tous, des heures difficiles ;<br \/>\nLes jours ne pourraient pas \u00eatre \u00e9galement bleus,<br \/>\nMais les mauvais instants ne sont pas inutiles :<br \/>\nIls mettent en relief ceux qui furent heureux.<\/p>\n<p>Peu nombreux les \u00e9poux dans les deux h\u00e9misph\u00e8res,<br \/>\nQue rar\u00e9fient encor les m\u0153urs de notre temps,<br \/>\nParviennent \u00e0 f\u00eater ce bel anniversaire<br \/>\nSoixante ans d&rsquo;union : NOCES de DIAMANTS.<\/p>\n<p>PREMIERS SIGNES DU PRINTEMPS<\/p>\n<p>Le manteau de la neige a d\u00e9cid\u00e9 de fondre<br \/>\nLaissant une tra\u00een\u00e9e, ainsi que l\u2019escargot<br \/>\nQui bave sur la feuille et qu\u2019on pourrait confondre<br \/>\nAvec les doux reflets, brillants, d\u2019un berlingot.<br \/>\nLe soleil g\u00e9n\u00e9reux, du brouillard nous d\u00e9livre,<br \/>\nIl d\u00e9barrasse aussi les fen\u00eatres du givre.<br \/>\nOn pressent les beaux jours d\u00e9j\u00e0 pr\u00eats \u00e0 venir.<br \/>\nLa nature fig\u00e9e a retrouv\u00e9 la vie,<br \/>\nA sortir, d\u00e9sormais, le printemps nous convie,<br \/>\nLes frimas ne seront qu\u2019un mauvais souvenir.<\/p>\n<p>Le ruisseau lib\u00e9r\u00e9 de la glace hivernale<br \/>\nLaisse couler son flot menu sur les cailloux\u00a0;<br \/>\nLe froid vient de franchir la phase terminale,<br \/>\nLe vert tendre des pr\u00e9s va faire des jaloux.<br \/>\nSous le rebord du toit, la premi\u00e8re hirondelle<br \/>\nAupr\u00e8s du nid s\u2019affaire, \u00e0 cet endroit, fid\u00e8le.<br \/>\nLes fleurs des haricots tels des papillons blancs<br \/>\nOrnementent d\u00e9j\u00e0 les feuilles toutes neuves,<br \/>\nDe l\u2019hiver elles n\u2019ont pas subi les \u00e9preuves<br \/>\nEt s\u2019offrent aux rayons, du jour, \u00e9tincelants.<\/p>\n<p>LE VIEUX MOULIN<\/p>\n<p>Sans jamais arr\u00eater sa course r\u00e9guli\u00e8re<br \/>\nAu bord de l\u2019eau tournait autrefois le moulin\u00a0;<br \/>\nIl attirait les gens au bord de la rivi\u00e8re.<br \/>\nPour moudre le froment, la roue allait grand train.<br \/>\nLes petits \u00e2nes gris aux flancs criant famine<br \/>\nS\u2019en revenaient le soir avec de la farine.<br \/>\nDu lever au couchant c\u2019\u00e9tait un d\u00e9fil\u00e9.<br \/>\nLes enfants s\u2019amusaient, faisaient des cabrioles<br \/>\nEt des rires joyeux sortaient des carrioles<br \/>\nO\u00f9 s\u2019entassaient les sacs de bl\u00e9.<\/p>\n<p>Quel monde ce jour-l\u00e0 dans le moulin en f\u00eate\u00a0!<br \/>\nLes paysans conquis par l\u2019accueil du meunier<br \/>\nBuvaient en attendant que farine soit faite<br \/>\nEt prenaient leur repas qu\u2019ils tiraient du panier.<br \/>\nLa roue en mouvement laissait un flot d\u2019\u00e9cume<br \/>\nEt le ruisseau semblait augmenter de volume.<br \/>\nSous la meule ils voyaient s\u2019\u00e9craser les grains d\u2019or.<br \/>\nIls avaient pri\u00e9 pour que les intemp\u00e9ries<br \/>\nEpargnent la moisson, les r\u00e9coltes m\u00fbries<br \/>\nPar le soleil de messidor.<\/p>\n<p>Le ruisselet s\u2019endort, la source s\u2019est tarie,<br \/>\nLe murmure de l\u2019eau, les tictacs se sont tus.<br \/>\nLes sacs de bl\u00e9 s\u2019en vont vers la minoterie,<br \/>\nDepuis longtemps d\u00e9j\u00e0, le vieux moulin n\u2019est plus.<br \/>\nLes petits \u00e2nes gris, dont j\u2019ai la souvenance<br \/>\nSeront, en mon esprit, pr\u00e9sents en permanence.<br \/>\nQuand l\u2019odeur du pain chaud embaume la maison,<br \/>\nLes yeux \u00e0 demi clos, sans peine, j\u2019imagine<br \/>\nLa file des \u00e2niers transportant la farine<br \/>\nQui se profile \u00e0 l\u2019horizon.<\/p>\n<p>CONDOLEANCES<\/p>\n<p>Tu pleures l\u2019\u00eatre cher qui brusquement te quitte<br \/>\nEt je comprends bien la douleur<br \/>\nQui prend possession de ton c\u0153ur<br \/>\nTu ne croyais jamais qu\u2019il partirait si vite.<br \/>\nPensant que rien ne peut finir,<br \/>\nA vivre ensemble on s\u2019habitue<br \/>\nH\u00e9las\u00a0! La mort survient et, lorsqu\u2019elle est venue<br \/>\nNe restent que les souvenirs.<br \/>\nNous ne sommes que de passage\u00a0;<br \/>\nDu livre de la vie il faut tourner la page<br \/>\nMais rien n\u2019effacera tous les mots pleins d\u2019amour<br \/>\nQui resteront grav\u00e9s toujours.<\/p>\n<p>TOUT CHANGE<\/p>\n<p>Rien ne sera plus comme avant<br \/>\nAu premier jour o\u00f9 tu m\u2019as vue,<br \/>\nJe perds l\u2019attrait de l\u2019inconnue.<br \/>\nQue me reste-t-il \u00e0 pr\u00e9sent\u00a0?<\/p>\n<p>Tu suis, d\u2019un regard bienveillant<br \/>\nUne \u00e9trang\u00e8re dans la rue.<br \/>\nRien ne sera plus comme avant<br \/>\nAu premier jour o\u00f9 tu m\u2019as vue.<\/p>\n<p>Pourquoi l\u2019amour, \u00e9trangement,<br \/>\nQuand le temps passe s\u2019att\u00e9nue\u00a0?<br \/>\nTu changes, mon c\u0153ur \u00e9volue,<br \/>\nOn prend un chemin diff\u00e9rent.<br \/>\nRien n\u2019est jamais plus comme avant.<\/p>\n<p>LA VILLE<\/p>\n<p>On parle trop souvent des dangers encourus<br \/>\nPar ceux qui sont tent\u00e9s de se rendre \u00e0 la ville,<br \/>\nJ\u2019ai pens\u00e9 que c\u2019\u00e9tait une man\u0153uvre habile<br \/>\nPour que de sa maison chacun ne sorte plus.<\/p>\n<p>Mais non, car elle court partout la violence,<br \/>\nArrache un sac du bras, bouscule le vieillard,<br \/>\nSuit la loi du plus fort, fusille du regard<br \/>\nEn attaquant surtout les \u00eatres sans d\u00e9fense.<\/p>\n<p>Aux jeunes gens la ville apporte le plaisir,<br \/>\nMais ils seront broy\u00e9s, r\u00e9duits en corpuscules<br \/>\nPar un monstre anonyme aux vilains tentacules<br \/>\nQuand ils ne savent pas le bon chemin choisir.<\/p>\n<p>Alors, nous penserons, lorsque la peur nous gagne,<br \/>\nQu\u2019il vaut peut-\u00eatre mieux fuir l\u2019inhumanit\u00e9<br \/>\nEt se mettre \u00e0 l\u2019abri de l\u2019agressivit\u00e9\u00a0:<br \/>\nProfitons des bienfaits offerts par la campagne.<\/p>\n<p>LA MUSE ENVAHISSANTE<\/p>\n<p>Quand la Muse soudain murmure \u00e0 mon oreille,<br \/>\nSa voix, d\u2019une douceur \u00e0 nulle autre pareille,<br \/>\nMe donne le frisson.<br \/>\nJe ne d\u00e9sire pas en percevoir le son<br \/>\nEt, quand elle m\u2019appelle<br \/>\nAlors, je me rebelle.<br \/>\nEst-ce que je devrais me soumettre \u00e0 sa loi\u00a0?<br \/>\nVa-t-elle encor longtemps contr\u00f4ler mon \u00e9moi\u00a0?<br \/>\nLa voil\u00e0 qui m\u2019obs\u00e8de,<br \/>\nVenez vite \u00e0 mon aide\u00a0!<br \/>\nAu dossier de ma chaise attachez-moi tr\u00e8s fort<br \/>\nOtez papier, stylo, venez en grand renfort,<br \/>\nJe vais partir \u00e0 la d\u00e9rive.<br \/>\nElle prendra ma main, je serai sa captive,<br \/>\nJ\u2019\u00e9crirai sans r\u00e9pit des vers qu\u2019on ne lit pas.<br \/>\n\u00ab\u00a0Pourquoi Muse veux-tu me conduire au tr\u00e9pas\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>SAINT VALENTIN<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, tous les deux, f\u00eatons Saint Valentin,<br \/>\nTe rappeler ce jour n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire<br \/>\nCar il marque celui du bel anniversaire<br \/>\nDu coup de foudre qui scella notre destin.<\/p>\n<p>En m\u2019offrant ce bouquet de roses de satin<br \/>\nL\u2019\u00e9motion m\u2019\u00e9touffe, alors, mon c\u0153ur se serre<br \/>\nEn pensant au jeune homme, amoureux fou, sinc\u00e8re<br \/>\nQu\u2019en allant travailler j\u2019aper\u00e7us un matin.<\/p>\n<p>Notre existence fut un long et beau po\u00e8me<br \/>\nCar les mauvais moments s\u2019effacent quand on s\u2019aime,<br \/>\nOn voit la vie en bleu, rien ne va de travers.<\/p>\n<p>Est-ce que tu liras les mots que je t\u2019adresse\u00a0?<br \/>\nIls sont moins enflamm\u00e9s que ceux des premiers vers<br \/>\nParce que mon amour fait place \u00e0 la tendresse.<\/p>\n<p>ADIEU GUSTOU<\/p>\n<p>Notre bon cur\u00e9<br \/>\nSemant le d\u00e9sarroi, la nouvelle est tomb\u00e9e<br \/>\nEt chacun d\u2019entre nous est rest\u00e9 bouche b\u00e9e<br \/>\nQuand vous nous avez dit que vous deviez partir,<br \/>\nNous avons vu le ciel brusquement s\u2019obscurcir.<\/p>\n<p>Vous \u00e9tiez notre ami, le confident, le p\u00e8re,<br \/>\nCelui qui tr\u00e8s longtemps porta nos morts en terre,<br \/>\nB\u00e9nit les unions, baptisa nouveaux n\u00e9s.<br \/>\nQu\u2019allons-nous devenir sans notre bon cur\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>A chacun d\u2019entre nous vous donniez votre estime<br \/>\nQu\u2019on soit le pauvre bougre ou l\u2019homme richissime<br \/>\nEt vos propos joyeux pouvaient, en un \u00e9clair,<br \/>\nRedonner le moral quand tout va de travers.<\/p>\n<p>Vous laissez aujourd\u2019hui vos brebis dans l\u2019angoisse,<br \/>\nVous allez nous quitter pour une autre paroisse,<br \/>\nSoyez heureux l\u00e0-bas, priez parfois pour nous<br \/>\nPersonne ne pourra vous oublier Gustou.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 la dure loi, nous devons nous soumettre<br \/>\nCar, de notre destin nous ne sommes pas ma\u00eetres<br \/>\nEt nous courbons le dos devant votre d\u00e9part<br \/>\nCause de la tristesse au fond de nos regards.<\/p>\n<p>Vous resterez toujours pr\u00e9sent dans nos m\u00e9moires<br \/>\nA partir d\u2019aujourd\u2019hui, vous entrez dans l\u2019histoire<br \/>\nCelle des paroissiens du bourg de R\u00e9quista.<br \/>\nVotre nom p\u00e8re Auguy, dans nos c\u0153urs survivra.<\/p>\n<p>NO\u00cbL<\/p>\n<p>Voici que vient d\u00e9j\u00e0 le mois tr\u00e8s attendu<br \/>\nCelui des beaux cadeaux que l\u2019on offre en d\u00e9cembre.<br \/>\nTrop souvent les petits l\u2019esp\u00e8rent comme un d\u00fb<br \/>\nAlors que les jouets s\u2019entassent dans leur chambre.<br \/>\nLes parents sont tous pr\u00eats \u00e0 vouloir les combler<br \/>\nPour avoir le bonheur, de les voir d\u00e9baller,<br \/>\nDe leur bo\u00eete en carton les joujoux de leur r\u00eave.<br \/>\nPour la nuit de No\u00ebl, ils ne compteront pas<br \/>\nAvec champagne \u00e0 flots et succulent repas.<br \/>\nIls flambent le budget pour une extase br\u00e8ve.<\/p>\n<p>Au milieu du salon tr\u00f4ne le beau sapin,<br \/>\nDe toutes les couleurs, la guirlande \u00e9lectrique,<br \/>\nPar ses clignotements amuse le bambin<br \/>\nDont le premier No\u00ebl doit \u00eatre f\u00e9erique.<br \/>\nDevant la chemin\u00e9e, il a mis ses chaussons<br \/>\nRecouverts de paquets, de pr\u00e9sents \u00e0 foisons<br \/>\nSi bien qu\u2019il ne sait plus o\u00f9 donner de la t\u00eate.<br \/>\nIl sera sans \u00e9gal le bonheur des parents<br \/>\nPr\u00eats \u00e0 combler ce soir, leurs petits, de pr\u00e9sents<br \/>\nIls compteront demain, aujourd\u2019hui, c\u2019est la f\u00eate.<\/p>\n<p>\u00c9VEIL DE LA NATURE<\/p>\n<p>Je n\u2019avais pas per\u00e7u, jusqu&rsquo;\u00e0 ce beau matin,<br \/>\nLe chant des oisillons qui montait du jardin<br \/>\nDont j\u2019ai souvent le privil\u00e8ge.<br \/>\nViennent-ils annoncer que le froid hivernal<br \/>\nQuitte notre contr\u00e9e avec son arsenal<br \/>\nDe verglas, de gel et de neige\u00a0?<\/p>\n<p>Le timide soleil fait fondre les gla\u00e7ons<br \/>\nQui frangeaient avec go\u00fbt les toits de nos maisons<br \/>\nRendant chacune plus jolie.<br \/>\nSous le manteau neigeux la nature s\u2019endort<br \/>\nMais il \u00e9veille en moi le spectre de la mort,<br \/>\nMe pousse \u00e0 la m\u00e9lancolie.<\/p>\n<p>En effet cet or blanc ne fait pas le bonheur<br \/>\nDe l\u2019automobiliste et du camionneur<br \/>\nDevant rouler avec prudence.<br \/>\nH\u00e9las\u00a0! Il va servir quelquefois de linceul<br \/>\nA celui qui, dehors, se retrouvera seul<br \/>\nDans un d\u00e9sert d\u2019indiff\u00e9rence.<\/p>\n<p>PETIT ANGE<br \/>\nPour Cl\u00e9ment<\/p>\n<p>B\u00e9b\u00e9, dans ton berceau tu nous parais heureux<br \/>\nSous des draps de dentelle au tissu vaporeux.<br \/>\nTu nous fais penser aux cr\u00e9atures c\u00e9lestes.<br \/>\nNous sommes attentifs \u00e0 tous tes faits et gestes\u00a0;<br \/>\nDe tes vagissements nous tombons amoureux.<br \/>\nB\u00e9b\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>Aux heures du repas tu nous rends rigoureux,<br \/>\nNous rappelant \u00e0 l\u2019ordre en criant, malheureux.<br \/>\nBien que tu sois petit tr\u00e8s vite tu protestes<br \/>\nB\u00e9b\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>Tu reconnais d\u00e9j\u00e0 les bons mets savoureux<br \/>\nEn ouvrant grand la bouche, arrondissant les yeux.<br \/>\nOn vient \u00e0 t\u2019oublier mais tu te manifestes\u00a0!<br \/>\nTu manges jusqu\u2019au bout et sans laisser de restes.<br \/>\nAinsi tu deviendras grand, fort et vigoureux<br \/>\nB\u00e9b\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>LA LETTRE RETROUVEE<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait amoureuse\u00a0: il s\u2019appelait Robert\u00a0;<br \/>\nIl a fallu longtemps pour que fut d\u00e9couvert<br \/>\nCe secret bien gard\u00e9 mais, que sa descendance<br \/>\nAvait mis au grand jour,<br \/>\nGr\u00e2ce aux lettres d\u2019amour<br \/>\nDont un certain coffret d\u00e9voila l\u2019abondance.<\/p>\n<p>Dans le confort moelleux offert par un divan,<br \/>\nSans vergogne, une main d\u00e9noua le ruban<br \/>\nLib\u00e9rant les feuillets d\u2019une \u00e9criture fine<br \/>\nAux pleins, aux d\u00e9li\u00e9s,<br \/>\nDe nos jours oubli\u00e9s,<br \/>\nAux tons presque effac\u00e9s qu\u2019avec peine on devine.<\/p>\n<p>Chaque mot d\u00e9celait les \u00e9lans de son c\u0153ur<br \/>\nQue l\u2019on avait cru sec et d\u00e9pourvu d\u2019ardeur.<br \/>\nLa passion fusait des lettres embaum\u00e9es<br \/>\nDont l\u2019auteur tatillon<br \/>\nA laiss\u00e9 le brouillon<br \/>\nApportant t\u00e9moignage aux amours sublim\u00e9es.<\/p>\n<p>Elle qui n\u2019aimait pas recevoir de bouquet,<br \/>\nInsensible au parfum du lilas, du muguet,<br \/>\nDans un beau soliflore a conserv\u00e9 la rose\u00a0:<br \/>\nUn cadeau de l\u2019amant,<br \/>\nDu beau prince charmant,<br \/>\nApr\u00e8s avoir v\u00e9cu sa nuit d\u2019apoth\u00e9ose.<\/p>\n<p>A sa famille elle a fort bien cach\u00e9 son jeu,<br \/>\nGard\u00e9 ses sentiments sans en faire l\u2019aveu\u00a0;<br \/>\nLa rose concr\u00e9tise un \u00eatre imaginaire<br \/>\nCar, cet \u00e9pistolier<br \/>\nN\u2019\u00e9tait pas de papier<br \/>\nNi sorti de l\u2019esprit d\u2019une visionnaire.<\/p>\n<p>F\u00caTE DE LA BREBIS (en juin)<\/p>\n<p>Depuis longtemps d\u00e9j\u00e0, sur l\u2019agenda des f\u00eates,<br \/>\nUn dimanche de juin c\u00e9l\u00e8bre les brebis<br \/>\nEt le matin d\u00e8s l\u2019aube, elles sont d\u00e9j\u00e0 pr\u00eates<br \/>\nA d\u00e9filer devant les fl\u00e2neurs r\u00e9jouis<br \/>\nQui viennent de la ville<br \/>\nLes voir marcher en file.<br \/>\nUn tintement joyeux de clochettes, grelots,<br \/>\nAnnonce le troupeau qui lentement s\u2019avance.<br \/>\nA la t\u00eate, les chiens, vigilants, se d\u00e9pensent<br \/>\nEmp\u00eachant les ovins d\u2019entrer dans les bistrots.<br \/>\nMener cinq cents brebis n\u2019est pas chose facile\u00a0;<br \/>\nDes bergers comp\u00e9tents, des hommes de terrain,<br \/>\nAfin de traverser sans encombre la ville<br \/>\nA l\u2019aide du b\u00e2ton, doivent veiller au grain.<br \/>\nSans flonflon ni c\u00e9r\u00e9monie<br \/>\nLa troupe b\u00ealante est b\u00e9nie.<br \/>\nLa musique, les cris, les applaudissements<br \/>\nLeur feront regretter la paix du p\u00e2turage<br \/>\nPour le quitter il faut de grands \u00e9v\u00e9nements<br \/>\nAinsi que celui-ci\u00a0: la f\u00eate du village.<\/p>\n<p>LA FERMI\u00c8RE<\/p>\n<p>Dans l\u2019odeur de fumier impr\u00e9gnant ses habits<br \/>\nLa fermi\u00e8re s\u2019affaire \u00e0 traire les brebis.<br \/>\nLe lait, frais et mousseux gicle dans l\u2019\u00e9cuelle,<br \/>\nSort en jet continu de la lourde mamelle.<br \/>\nSes mains viennent et vont en gestes saccad\u00e9s.<br \/>\nAuxquels les animaux se sont accommod\u00e9s.<br \/>\nElle dit quelques mots \u00e0 celle qu\u2019elle flatte<br \/>\nDe peur de recevoir soudain, son coup de patte.<br \/>\nS\u2019\u00e9l\u00e8ve dans le noir un profond b\u00ealement<br \/>\nQui s\u2019enfle et se termine en un chevrotement,<br \/>\nUne autre aux pis gonfl\u00e9s d\u00e9j\u00e0 s\u2019impatiente.<br \/>\nEn esp\u00e9rant son tour, chacune se lamente.<\/p>\n<p>AU JARDIN<\/p>\n<p>Au levant quand revient l\u2019aurore satin\u00e9e<br \/>\nQui verse sur le sol des volutes d\u2019argent,<br \/>\nQui transforme en fils d\u2019or la toile d\u2019araign\u00e9e,<br \/>\nJe sors de la maison pour m\u2019asseoir sur le banc.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019heure o\u00f9 le jardin de lumi\u00e8re s\u2019habille,<br \/>\nO\u00f9 tout \u00e9bouriff\u00e9 l\u2019oisillon sort du nid,<br \/>\nQue le colima\u00e7on s\u2019\u00e9tire en sa coquille<br \/>\nEt que l\u2019obscurit\u00e9 roule vers l\u2019infini.<\/p>\n<p>Moment d\u00e9licieux, le seul qui m\u2019\u00e9merveille<br \/>\nJe per\u00e7ois, attentive, un murmure o\u00f9 chacun<br \/>\nLance une vocalise, inaudible \u00e0 l\u2019oreille,<br \/>\nO\u00f9 chaque fleur s\u2019entrouvre en offrant son parfum.<\/p>\n<p>Je me crois sur une \u00eele irr\u00e9elle, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re<br \/>\nOu dans mon lit r\u00eavant, t\u00eate sur l\u2019oreiller.<br \/>\nH\u00e9las\u00a0! Une rumeur perce le mur de pierre\u00a0:<br \/>\nC\u2019est la rue \u00e0 son tour qui vient de s\u2019\u00e9veiller.<\/p>\n<p>ECRIRE<\/p>\n<p>C\u2019est pouvoir s\u2019\u00e9vader d\u2019une existence aust\u00e8re<br \/>\nEn chevauchant les mots pour prendre son envol,<br \/>\nS\u2019\u00e9loigner un moment des propos terre \u00e0 terre<br \/>\nDe la mesquinerie en disant \u00ab\u00a0ras le bol\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est la capacit\u00e9 de changer d\u2019habitude<br \/>\nDe ne plus rien entendre et de faire le sourd,<br \/>\nD\u2019inspirer de l\u2019air pur que donne l\u2019altitude,<br \/>\nDe partir \u00e0 son gr\u00e9 pour un royal s\u00e9jour.<\/p>\n<p>Qui n\u2019a pas r\u00eav\u00e9 de partir sur un nuage<br \/>\nPour voguer un moment sur les oc\u00e9ans bleus\u00a0?<br \/>\nVous pouvez vous aussi vous offrir un voyage<br \/>\nAvec votre stylo, ce sera merveilleux.<\/p>\n<p>LE BOUT DU MONDE<\/p>\n<p>La petite maison au bord de la falaise<br \/>\nO\u00f9 nous sommes all\u00e9s pour y faire un s\u00e9jour,<br \/>\nPour go\u00fbter le silence et m\u00e9diter \u00e0 l\u2019aise,<br \/>\nMe fait r\u00eaver la nuit, me fait r\u00eaver le jour.<\/p>\n<p>Je la crois bien assez vaste pour deux personnes.<br \/>\nSi ces lieux recul\u00e9s ne te font pas trop peur<br \/>\nPartageons ce logis, passons-y nos automnes<br \/>\nLes vagues rythmeront nos battements de c\u0153ur.<\/p>\n<p>Je lirai dans tes yeux, o\u00f9 le ciel se refl\u00e8te,<br \/>\nSi les nuages sont balay\u00e9s par les vents,<br \/>\nDu vert passant au gris quand souffle la temp\u00eate<br \/>\nAinsi qu\u2019un barom\u00e8tre ils pr\u00e9disent le temps.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 te retenir je ne dois pas pr\u00e9tendre,<br \/>\nQuand la mer serait calme, alors tu partirais<br \/>\nEt je passerais l\u00e0 des heures \u00e0 t\u2019attendre<br \/>\nEsp\u00e9rant ton retour comme aujourd\u2019hui je fais.<\/p>\n<p>BUREAU<\/p>\n<p>Bureau, tu fus t\u00e9moin des minutes d\u2019ivresse,<br \/>\nDes moments de bonheur et de mon d\u00e9sespoir.<br \/>\nTes murs ont abrit\u00e9, des regards, ma d\u00e9tresse,<br \/>\nLes instants douloureux o\u00f9 je broyais du noir.<\/p>\n<p>Dans ton asile s\u00fbr, les heures semblaient br\u00e8ves<br \/>\nEt j\u2019aurais voulu voir s\u2019\u00e9terniser le temps<br \/>\nLorsque je regagnais le domaine des r\u00eaves<br \/>\nPour fuir vers d\u2019autres cieux, les amis inconstants.<\/p>\n<p>A travers les rideaux d\u2019une \u00e9troite fen\u00eatre<br \/>\nLe monde apparaissait sous un aspect trompeur.<br \/>\nLoin du monde, du bruit, tu m\u2019offris ton bien \u2013\u00eatre.<br \/>\nCe soir, en te quittant, je conna\u00eetrai la peur.<\/p>\n<p>NOSTALGIE<\/p>\n<p>J\u2019ai march\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ta maison<br \/>\nO\u00f9 fleurissaient jadis les roses,<br \/>\nPar des dizaines leurs pompons<br \/>\nRendaient le gazon moins morose.<\/p>\n<p>Plus de visage familier<br \/>\nNi plus aucun \u00e9clat de rires,<br \/>\nPlus aucun pas sur le gravier<br \/>\nQue pourrai-je encore d\u00e9crire\u00a0?<\/p>\n<p>Devant portail et volets clos<br \/>\nJe me demande si j\u2019existe.<br \/>\nJe pars, \u00e9touffant mes sanglots.<br \/>\nSans toi que ce village est triste.<\/p>\n<p>BONNE F\u00caTE MAMAN\u00a0!<\/p>\n<p>Ce nom, ce nom si doux, agr\u00e9able \u00e0 l\u2019oreille<br \/>\nEvoque en notre esprit un visage charmant\u00a0;<br \/>\nLe b\u00e9b\u00e9 l\u2019apprend lorsqu\u2019 \u00e0 la vie il s\u2019\u00e9veille<br \/>\nEst-il un nom plus beau que celui de Maman\u00a0?<\/p>\n<p>Dans le bonheur, la joie et surtout dans la peine<br \/>\nIl vient \u00e0 nous, magique et plus de mille fois.<br \/>\nIl sait r\u00e9conforter, rend notre \u00e2me sereine<br \/>\nOn appelle, aussit\u00f4t nous r\u00e9pond une voix.<\/p>\n<p>Et c\u2019est encore avec beaucoup de nostalgie<br \/>\nQue nous le pronon\u00e7ons m\u00eame dans les vieux jours<br \/>\nNos yeux versent des pleurs car, lorsqu\u2019elle est partie<br \/>\nIl nous manque une grande part de son amour.<\/p>\n<p>Un dimanche de mai, c\u2019est la f\u00eate des m\u00e8res,<br \/>\nPour chacun d\u2019entre nous ce sera le moment<br \/>\nDe lui montrer qu\u2019elle est celle que l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re<br \/>\nEn lui criant bien fort \u00ab\u00a0Bonne f\u00eate Maman\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>JEUNE FILLE<\/p>\n<p>Je voudrais m\u2019assurer ce soir, que tout va bien<br \/>\nMais, ton regard fuyant me dit qu\u2019il n\u2019en est rien.<br \/>\nTu r\u00eavais de d\u00e9part et d\u2019une autre existence,<br \/>\nDe t\u2019en aller tr\u00e8s loin pour vivre ailleurs qu\u2019en France.<br \/>\nMais voil\u00e0, depuis peu, tu perds ta libert\u00e9,<br \/>\nLe d\u00e9sir de l\u2019envol, ta spontan\u00e9it\u00e9<br \/>\nEt tu te trouves prise en une \u00e9troite cage,<br \/>\nDerri\u00e8re les barreaux, tu perds ton beau plumage.<br \/>\nJe te vois un peu plus chaque jour d\u00e9p\u00e9rir,<br \/>\nLa d\u00e9prime te guette et tu voudrais mourir<br \/>\nPrisonni\u00e8re \u00e0 jamais d\u2019un boulet, d\u2019une cha\u00eene<br \/>\nPar toi seule forg\u00e9s. Tu me fais de la peine\u00a0!<\/p>\n<p>COUPLE MODELE<br \/>\nPour Janot et Marie Th\u00e9r\u00e8se<\/p>\n<p>Ensemble depuis tr\u00e8s longtemps<br \/>\nFrais comme une rose \u00e0 l\u2019aurore<br \/>\nOn croirait qu\u2019ils n\u2019ont que vingt ans<br \/>\nYeux brillant comme un m\u00e9t\u00e9ore.<br \/>\nIls vont toujours main dans la main<br \/>\nEn suivant le m\u00eame chemin<br \/>\nSans se quitter une seconde.<br \/>\nVous les avez sans doute vus<br \/>\nIls ne vous sont pas inconnus<br \/>\nCes amoureux du bout du monde.<\/p>\n<p>Mais lorsqu\u2019ils changent d\u2019horizon<br \/>\nC\u2019est pour un tout petit village<br \/>\nO\u00f9, sous la treille, une maison<br \/>\nVient leur rappeler leur jeune \u00e2ge.<br \/>\nImmerg\u00e9s dans le souvenir<br \/>\nQue le temps ne peut pas ternir<br \/>\nIls y retrouvent leur enfance.<br \/>\nS\u2019y rendant \u00e9t\u00e9 comme hiver<br \/>\nC\u2019est ainsi que j\u2019ai d\u00e9couvert<br \/>\nQu\u2019ils prenaient un bain de jouvence.<\/p>\n<p>FAVORI<\/p>\n<p>Somnolent \u00e0 demi dans le creux du coussin,<br \/>\nSur ton pelage roux, tu sens courir ma main<br \/>\nEt ton corps ondulant sous ma tendre caresse,<br \/>\nVoluptueusement, sur le fauteuil se presse.<br \/>\nLorsque j&rsquo;entends monter de ta gorge un ronron,<br \/>\nSur tes pattes, dress\u00e9, quand tu fais le dos rond,<br \/>\nJ&rsquo;ose alors esp\u00e9rer un instant que tu m&rsquo;aimes<br \/>\nEt voudrais prolonger ces minutes supr\u00eames.<br \/>\nTu restes pr\u00e8s de moi, mais c&rsquo;est toi qui le veux ;<br \/>\nDe te garder toujours je formule des v\u0153ux<br \/>\nMais, tu n&rsquo;\u00e9teins jamais ta soif d&rsquo;ind\u00e9pendance,<br \/>\nL&rsquo;attachement serait signe de d\u00e9cadence.<br \/>\nQuand la faim te tenaille, alors tu me connais,<br \/>\nImp\u00e9rativement tu r\u00e9clames ton lait<br \/>\nCar, de te nourrir seul tu n&rsquo;as plus l&rsquo;habitude,<br \/>\nA mes c\u00f4t\u00e9s tu vis en toute qui\u00e9tude.<br \/>\nTu veux savoir pourquoi mon c\u0153ur s&rsquo;amouracha<br \/>\nDe toi, bel animal, qui n&rsquo;est au fond, qu&rsquo;un chat ?<br \/>\nEn silence tu sais dormir sur mes \u00e9paules<br \/>\nEt, dans mon univers, point besoin de paroles.<\/p>\n<p>L\u2019HIVER<\/p>\n<p>D\u00e9cembre\u00a0! La nuit tombe et souvent la tristesse<br \/>\nEnvahit votre c\u0153ur quand, au milieu du jour,<br \/>\nL\u2019obscurit\u00e9 se fait, la lumi\u00e8re r\u00e9gresse,<br \/>\nVous esp\u00e9rez alors, du printemps, le retour.<br \/>\nLes arbres d\u00e9nud\u00e9s de leur \u00e9pais feuillage,<br \/>\nJalousent le sapin, qui garde l\u2019avantage,<br \/>\nDe pouvoir abriter ses amis les oiseaux<br \/>\nCherchant avidement un peu de nourriture,<br \/>\nUne protection contre gel et froidure<br \/>\nDans l\u2019espoir que les jours redeviennent plus beaux.<\/p>\n<p>L\u2019hiver, dans la maison, on se recroqueville<br \/>\nEt le repli sur soi n\u2019est pas toujours tr\u00e8s bon<br \/>\nCar, en faisant le point, du fond de sa coquille<br \/>\nOn peut broyer du noir plus noir que le charbon.<br \/>\nChez moi qui suis plut\u00f4t d\u2019une nature triste,<br \/>\nL\u2019hiver est attendu, me prouvant que j\u2019existe.<br \/>\nJ\u2019aime cette saison qui rend mon esprit gai.<br \/>\nLa Muse en ce moment va me rendre visite,<br \/>\nQuand le soleil revient, bien vite elle me quitte<br \/>\nEt j\u2019\u00e9cris beaucoup plus l\u2019hiver qu\u2019au mois de mai.<\/p>\n<p>LE JARDINIER AMOUREUX<\/p>\n<p>Le jardinier pensant trouver le vrai bonheur<br \/>\nA la plus belle rose a fait don de son c\u0153ur.<br \/>\nEt, consacrant son temps \u00e0 la fleur bien aim\u00e9e,<br \/>\nA tous les visiteurs sa porte s\u2019est ferm\u00e9e.<br \/>\nDans la ti\u00e9deur du soir embaum\u00e9 de parfum<br \/>\nLes p\u00e9tales ros\u00e9s s\u2019envolent un par un,<br \/>\nEt les chants des grillons r\u00e9sonnent en sourdine<br \/>\nSous le clin d\u2019\u0153il hardi de la lune mutine.<br \/>\nMais, au petit matin, vautr\u00e9 sur le gazon,<br \/>\nCheveux \u00e9bouriff\u00e9s comme un mauvais gar\u00e7on,<br \/>\nIl ne tient dans ses doigts que quelques \u00e9tamines,<br \/>\nUn morceau de bois vert tout h\u00e9riss\u00e9 d\u2019\u00e9pines.<br \/>\nDe son \u00e9treinte il reste une goutte de sang<br \/>\nQui le long de sa main s\u2019\u00e9coule lentement.<br \/>\nLe jardinier se meurt de cet amour sans \u00e2me,<br \/>\nTrahi par une ardeur qui fit mourir sa flamme.<br \/>\nPour lui les mimosas ne refleuriront plus,<br \/>\nDans le fond du jardin les oiseaux se sont tus.<br \/>\nA la rose il voulut montrer sa pr\u00e9f\u00e9rence<br \/>\nD\u2019un m\u00eame accord les fleurs tirent leur r\u00e9v\u00e9rence.<br \/>\nLes murs n\u2019accueillent plus d\u2019oreilles de souris,<br \/>\nPlus de massifs si beaux, ni parterres fleuris.<br \/>\nSon amour pour la rose aura caus\u00e9 sa perte.<br \/>\nIl para\u00eet que depuis, il n\u2019a plus la main verte.<\/p>\n<p>L\u2019INCENDIAIRE DE BANLIEUE<\/p>\n<p>Vous voil\u00e0 bien l\u2019auteur de mes embrasements\u00a0;<br \/>\nIl me semble \u00e0 pr\u00e9sent \u00eatre dans la fournaise<br \/>\nQue l\u2019on entretiendrait \u00e0 l\u2019aide de sarments<br \/>\nEt je suis \u00e9tonn\u00e9 que cet \u00e9tat me plaise.<\/p>\n<p>Tel le baril de poudre explose \u00e0 la chaleur<br \/>\nOu plus commun\u00e9ment un bidon plein d\u2019essence,<br \/>\nVous avez allum\u00e9 la m\u00e8che de mon c\u0153ur<br \/>\nEt mon corps tout entier vire \u00e0 la turgescence.<\/p>\n<p>Lorsque vous m\u2019adressez un sourire explosif,<br \/>\nLe soir quand je descends pour vider ma poubelle,<br \/>\nAucun mot ne serait assez dissuasif<br \/>\nPour me faire oublier vos airs de jouvencelle.<\/p>\n<p>Une seule \u00e9tincelle alluma mille feux<br \/>\nEt je n\u2019ai pas os\u00e9 vous d\u00e9clarer ma flamme<br \/>\nQue fit na\u00eetre l\u2019\u00e9clat de braise de vos yeux.<br \/>\nAllez-vous accepter de devenir ma femme\u00a0?<\/p>\n<p>Surtout qu\u2019aucun refus n\u2019\u00e9teigne mon ardeur<br \/>\nAinsi qu\u2019une bougie \u00e0 moiti\u00e9 consum\u00e9e.<br \/>\nIl suffit d\u2019un regard de glace, de froideur<br \/>\nPour qu\u2019il n\u2019en reste plus que cendres, que fum\u00e9e.<\/p>\n<p>POUR CEUX QUI SONT EN DEUIL<\/p>\n<p>Par un grand tourbillon, je me sens aspir\u00e9e<br \/>\nContre mon bon vouloir ou selon mon d\u00e9sir ?<br \/>\nQui pourrait \u00e0 pr\u00e9sent me r\u00e9soudre \u00e0 choisir<br \/>\nEntre ces deux chemins : l&rsquo;enfer ou l&#8217;empyr\u00e9e ?<\/p>\n<p>J&rsquo;ai perdu tout contact en vivant retir\u00e9e,<br \/>\nSeul le temps r\u00e9volu m&rsquo;apporte du plaisir,<br \/>\nS&rsquo;accrochant \u00e0 mes pas, comme pour me saisir<br \/>\nMais il m&rsquo;\u00f4te l&rsquo;esprit dont j&rsquo;\u00e9tais inspir\u00e9e.<\/p>\n<p>J&rsquo;aime \u00e0 me demander : \u00ab\u00a0Ma vie a-t-elle un sens ?<br \/>\nQui sur elle mettrait du baume ou de l&rsquo;encens<br \/>\nCar d&rsquo;un pass\u00e9 commun suis l&rsquo;unique h\u00e9riti\u00e8re ?<\/p>\n<p>D\u00e9sormais rien ne peut provoquer mon \u00e9moi<br \/>\nEt mon seul univers devient le cimeti\u00e8re<br \/>\nDepuis que mes parents ne sont plus pr\u00e8s de moi.<\/p>\n<p>FEMME COURAGE<\/p>\n<p>L\u2019homme partit laissant sa fillette et sa femme<br \/>\nDes larmes dans les yeux car il vivait un drame\u00a0;<br \/>\nIl voulait emporter en un dernier regard,<br \/>\nDes siens, l\u2019ultime image<br \/>\nAvant le grand voyage,<br \/>\nPour la rendre immortelle au moment du d\u00e9part.<\/p>\n<p>Inutiles les mots qu\u2019ils auraient pu se dire\u00a0;<br \/>\nSur le pas de la porte il lui promet d\u2019\u00e9crire<br \/>\nPuis s\u2019enfuit dans la cour presque brutalement<br \/>\nAbr\u00e9geant le supplice<br \/>\nDe boire le calice<br \/>\nRempli de d\u00e9sespoir, de d\u00e9couragement.<\/p>\n<p>Les deux \u00eatres ch\u00e9ris derri\u00e8re la fen\u00eatre<br \/>\nD\u2019un mutisme commun, ne laissent rien para\u00eetre,<br \/>\nSans un geste, sans voix pour ne pas redoubler<br \/>\nLa tristesse du p\u00e8re<br \/>\nQui s\u2019en va pour la guerre<br \/>\nEn laissant, apr\u00e8s lui, les cendres du foyer.<\/p>\n<p>Les femmes, cr\u00e2nement, en cette circonstance<br \/>\nCompt\u00e8rent sur leurs bras pour trouver leur pitance\u00a0:<br \/>\n\u00ab\u00a0Aide-toi, le ciel t\u2019aidera\u00a0\u00bb d\u2019elles, connu ;<br \/>\nTravaillant les dimanches,<br \/>\nSe retroussant les manches<br \/>\nEn pleurant le mari qui n\u2019est pas revenu.<\/p>\n<p>LE SERVICE EN ARGENT<\/p>\n<p>Sur le confiturier, le service en argent<br \/>\nA l\u2019angle du salon se dressait fi\u00e8rement.<br \/>\nUn ornement sans aucun doute,<br \/>\nQui t\u00e9moignait du temps o\u00f9 l\u2019unique projet<br \/>\nEtait d\u2019avoir acquis au moins un bel objet<br \/>\nEn se moquant de ce qu\u2019il co\u00fbte.<\/p>\n<p>Cet ensemble devait avoir grande valeur,<br \/>\nIl aurait pu tenter plus d\u2019un cambrioleur<br \/>\nEt souvent, sa propri\u00e9taire<br \/>\nLe contemplait songeuse \u00e9voquant le pass\u00e9<br \/>\nEt tant d\u2019autres regards qui l\u2019avaient caress\u00e9,<br \/>\nAssise en son fauteuil Voltaire.<\/p>\n<p>Pour payer une dette, un jour, il fut vendu\u00a0:<br \/>\nAdieu belle th\u00e9i\u00e8re au ventre bien dodu\u00a0!<br \/>\nQui profiterait de tes charmes\u00a0?<br \/>\nCe geste que la vieille avait d\u00e9sapprouv\u00e9<br \/>\nAcc\u00e9l\u00e9ra sa fin, son \u00e9tat aggrav\u00e9<br \/>\nPar d\u2019abondants torrents de larmes.<\/p>\n<p>LE REFUGE DU R\u00caVE<\/p>\n<p>Derri\u00e8re l\u2019horizon, le soleil dispara\u00eet<br \/>\nEn tirant le rideau sur le jour qui s\u2019ach\u00e8ve,<br \/>\nDe la clart\u00e9 qui fuit je n\u2019ai pas de regret<br \/>\nL\u2019ombre me conduira vers le chemin du r\u00eave.<\/p>\n<p>Dans les arbres, soudain, les oiseaux se sont tus<br \/>\nQuand le silence pose un voile de myst\u00e8re,<br \/>\nQue font-ils dans leur nid, on ne les entend plus\u00a0?<br \/>\nLa crainte de la nuit les incite \u00e0 se taire.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai, pour m\u2019\u00e9vader, rien qu\u2019\u00e0 fermer les yeux.<br \/>\nPour trouver, \u00e0 l\u2019instant, de nouveaux paysages.<br \/>\nChaque soir je d\u00e9couvre un monde merveilleux<br \/>\nO\u00f9 l\u2019on vit sans soucis car les gens sont plus sages.<\/p>\n<p>LE TAUREAU<\/p>\n<p>Dans le vert p\u00e2turage, au milieu du troupeau,<br \/>\nHeureux d\u2019aller partout o\u00f9 son plaisir le m\u00e8ne,<br \/>\nIl avait vu le jour, pauvre petit taureau,<br \/>\nIgnorant qu\u2019il allait finir dans une ar\u00e8ne.<\/p>\n<p>Des hommes \u00e0 cheval sont venus le chercher<br \/>\nPour le mettre en prison dans une chambre noire,<br \/>\nEt, de gratter le sol, il ne peut s\u2019emp\u00eacher,<br \/>\nTout tremblant de col\u00e8re en sa robe de moire.<\/p>\n<p>La porte de l\u2019enfer s\u2019ouvre et mille d\u00e9mons,<br \/>\nLes yeux exorbit\u00e9s, les faces sanguinaires,<br \/>\nAssis sur les gradins hurlent \u00e0 pleins poumons,<br \/>\nD\u00e9lire \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur\u00a0! Brutes au c\u0153ur de pierres\u00a0!<\/p>\n<p>A-t-il compris qu\u2019il faut qu\u2019il devienne m\u00e9chant\u00a0?<br \/>\nIl ne r\u00e9agit point, on l\u2019agace, on l\u2019excite,<br \/>\nMais lorsque de son dos d\u00e9gouline le sang,<br \/>\nL\u2019espace d\u2019un \u00e9clair, il devine la suite.<\/p>\n<p>Promis \u00e0 ce combat qui se montre infernal,<br \/>\nLa pique le transperce, il doit lui faire face\u00a0;<br \/>\nLa cruaut\u00e9 gratuite envers cet animal<br \/>\nQui ne demandait rien laisse les c\u0153urs de glace.<\/p>\n<p>Mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 la fin, il roule sur le dos\u00a0;<br \/>\nEn habits de soleil un homme fanfaronne<br \/>\nQuand le sable engloutit le sang qui coule \u00e0 flots<br \/>\nDu souffle saccad\u00e9. La mort n\u2019\u00e9meut personne.<\/p>\n<p>Ils n\u2019ont pas attendu son ultime soupir<br \/>\nQue le fil du rasoir vient lui trancher l\u2019oreille,<br \/>\nUn signal qui fera les spectateurs rugir\u00a0:<br \/>\nIl est mort mais en eux, la b\u00eate se r\u00e9veille.<\/p>\n<p>PASSANT<\/p>\n<p>Passant, me feras-tu l\u2019aum\u00f4ne d\u2019un regard<br \/>\nLorsque je suis debout derri\u00e8re ma fen\u00eatre\u00a0?<br \/>\nCar, si je reste l\u00e0, ce n\u2019est pas par hasard,<br \/>\nJ\u2019attends que l\u2019amiti\u00e9 puisse, entre nous deux, na\u00eetre.<\/p>\n<p>Tu n\u2019as rien \u00e0 m\u2019offrir, je n\u2019ai rien \u00e0 donner\u00a0;<br \/>\nSi tu m\u2019interrogeais, que pourrais-je te dire\u00a0?<br \/>\nPour se comprendre il n\u2019est pas besoin de parler<br \/>\nJe peux me contenter d\u2019un signe ou d\u2019un sourire.<\/p>\n<p>Tu vas, baissant la t\u00eate, aveugle, indiff\u00e9rent<br \/>\nA mes appels muets que tu ne peux comprendre.<br \/>\nQuand tu presses le pas, mon c\u0153ur, en soupirant,<br \/>\nD\u00e9sesp\u00e8re de voir, un jour, ta main se tendre.<\/p>\n<p>\u00c9LUCUBRATIONS DU PETIT \u00c2NE<\/p>\n<p>Sur la route qui monte, un petit \u00e2ne gris<br \/>\nTire une pauvre carriole.<br \/>\nIl fait tout ce qu\u2019il peut, ob\u00e9issant aux cris,<br \/>\nAux m\u00e9chants coups de fouet qui, sur son dos, s\u2019envolent.<br \/>\nDu conducteur brutal ne se voit que la main,<br \/>\nLa main droite rid\u00e9e autant qu\u2019un parchemin<br \/>\nEt qui, nerveusement, sur les r\u00eanes s\u2019agrippe.<br \/>\nLa gauche prendra le relais,<br \/>\nDans un claquement du palais<br \/>\nTandis que, de sa bouche, il \u00f4tera la pipe.<\/p>\n<p>Le ruban du chemin \u00e0 travers la for\u00eat<br \/>\nLentement se d\u00e9roule.<br \/>\nLe petit \u00e2ne gris au galop, sans arr\u00eat<br \/>\nS\u2019est fig\u00e9 brusquement, sur ses pattes s\u2019\u00e9croule.<br \/>\nAlors cet homme en noir, au visage barbu<br \/>\nDonne des coups de pieds \u00e0 l\u2019animal fourbu<br \/>\nQui, p\u00e9niblement mais, docile, se rel\u00e8ve,<br \/>\nAux ordres du roulier.<br \/>\nIl part sans sourciller.<br \/>\nL\u2019incident n\u2019a dur\u00e9 qu\u2019une minute br\u00e8ve.<\/p>\n<p>Tout le village attend l\u2019aff\u00fbteur de couteaux,<br \/>\nLe r\u00e9mouleur, comme on l\u2019appelle.<br \/>\nSa r\u00e9putation d\u2019aiguiseur de m\u00e9taux,<br \/>\nSon art, font accourir de loin la client\u00e8le.<br \/>\nChacun semble ignorer le petit \u00e2ne gris,<br \/>\nA-t-il soif\u00a0? A-t-il faim\u00a0? Il est seul, incompris.<br \/>\nLes villageois nombreux pr\u00e8s du ma\u00eetre s\u2019affairent<br \/>\nAutour de lui formant un immense \u00e9ventail\u00a0;<br \/>\nApr\u00e8s un coup de rouge, il se met au travail<br \/>\nEt, sur la meule, il montre \u00e0 tous son savoir-faire.<\/p>\n<p>Le petit \u00e2ne gris voudrait \u00eatre choy\u00e9<br \/>\nIl aimerait qu\u2019on le caresse,<br \/>\nRecevoir un mot doux sans \u00eatre rudoy\u00e9<br \/>\nEt qu\u2019on lui manifeste un peu plus de tendresse.<br \/>\nIl s\u2019est toujours montr\u00e9, gentil, ob\u00e9issant<br \/>\nAfin de satisfaire un ma\u00eetre tout puissant.<br \/>\nSoumis, fid\u00e8le, en tout, l\u2019\u00e2ne se subordonne.<br \/>\nIl a beau se d\u00e9carcasser<br \/>\nIl n\u2019en fera jamais assez.<br \/>\nMais \u00e0 cet homme ingrat, chaque jour il se donne.<\/p>\n<p>LE PRINTEMPS<\/p>\n<p>Le printemps est venu mettre un terme \u00e0 l\u2019hiver.<br \/>\nEt les gens vont enfin retrouver le grand air<br \/>\nLoin du froid qui les rend maussades.<br \/>\nRangeons dans les placards manteaux, bottes, gilets,<br \/>\nPour adopter le short, laissant voir les mollets,<br \/>\nEn route pour les promenades\u00a0!<\/p>\n<p>Le soleil g\u00e9n\u00e9reux nous incite \u00e0 partir<br \/>\nPour aller n\u2019importe o\u00f9, marcher, nous d\u00e9gourdir<br \/>\nEn profitant de la nature.<br \/>\nLes entrelacs de lierre, habillent les maisons<br \/>\nAux vieux murs l\u00e9zard\u00e9s par le poids des saisons,<br \/>\nD\u2019une neuve et verte parure.<\/p>\n<p>De simples pissenlits par le vent caress\u00e9s,<br \/>\nLes renoncules d\u2019or tapissent les foss\u00e9s<br \/>\nEt se m\u00ealent aux primev\u00e8res.<br \/>\nLe cadre bucolique enjoliv\u00e9 de fleurs<br \/>\nL\u2019espace d\u2019un instant a repris des couleurs<br \/>\nSublimant des lieux ordinaires.<\/p>\n<p>Le village s\u2019active, et le monde rural<br \/>\nD\u00e8s les premiers beaux jours a repris le moral,<br \/>\nR\u00e9veill\u00e9 de sa l\u00e9thargie<br \/>\nChacun se croit pourvu de jambes de vingt ans,<br \/>\nLes jeunes et les vieux attendent le printemps<br \/>\nQui redouble leur \u00e9nergie.<\/p>\n<p>L\u2019AIDE MENAGERE<\/p>\n<p>La grand-m\u00e8re a gliss\u00e9 malencontreusement\u00a0:<br \/>\nComment se relever sans aide\u00a0?<br \/>\nAucune force dans les bras\u00a0!<br \/>\nElle n\u2019arrive m\u00eame pas<br \/>\nA se mouvoir ainsi que fait un quadrup\u00e8de.<br \/>\nElle est clou\u00e9e au sol dans son appartement.<\/p>\n<p>Le mois d\u2019ao\u00fbt a chass\u00e9 les gens du voisinage<br \/>\nComme toutes les autres fois.<br \/>\nPour atteindre le t\u00e9l\u00e9phone<br \/>\nD\u2019une main elle se cramponne.<br \/>\nSes cris et ses appels la laisseront sans voix.<br \/>\nElle demeure seule \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du village.<\/p>\n<p>Les membres repli\u00e9s, comme un chien abattu,<br \/>\nElle git \u00e0 pr\u00e9sent sans force.<br \/>\nD\u00e8s que s\u2019est cach\u00e9 le soleil,<br \/>\nElle a sombr\u00e9 dans le sommeil<br \/>\nLui faisant oublier la douleur de l\u2019entorse\u00a0;<br \/>\nA la nuit tomb\u00e9e, au dehors, tout s\u2019est tu.<\/p>\n<p>Au matin le r\u00e9veil sonne sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re<br \/>\nElle est toujours sur le parquet.<br \/>\nElle ouvre un \u0153il et r\u00e9alise<br \/>\nQue bient\u00f4t arrivera Lise<br \/>\nPlus qu\u2019un moment d\u2019attente alors l\u2019espoir rena\u00eet\u00a0:<br \/>\nElle est sauv\u00e9e enfin par l\u2019aide- m\u00e9nag\u00e8re.<\/p>\n<p>SI CELA ARRIVAIT \u2026<\/p>\n<p>Priv\u00e9 de tous ses biens tout un peuple en exode,<br \/>\nDes femmes, des enfants aux visages en pleurs<br \/>\nDont la t\u00e9l\u00e9 nous sert chaque jour l\u2019\u00e9pisode<br \/>\nNous laisse indiff\u00e9rents, froids devant leur douleur.<\/p>\n<p>Chez nous, on fait la f\u00eate, on va faire bombance,<br \/>\nNos enfants chercheront des \u0153ufs dans le jardin.<br \/>\nIci, P\u00e2ques rassemble et montre l\u2019abondance<br \/>\nEn donnant le signal pour un nouveau festin.<\/p>\n<p>Tout un peuple affam\u00e9, faute de nourriture,<br \/>\nQui marche sans savoir o\u00f9 trouver des abris.<br \/>\nAucune identit\u00e9, sans maison ni voiture,<br \/>\nAvec le souvenir de ce qui leur fut pris.<\/p>\n<p>Tous des gens comme nous qui ne pensaient qu\u2019\u00e0 vivre,<br \/>\nEsp\u00e9rant vainement qu\u2019arrivent les secours.<br \/>\nQui va donc emp\u00eacher que la mort les d\u00e9livre\u00a0?<br \/>\nCertes ce ne seront jamais les beaux discours.<\/p>\n<p>LA FIN D\u2019UNE EPOQUE<\/p>\n<p>Quand je passe devant ce qui fut autrefois<br \/>\nL\u2019\u00e9cole o\u00f9 l\u2019on m\u2019apprit \u00e0 lire,<br \/>\nJe ressens de la peine et demeure sans voix\u00a0:<br \/>\nSuis-je dans le r\u00e9el\u00a0? Est-ce que je d\u00e9lire\u00a0?<\/p>\n<p>Les yeux mi-clos, face \u00e0 ce spectacle \u00e9mouvant<br \/>\nQui m\u2019attire ainsi que le vide,<br \/>\nJe revois d\u00e9filer mes premiers pas d\u2019enfant<br \/>\nPleine d\u2019enthousiasme et de savoir, avide.<\/p>\n<p>Je ne veux retenir que les meilleurs moments<br \/>\nDans ma m\u00e9moire s\u00e9lective<br \/>\nQui ne peut pas garder tous les \u00e9v\u00e9nements<br \/>\nDe faire un tri j\u2019ai donc pris l\u2019initiative.<\/p>\n<p>Dans la cour quand venait le soleil printanier<br \/>\nJoseph, de sa haute stature,<br \/>\nSupervisait nos jeux sous le grand marronnier<br \/>\nO\u00f9 les oiseaux chantaient l\u2019\u00e9veil de la nature.<\/p>\n<p>J\u2019observe les photos que j\u2019ai pu r\u00e9unir<br \/>\nDu couvent, des s\u0153urs, de la M\u00e8re<br \/>\nElles auraient voulu me faire devenir<br \/>\nUne femme au foyer, parfaite m\u00e9nag\u00e8re.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas entendu la voix de leur raison<br \/>\nJ\u2019avais d\u2019autres projets en t\u00eate<br \/>\nMon v\u0153u profond \u00e9tant de changer d\u2019horizon,<br \/>\nJe r\u00eavais d\u2019un ailleurs, \u00e0 partir j\u2019\u00e9tais pr\u00eate.<\/p>\n<p>Tout \u00e0 coup de mes yeux s\u2019\u00e9chapp\u00e8rent des pleurs<br \/>\nQuand la fa\u00e7ade fut \u00e0 terre<br \/>\nSous les coups de b\u00e9lier d\u2019engins d\u00e9vastateurs.<br \/>\nNous observions muets sans aucun commentaire.<\/p>\n<p>Immobiles transis dans le vent furieux<br \/>\nNous assistions \u00e0 l\u2019agonie<br \/>\nDu b\u00e2timent\u00a0; fig\u00e9s, tristes, silencieux<br \/>\nComme si s\u2019\u00e9chappait de notre corps la vie.<\/p>\n<p>El\u00e8ves de Saint Jo, gardons le souvenir<br \/>\nDe ce que fut jadis l\u2019\u00e9cole<br \/>\nQui nous a fa\u00e7onn\u00e9s, nous apprit \u00e0 grandir.<br \/>\nEt d\u2019un commun pass\u00e9 qu\u2019elle reste un symbole.<\/p>\n<p>ROUTE MEURTRIERE<\/p>\n<p>Un beau jour de juillet, il partit faire un tour,<br \/>\nAussit\u00f4t disparut sur une bicyclette,<br \/>\nAdepte du v\u00e9lo, pratiqu\u00e9 chaque jour<br \/>\nAfin de conserver la forme \u00e0 la retraite.<\/p>\n<p>Aucun nuage en vue au bord de l\u2019horizon,<br \/>\nSous un soleil ardent il r\u00eave d\u2019une glace,<br \/>\nIl n\u2019a pas oubli\u00e9 d\u2019emporter sa boisson<br \/>\nEt, comme un gars du Tour, sur la selle il se tasse.<\/p>\n<p>Absorb\u00e9 par l\u2019effort, les cheveux dans le vent<br \/>\nPrudent comme toujours il aborde un virage\u00a0;<br \/>\nDans son dos la voiture arrive promptement<br \/>\nEt le projette au sol dans un beau d\u00e9rapage.<\/p>\n<p>Le conducteur s\u2019arr\u00eate et vient \u00e0 son secours<br \/>\nLe silence est rompu par le bruit d\u2019une roue,<br \/>\nQui dans l\u2019air continue \u00e0 faire quelques tours,<br \/>\nEt des grillons t\u00e9moins du drame qui se joue.<\/p>\n<p>Les parents apprendront la nouvelle bient\u00f4t<br \/>\nAtterr\u00e9s par la fin d\u2019une tr\u00e8s belle histoire.<br \/>\n\u00d4\u00a0! vous tous qui lirez dans le journal ces mots<br \/>\nN\u2019oubliez pas, gardez cette sc\u00e8ne en m\u00e9moire,<br \/>\nQuand vous devrez prendre la route.<\/p>\n<p>LA CAVE DE L\u2019IMMEUBLE<\/p>\n<p>Souvent les gens frustr\u00e9s s\u2019en vont au cin\u00e9ma<br \/>\nEt surtout les enfants qu\u2019attirent peur et crainte<br \/>\nFanatiques surtout des films de Dracula,<br \/>\nDu vampire ils voudraient bien conna\u00eetre l\u2019\u00e9treinte.<br \/>\nMais je n\u2019ai pas besoin d\u2019agir comme ils le font,<br \/>\nCar pour me faire peur, je descends \u00e0 la cave<br \/>\nDans le sous-sol sinistre et t\u00e9n\u00e9breux au fond<br \/>\nEn cet espace obscur je ne suis pas tr\u00e8s brave.<br \/>\nDes portes, des couloirs, des murs, des num\u00e9ros\u2026<br \/>\nToute seule en ce trou j\u2019entre en un labyrinthe<br \/>\nUn th\u00e9\u00e2tre id\u00e9al pour jouer au h\u00e9ros\u00a0!<br \/>\nLe jour comme la nuit la lumi\u00e8re est \u00e9teinte.<br \/>\nDans le passage obscur, je vais en t\u00e2tonnant<br \/>\nLe faisceau de ma torche \u00e9claire les coins sombres<br \/>\nEn \u00e9loignant de moi l\u2019\u00e9trange fr\u00f4lement<br \/>\nDes bras d\u00e9mesur\u00e9s dont j\u2019entrevois les ombres.<br \/>\n\u00d4 combien je pr\u00e9f\u00e8re arachnides et rats<br \/>\nQui m\u2019inspirent pourtant beaucoup de r\u00e9pugnance<br \/>\nA l\u2019effroi que produit un certain bruit de pas<br \/>\nD\u2019\u00eatre en chair dont je peux deviner la pr\u00e9sence.<br \/>\nDe fum\u00e9e et d\u2019alcool je per\u00e7ois un relent<br \/>\nQui me ram\u00e8ne \u00e0 terre et ranime ma crainte.<br \/>\nPour me faire oublier je marche d\u2019un pas lent<br \/>\nDans le noir absolu car ma lampe est \u00e9teinte.<br \/>\nJe n\u2019ai pas le d\u00e9sir d\u2019aller chercher ailleurs<br \/>\nCar, pour les cauchemars, la cave est une aubaine<br \/>\nJ\u2019y descends quand je suis en manque de frayeurs,<br \/>\nJ\u2019en remonte aussit\u00f4t d\u2019une \u00e2me moins sereine.<\/p>\n<p>LE JARDIN SAUVAGE<\/p>\n<p>Secr\u00e8tement je vais, pour \u00e9crire des vers,<br \/>\nDans le jardin d\u00e9sert o\u00f9 m\u2019attire la Muse.<br \/>\nJe r\u00e9ponds \u00e0 l\u2019appel et, des travaux divers,<br \/>\nDons du quotidien, je m\u2019\u00e9chappe par ruse.<br \/>\nIl me colle \u00e0 la peau, me poursuivant partout,<br \/>\nPour prendre mon envol je n\u2019ai qu\u2019un seul atout,<br \/>\nEntrouvrir le portail, entrer dans le domaine<br \/>\nO\u00f9, dans le bois profond, le gazouillis d\u2019oiseau<br \/>\nSe m\u00eale intimement au froufrou du ruisseau.<br \/>\nLa nature ma\u00eetresse en ce lieu me ram\u00e8ne.<\/p>\n<p>Je hume avec d\u00e9lice un doux parfum de fleur<br \/>\nCelui du ch\u00e8vrefeuille et son odeur m\u2019enivre,<br \/>\nElle engourdit mes sens d\u2019une \u00e9trange torpeur,<br \/>\nEnlevant \u00e0 mon corps la volont\u00e9 de vivre.<br \/>\nJe me laisse emporter vers un monde irr\u00e9el,<br \/>\nJe suis sur une \u00e9toile et je touche le ciel.<br \/>\nUn gros nuage noir me ram\u00e8ne sur terre.<br \/>\nMon r\u00eave termin\u00e9, sur le banc vermoulu<br \/>\nJe reprends mes esprits, le voyage m\u2019a plu.<br \/>\nDans ce jardin charmant je reviendrai, j\u2019esp\u00e8re.<\/p>\n<p>LEUR DESTIN<\/p>\n<p>Le bruit sourd des marteaux tapant sur la ferraille<br \/>\nR\u00e9sonne sous la t\u00f4le, ici, qui sert de toit<br \/>\nEt dans une ombre \u00e9paisse o\u00f9 grouille la marmaille,<br \/>\nDes enfants sont assis, sur le sol, \u00e0 l\u2019\u00e9troit.<\/p>\n<p>Leurs yeux d\u00e9mesur\u00e9s, qu\u2019agrandit la famine<br \/>\nFont ressortir un teint oliv\u00e2tre et terreux.<br \/>\nAucun n\u2019est inactif, l\u2019ardeur qui les domine<br \/>\nMontre que ce travail compte beaucoup pour eux.<\/p>\n<p>Ils d\u00e9tordent le fer des bo\u00eetes de conserves<br \/>\nQu\u2019une \u00e9quipe arracha d\u2019immondes d\u00e9potoirs,<br \/>\nDans un coin de la cour tr\u00f4ne un tas de r\u00e9serves<br \/>\nEt leurs petites mains servent de laminoirs.<\/p>\n<p>Mais on entend fuser leurs joyeux babillages<br \/>\nCar, malgr\u00e9 tout, ce sont encore des enfants<br \/>\nEt leur rire domine au sein des martelages<br \/>\nEclairant leur figure aux regards triomphants.<\/p>\n<p>On aimerait les voir jouer \u00e0 ne rien faire.<br \/>\nEn recevant la vie ils ont compris d\u2019instinct,<br \/>\n(Leur fa\u00e7on de penser de la n\u00f4tre diff\u00e8re),<br \/>\nQue le travail serait ma\u00eetre de leur destin.<\/p>\n<p>POUR UN HOMME EN DETRESSE<\/p>\n<p>Pour M. Causse<\/p>\n<p>Cette nouvelle ann\u00e9e augmente la tristesse<br \/>\nDe celui qui va, seul, pour la premi\u00e8re fois<br \/>\nVivre dans la maison qui pleure sa ma\u00eetresse,<br \/>\nO\u00f9 ne r\u00e9sonnera plus l\u2019\u00e9clat de sa voix.<\/p>\n<p>Absente, cependant, partout il la devine<br \/>\nDans le salon, debout, des livres \u00e0 la main,<br \/>\nOu mijotant un plat pour lui, dans la cuisine,<br \/>\nEt cueillant quelques fleurs dans le petit jardin.<\/p>\n<p>On dit qu\u2019il faut partir pour prouver qu\u2019on existe,<br \/>\nCe n\u2019\u00e9tait pas la peine, elle existait d\u00e9j\u00e0,<br \/>\nEt son amour pour elle, \u00e9manant d\u2019un c\u0153ur triste,<br \/>\nL\u2019accompagne sur le chemin de l\u2019au-del\u00e0.<\/p>\n<p>L\u2019appel int\u00e9rieur qu\u2019il entend dans sa t\u00eate<br \/>\nLui prouve, qu\u2019invisible, elle n\u2019a pas quitt\u00e9<br \/>\nLa demeure o\u00f9 vingt ans de bonheur se projettent<br \/>\nEn franchissant le seuil de l\u2019immortalit\u00e9.<\/p>\n<p>RECUL<\/p>\n<p>Quand ne jaillira plus du c\u0153ur de la plan\u00e8te<br \/>\nL\u2019or noir tant convoit\u00e9 qui rendait l\u2019homme heureux,<br \/>\nNous reprendrons la marche ou notre bicyclette<br \/>\nSur des chemins rendus boueux ou poussi\u00e9reux.<\/p>\n<p>L\u2019avenir nous promet d\u2019autres sc\u00e8nes champ\u00eatres.<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 des pionniers ont repris la jument<br \/>\nPour tirer la charrue ainsi que leurs anc\u00eatres.<br \/>\nLa presse relata ce grand \u00e9v\u00e8nement.<\/p>\n<p>Saurons-nous affronter la nouvelle existence<br \/>\nO\u00f9 l\u2019homme conna\u00eetra la notion d\u2019effort<br \/>\nEt mettre brusquement un frein \u00e0 l\u2019app\u00e9tence<br \/>\nQui pousse chaque jour \u00e0 la course au confort\u00a0?<\/p>\n<p>H\u00e9las\u00a0! Nous amor\u00e7ons le retour en arri\u00e8re<br \/>\nO\u00f9 nous serons errants dans un d\u00e9sert sans nom.<br \/>\nAinsi nos descendants verront la fin de l\u2019\u00e8re<br \/>\nO\u00f9 nous \u00e9tions heureux, ayant tout \u00e0 foison.<\/p>\n<p>APPARENCES<\/p>\n<p>Lorsque vous rencontrez un \u00eatre sympathique<br \/>\nNe vous arr\u00eatez pas au seul aspect physique,<br \/>\nUn masque qui parfois peut s\u2019av\u00e9rer trompeur<br \/>\nMais recherchez plut\u00f4t les qualit\u00e9s de c\u0153ur.<br \/>\nV\u00eatements et bijoux, de futile apparence<br \/>\nSusciteront surtout la grande indiff\u00e9rence<br \/>\nDu psychologue expert qui, les voyant, sourit\u00a0:<br \/>\nCar ils ornent le corps laissant \u00e0 nu l\u2019esprit.<\/p>\n<p>DU CH\u00d4MAGE\u00a0?<\/p>\n<p>Peut-on nous parler de ch\u00f4mage\u00a0!<br \/>\nLes artisans sont d\u00e9bord\u00e9s<br \/>\nEt pour le moindre d\u00e9pannage<br \/>\nNous disent toujours \u00ab\u00a0attendez.<\/p>\n<p>Pour un ordinateur en panne<br \/>\nOu pour obtenir un couvreur,<br \/>\nPour r\u00e9parer une b\u00e9cane<br \/>\nSoyez zen devant la lenteur.<\/p>\n<p>Le charcutier qui n\u2019a plus d\u2019aide<br \/>\nEst en qu\u00eate d\u2019un apprenti<br \/>\nSes recherches sont sans rem\u00e8de,<br \/>\nL\u2019h\u00f4telier n\u2019est pas mieux loti.<\/p>\n<p>En vain, il cherche une serveuse<br \/>\nEt le boulanger, un mitron,<br \/>\nLe restaurant, une plongeuse<br \/>\nChacun d\u2019eux se fait du mouron.<\/p>\n<p>Mais qui va prendre la rel\u00e8ve<br \/>\nDu commer\u00e7ant, de l\u2019artisan<br \/>\nDont le dicton \u00ab\u00a0travaille ou cr\u00e8ve\u00a0\u00bb<br \/>\nN\u2019est plus en vigueur \u00e0 pr\u00e9sent\u00a0?<\/p>\n<p>LES ENFANTS DE L\u2019OMBRE<\/p>\n<p>Ouvriront-ils les yeux sur les gens, sur les choses,<br \/>\nSur les fleurs qui partout, au printemps sont \u00e9closes\u00a0?<br \/>\nVerront-ils la fontaine aux perles de cristal<br \/>\nAu jet d\u2019eau qui s\u2019\u00e9lance en un flot vertical<br \/>\nCar, ils vont, baissant les paupi\u00e8res\u00a0?<\/p>\n<p>Vont-ils s\u2019apercevoir que c\u2019est d\u00e9j\u00e0 l\u2019automne,<br \/>\nQue sur l\u2019asphalte gris les feuilles tourbillonnent,<br \/>\nQue les grands peupliers tels des langues de feu<br \/>\nS\u00e8ment des pi\u00e8ces d\u2019or sur leur aire de jeu<br \/>\nCar ils portent tous des \u0153ill\u00e8res\u00a0?<\/p>\n<p>La plupart des enfants, n\u00e9s dans les grandes villes<br \/>\nSont pourvus de cinq sens devenus inutiles.<br \/>\nIls vont droit devant eux se fiant au hasard<br \/>\nAinsi que des robots guid\u00e9s par un radar,<br \/>\nAveugles, sourds \u00e0 leur mani\u00e8re.<\/p>\n<p>Vont-ils pouvoir un jour, enfin, voir la lumi\u00e8re\u00a0?<\/p>\n<p>LA MORT D\u2019UN VILLAGE<\/p>\n<p>Un village se meurt au bord de la rivi\u00e8re,<br \/>\nIndolente qui court sur un lit de cailloux,<br \/>\nLutte contre la mort, se bat en solitaire<br \/>\nLe jour comme la nuit que hantent les hiboux.<\/p>\n<p>L\u2019obscurit\u00e9 s\u2019enfuit d\u2019une porte b\u00e9ante<br \/>\nEt l\u2019on per\u00e7oit parfois le bruit des contrevents<br \/>\nClaquant contre les murs et l\u2019enseigne grin\u00e7ante<br \/>\nApporte aux visiteurs la notion du temps.<\/p>\n<p>Du temps qui s\u2019est enfui ne laissant que la trace<br \/>\nDe tous les habitants morts, disparus depuis,<br \/>\nQui v\u00e9curent heureux \u00e0 cette m\u00eame place<br \/>\nEt dont les souvenirs, h\u00e9las, se sont enfuis.<\/p>\n<p>Le fier panache blanc sortant des chemin\u00e9es,<br \/>\nSymbole de la vie et l\u2019\u00e2me des maisons,<br \/>\nNe s\u2019en \u00e9chappe plus voil\u00e0 bien des ann\u00e9es\u00a0:<br \/>\nDans l\u2019\u00e2tre refroidi sont \u00e9teints les tisons.<\/p>\n<p>DESERT MEDICAL<\/p>\n<p>Autrefois nous pouvions faire appel au docteur<br \/>\nQui venait, sans tarder, \u00e0 notre domicile<br \/>\nEt, quand retentissaient le bruit de son moteur,<br \/>\nSes pas dans le couloir, tout paraissait facile.<\/p>\n<p>Toujours pr\u00eat \u00e0 servir, attentif, scrupuleux<br \/>\nOn ne voyait en lui que le toubib, pas l\u2019homme<br \/>\nEn l\u2019appelant la nuit sans \u00eatre soucieux<br \/>\nS\u2019il sortait de son lit en abr\u00e9geant un somme.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e2ge d\u2019or se termine et l\u2019effectif restreint,<br \/>\nDu nombre des docteurs vivant \u00e0 la campagne,<br \/>\nNous rend moins exigeants, personne ne se plaint<br \/>\nMais petit \u00e0 petit l\u2019inqui\u00e9tude gagne.<\/p>\n<p>De plus en plus de gens devant son cabinet<br \/>\nSont assis patients dans la salle d\u2019attente<br \/>\nQuand lui, lev\u00e9 d\u00e8s l\u2019aube et pourtant guilleret<br \/>\nAuscultera chacun jusqu\u2019\u00e0 la nuit tombante.<\/p>\n<p>Nous comprenons tr\u00e8s bien le manque de confort<br \/>\nDans une activit\u00e9 dont d\u00e9pend notre vie.<br \/>\nHeureusement, certains \u00e9lus font un effort<br \/>\nPour enfin mettre un terme \u00e0 cette p\u00e9nurie.<\/p>\n<p>FUNERAILLES<\/p>\n<p>A partager la peine ils se sont engag\u00e9s,<br \/>\nLes voil\u00e0 r\u00e9unis, dans les moments p\u00e9nibles,<br \/>\nPour vivre la douleur des parents afflig\u00e9s<br \/>\nLorsque le malheur frappe en les prenant pour cibles.<\/p>\n<p>Pour se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise, ils ont fait un effort<br \/>\nTous ces vieillards chenus et rabougris par l&rsquo;\u00e2ge<br \/>\nEt, d&rsquo;une marche lente accompagnent le mort.<br \/>\nBient\u00f4t viendra leur tour de quitter le village.<\/p>\n<p>Le pr\u00eatre trouvera le discours souverain<br \/>\nApaisant l&rsquo;\u00e2me en feu ; sa voix, comme une amie<br \/>\nSait prononcer les mots qui rendent l&rsquo;air serein<br \/>\nEt les c\u0153urs douloureux retrouvent l&rsquo;accalmie.<\/p>\n<p>Chacun courbe la t\u00eate et s&rsquo;en remet \u00e0 Dieu<br \/>\nQui seul peut faire don du bien, de la souffrance.<br \/>\nLa foi les r\u00e9conforte, ils quitteront ce lieu<br \/>\nAvec l&rsquo;apaisement que donne l&rsquo;esp\u00e9rance.<\/p>\n<p>LA BERG\u00c8RE<\/p>\n<p>L\u2019apr\u00e8s-midi s\u2019ach\u00e8ve et le soleil d\u00e9cline,<br \/>\nLes moutons turbulents d\u00e9valent la colline.<br \/>\nLe chef est s\u00fbr de l\u2019heure o\u00f9 la berg\u00e8re vient,<br \/>\nIl se met \u00e0 courir sans attendre le chien.<br \/>\nD\u2019un geste machinal, elle ouvre la barri\u00e8re,<br \/>\nDes centaines de pieds soul\u00e8vent la poussi\u00e8re<br \/>\nElle forme un nuage annon\u00e7ant au lointain<br \/>\nLe retour du troupeau dans un bruit indistinct.<br \/>\nLe conducteur ne voit qu\u2019un bout de drapeau rouge<br \/>\nAvant d\u2019\u00eatre assailli par la masse qui bouge.<br \/>\nUn brusque coup de frein, celle-ci va s\u2019ouvrir<br \/>\nComme une vaste gueule et bient\u00f4t l\u2019engloutir.<br \/>\nApr\u00e8s l\u2019arr\u00eat caus\u00e9 par la troupe b\u00ealante,<br \/>\nIl reprend le volant, d\u2019une allure plus lente.<br \/>\nIl jette avec regrets dans le r\u00e9troviseur<br \/>\nUn \u0153il sur la berg\u00e8re et s\u2019en va, l\u2019air songeur<\/p>\n<p>LUTTONS CONTRE LE CANCER<\/p>\n<p>Pour combattre ce mal qui r\u00e9pand la terreur,<br \/>\nTous ensemble luttons, participons en ch\u0153ur<br \/>\nSachant que les chercheurs ont besoin de notre aide,<br \/>\nDe nos g\u00e9n\u00e9reux dons, pour trouver un rem\u00e8de.<br \/>\nNous devons nous unir, \u0153uvrer \u00e0 l&rsquo;unisson<br \/>\nSeul nous ne pouvons rien, ensemble nous vaincrons.<\/p>\n<p>Nous avons tous pleur\u00e9 la mort d&rsquo;un ami cher<br \/>\nOu celle d&rsquo;un parent victime du cancer,<br \/>\nNous \u00e9tions impuissants \u00e0 calmer leur souffrance.<br \/>\nEt si nous voulons voir rena\u00eetre l&rsquo;esp\u00e9rance<br \/>\nMobilisons-nous tous parce qu&rsquo;un prochain jour<br \/>\nSi nous n\u2019agissons pas ce sera notre tour.<\/p>\n<p>Ce mal frappe au hasard quand on ne l&rsquo;attend pas,<br \/>\nC&rsquo;est un gouffre b\u00e9ant qui s&rsquo;ouvre sous nos pas.<br \/>\nPensons \u00e0 ces enfants ne demandant qu&rsquo;\u00e0 vivre,<br \/>\nQui souffrent, esp\u00e9rant que la mort les d\u00e9livre.<br \/>\nPourrons-nous supporter plus longtemps leur regard ?<br \/>\nDonnons-leur un atout pour un nouveau d\u00e9part.<\/p>\n<p>NAISSANCE D\u2019UN PO\u00c8ME<\/p>\n<p>Sous un brouillard \u00e9pais, dans le gel du matin,<br \/>\nSecou\u00e9s de sanglots, les arbres du jardin<br \/>\nVersent des larmes d\u2019or sur le tapis de mousse.<br \/>\nEt, sur l\u2019un des rameaux,<br \/>\nL\u2019unique feuille rousse<br \/>\nServira d\u2019asile aux moineaux.<\/p>\n<p>La chape de ciel gris qui rend les gens moroses,<br \/>\nMe r\u00e9jouit autant qu\u2019un beau bouquet de roses\u00a0;<br \/>\nCe temps triste et maussade \u00e9veille mon \u00e9moi<br \/>\nEt, souvent je m\u2019\u00e9tonne,<br \/>\nTout en restant chez moi,<br \/>\nDe rena\u00eetre quand vient l\u2019automne.<\/p>\n<p>Bient\u00f4t l\u2019espace vert entourant la maison<br \/>\nSombre dans le sommeil de la morte saison.<br \/>\nLa tondeuse, au repos, s\u2019endort dans le garage<br \/>\nEt ses ronronnements,<br \/>\nFamiliers au village,<br \/>\nVont se taire jusqu\u2019au printemps.<\/p>\n<p>En suivant du regard l\u2019arbre qui se balance,<br \/>\nJe me plonge en \u00e9tat de r\u00eaverie intense,<br \/>\nUn pendule n\u2019aurait jamais pu faire mieux\u00a0:<br \/>\nUn retour sur moi-m\u00eame.<br \/>\nEt, quand j\u2019ouvre les yeux,<br \/>\nJ\u2019ai trouv\u00e9 les mots d\u2019un po\u00e8me.<\/p>\n<p>SEPARATION<\/p>\n<p>Je sens dans ton regard un reste de tendresse<br \/>\nPour l\u2019ombre du pass\u00e9 qui devant toi se dresse\u00a0;<br \/>\nNon, tu ne l\u2019aimes plus, tu le quittes, pourtant<br \/>\nTu ne penses qu\u2019\u00e0 lui sans cesser un instant.<br \/>\nTu laisses quelque part plus d\u2019une d\u00e9cennie<br \/>\nFaite de jours heureux, de ceux que l\u2019on renie<br \/>\nPour se dire, apr\u00e8s tout, qu\u2019on a bien des raisons<br \/>\nDe d\u00e9sirer partir vers d\u2019autres horizons.<br \/>\nEsp\u00e9rant son appel, le soir, au t\u00e9l\u00e9phone,<br \/>\nNonchalamment ta main sur le papier griffonne<br \/>\nEt sans aucun effort, c\u2019est son nom que je lis<br \/>\nPar-dessus ton \u00e9paule au sein des gribouillis.<br \/>\nAlors qu\u2019entre vous deux un ab\u00eeme se creuse,<br \/>\nTu ris au bout du fil, tu me parais joyeuse<br \/>\nComme l\u2019enfant qui voit s\u2019\u00e9loigner le danger<br \/>\nEt qui, de l\u2019\u00e9pouvante esp\u00e8re se venger.<br \/>\nSerait-ce le d\u00e9but d\u2019une histoire nouvelle<br \/>\nMais qui se promettrait d\u2019\u00eatre encore plus belle\u00a0?<br \/>\nSans le savoir, avant, tu n\u2019aimais qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9\u00a0;<br \/>\nLe coup de foudre passe, il reste l\u2019amiti\u00e9.<\/p>\n<p>LE JARDINIER<\/p>\n<p>Solitaire, affair\u00e9, le jardinier travaille<br \/>\nAccroupi sur le sol sous un chapeau de paille<br \/>\nIl semble l\u2019\u00e9piler de ses doigts engourdis<br \/>\nEn arrachant chiendent, liserons, herbes folles<br \/>\nInsensible au soleil tombant sur ses \u00e9paules,<br \/>\nLes ongles noirs de terre il nettoie un semis.<\/p>\n<p>Sur son front en sueur sa main passe et repasse<br \/>\nMais ce geste fr\u00e9quent sur lui, laisse une trace<br \/>\nCar il n\u2019a pas le temps de sortir son mouchoir<br \/>\nD\u2019une \u00e9toffe \u00e0 carreaux de sa poche b\u00e9ante.<br \/>\nQuand il trouve soudain sa t\u00e2che fatigante,<br \/>\nSur son arri\u00e8re-train son tronc se laisse choir.<\/p>\n<p>Qu\u2019importe si la boue a souill\u00e9 sa figure,<br \/>\nIl aime le contact avec Dame Nature<br \/>\nQu\u2019il serre sur son c\u0153ur, qu\u2019il implore \u00e0 genoux,<br \/>\nQu\u2019il gave de fumier, que le soir il arrose<br \/>\nAvec beaucoup d\u2019amour et l\u2019art d\u2019un virtuose<br \/>\nAfin qu\u2019elle lui donne ail, petits pois et choux.<\/p>\n<p>Il lui parle tout bas et sans aucune honte,<br \/>\nPersonne ne saura jamais ce qu\u2019il raconte\u2026<br \/>\nRouge, la t\u00eate en feu, le dos, les reins meurtris,<br \/>\nLes fourmis dans les pieds le rappellent \u00e0 l\u2019heure,<br \/>\nEt le jardinier, las, se dit en sa demeure\u00a0:<br \/>\nIl faut savoir souffrir pour avoir des radis\u00a0!<\/p>\n<p>LE PO\u00caTE MALHEUREUX<\/p>\n<p>Quelquefois le po\u00e8te, un \u00eatre solitaire<br \/>\nDans un groupe bruyant est le seul \u00e0 se taire<br \/>\nIl nous para\u00eet absent,<br \/>\nEloign\u00e9 du pr\u00e9sent.<br \/>\nSi sa bouche parfois peut nous sembler muette<br \/>\nC\u2019est parce que les mots lui trottent dans la t\u00eate.<\/p>\n<p>Ses pieds touchent le sol et son esprit le ciel\u00a0;<br \/>\nPour composer ses vers il se nourrit de fiel.<br \/>\nIl va tremper sa plume<br \/>\nDans l\u2019encre d\u2019amertume.<br \/>\nMais il est d\u00e9pass\u00e9 par l\u2019envol de ses mots<br \/>\nQu\u2019il ne contr\u00f4le plus, sa hargne coule \u00e0 flots.<\/p>\n<p>Le po\u00e8te est pourvu d\u2019une \u00e2me trop sensible,<br \/>\nIl re\u00e7oit droit au c\u0153ur, qui le prennent pour cible,<br \/>\nLes travers de son temps<br \/>\nTrop souvent r\u00e9voltants.<br \/>\nC\u2019est avec du venin qu\u2019il \u00e9crit un po\u00e8me.<\/p>\n<p>Dans sa qu\u00eate d\u2019amour il vaudrait mieux qu\u2019il s\u2019aime<br \/>\nEt ferme un peu les yeux<br \/>\nPour vivre plus heureux.<\/p>\n<p>BOIRE OU CONDUIRE\u00a0?<\/p>\n<p>Croyant les retrouver, il leur dit au revoir,<br \/>\nQuelques mots rituels, la bise symbolique\u00a0;<br \/>\nIl agita la main, sans m\u00eame s\u2019\u00e9mouvoir.<br \/>\nLa voiture partit d\u2019une allure \u00e9nergique.<\/p>\n<p>La maison des amis s\u2019\u00e9loigne \u00e0 l\u2019horizon,<br \/>\nSur un fond musical, il remonte la glace,<br \/>\nIl reprend ses esprits troubl\u00e9s par la boisson<br \/>\nEt, sans voir le compteur, sur le si\u00e8ge, il se tasse.<\/p>\n<p>Gris\u00e9 par la vitesse, il somnole au volant<br \/>\nEt se laisse bercer. Mais, survient un virage.<br \/>\nIl r\u00e9agit\u00a0! Trop tard, d\u2019un geste violent.<br \/>\nContre un arbre il s\u2019\u00e9crase apr\u00e8s un d\u00e9rapage.<\/p>\n<p>Comme il est sain et sauf, \u00e9pargn\u00e9 par le sort,<br \/>\nLes gendarmes diront d\u2019une mine s\u00e9v\u00e8re\u00a0:<br \/>\n\u00ab\u00a0Il ne faut surtout pas jouer avec la mort<br \/>\nNe prenez plus la route apr\u00e8s un dernier verre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>ERREUR DE JUGEMENT<\/p>\n<p>Ai-je eu tort d\u2019envier, d\u2019admirer une amie<br \/>\nPour sa fa\u00e7on d\u2019agir, pour son autonomie,<br \/>\nSon teint, la beaut\u00e9 de ses yeux,<br \/>\nPour son intelligence\u2026 Elle avait tout pour plaire,<br \/>\nElle \u00e9tait un mod\u00e8le, une femme exemplaire<br \/>\nAinsi j\u2019ai souhait\u00e9 la conna\u00eetre un peu mieux.<\/p>\n<p>Le d\u00e9sir bien souvent na\u00eet de la diff\u00e9rence<br \/>\nQu\u2019un regard sur soi-m\u00eame a mis en \u00e9vidence,<br \/>\nSensation d\u2019inachev\u00e9.<br \/>\nLe miroir renvoyait l\u2019image n\u00e9gative<br \/>\nQue je forgeais de moi, je m\u2019en sentais captive<br \/>\nAvec un ressenti d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9.<\/p>\n<p>Bient\u00f4t je d\u00e9couvris ce que cache un sourire,<br \/>\nIl remplace des mots difficiles \u00e0 dire<br \/>\nEn offrant l\u2019aspect du bonheur.<br \/>\nJe voyais maintes fois rayonner son visage<br \/>\nMais lorsque j\u2019en appris sur elle davantage<br \/>\nJe d\u00e9celai combien le masque \u00e9tait trompeur.<\/p>\n<p>Celle qu\u2019\u00e0 chaque instant je trouvais admirable<br \/>\nEn silence souffrait de ce mal incurable<br \/>\nQui nous m\u00e8ne droit au tombeau.<br \/>\nJe conserve en mon c\u0153ur la fille courageuse<br \/>\nQui m\u2019attirait si fort. Mais dois-je \u00eatre honteuse<br \/>\nSi depuis je me sens beaucoup mieux dans ma peau.<\/p>\n<p>MON FILS<\/p>\n<p>Comme je t\u2019ai vu fier quand tu mis dans mes bras<br \/>\nCe menu corps fragile aux membres d\u00e9licats,<br \/>\nAux immenses yeux bleus d\u00e9vorant le visage,<br \/>\nD\u2019un bleu clair et serein comme un ciel sans nuage.<br \/>\nDe m\u00eame qu\u2019un expert contemple une \u0153uvre d\u2019art,<br \/>\nJ\u2019observais sans pouvoir contenter mon regard<br \/>\nLa forme des sourcils nettement dessin\u00e9e,<br \/>\nLa merveilleuse bouche ardemment anim\u00e9e.<br \/>\nEt je n\u2019ai pas cess\u00e9 de faire l\u2019examen<br \/>\nDes minuscules doigts d\u2019une petite main,<br \/>\nEffil\u00e9s, tout menus, faits pour les pierres fines,<br \/>\nDe gracieuses mains d\u00e9j\u00e0 si f\u00e9minines.<br \/>\nJe n\u2019ai rien \u00e9prouv\u00e9 qui soit plus \u00e9mouvant<br \/>\nQue l\u2019heure o\u00f9 tu m\u2019offris ta fille, mon enfant,<br \/>\nCar le jeune gar\u00e7on qui gambadait nagu\u00e8re<br \/>\nCe jour-l\u00e0 devenait de ce b\u00e9b\u00e9, le p\u00e8re.<br \/>\nJ\u2019ai pens\u00e9 tout \u00e0 coup aux beaux jours r\u00e9volus<br \/>\nEt qu\u2019\u00e0 moi d\u00e9sormais tu n\u2019appartenais plus.<br \/>\nMa douleur \u00e0 la joie ainsi s\u2019\u00e9tait m\u00eal\u00e9e<br \/>\nMais face \u00e0 ton bonheur, je me suis consol\u00e9e.<\/p>\n<p>PASSANTS<\/p>\n<p>Vous, qui passez par-l\u00e0, comprenez les douleurs<br \/>\nQue l&rsquo;on peut \u00e9prouver \u00e0 perdre ceux qu&rsquo;on aime ;<br \/>\nPour nos morts nous n&rsquo;avons plus qu&rsquo;\u00e0 verser des pleurs<br \/>\nOu mettre sur leur tombe un pot de chrysanth\u00e8me.<\/p>\n<p>Nous sommes afflig\u00e9s, chacun \u00e0 notre tour :<br \/>\nLa perte d&rsquo;un mari, d&rsquo;un p\u00e8re ou d&rsquo;une m\u00e8re<br \/>\nDont l&rsquo;absence se fait plus lourde chaque jour<br \/>\nNous rend si malheureux qu&rsquo;on ne sait plus que faire.<\/p>\n<p>Si tu passes par-l\u00e0, quand tu liras ces mots<br \/>\n\u00d4 ! Passant, ne crois pas qu\u2019il suffise d&rsquo;\u00e9crire<br \/>\nPour abr\u00e9ger ma peine et soulager mes maux.<br \/>\nM\u00eame si quelquefois je parviens \u00e0 sourire,<\/p>\n<p>La blessure est toujours pr\u00e9sente dans mon c\u0153ur.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9TOILE<\/p>\n<p>Voulant r\u00e9aliser un r\u00eave de gamin<br \/>\nQui croyait que le ciel est une immense toile,<br \/>\nPensant qu\u2019il suffisait de d\u00e9ployer la main,<br \/>\nNa\u00efve, j\u2019ai voulu d\u00e9crocher une \u00e9toile.<br \/>\nQuel d\u00e9sappointement lorsqu\u2019un nuage noir<br \/>\nEn l\u2019\u00e9clipsant soudain m\u2019enlevait tout espoir\u00a0!<br \/>\nAlors je m\u2019endormais en r\u00eavant de com\u00e8te,<br \/>\nDe lune et de soleil ou d\u2019astres fabuleux.<br \/>\nEt, pour ne pas quitter ce monde n\u00e9buleux<br \/>\nUn jour, j\u2019ai r\u00e9solu de devenir po\u00e8te.<\/p>\n<p>Les \u00e9toiles sont l\u00e0, tr\u00e8s hautes dans le ciel,<br \/>\nLorsque je tends la main pour saisir la plus proche,<br \/>\nA l\u2019\u00e9clat aussi vif que celle de No\u00ebl,<br \/>\nElle s\u2019\u00e9vanouit, s\u2019enfuit \u00e0 mon approche.<br \/>\nJe ne me soumets pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9<br \/>\nQui ne m\u2019offre souvent que de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9.<br \/>\nJ\u2019ai beaucoup voyag\u00e9, vu d\u2019autres paysages,<br \/>\nA mon gr\u00e9 j\u2019ai tout fait pour changer d\u2019horizon.<br \/>\nNe se laissant jamais guider par la raison<br \/>\nMon esprit est toujours rest\u00e9 dans les nuages.<\/p>\n<p>POUR SUZETTE<\/p>\n<p>Dans la cour du couvent, sous le grand marronnier,<br \/>\nA l\u2019\u00e2ge o\u00f9 nous portions des rubans sur la t\u00eate,<br \/>\nTu jouais avec nous au ballon prisonnier.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait la mode, aussi, de nos pr\u00e9noms en ette.<\/p>\n<p>Les s\u0153urs nous ont donn\u00e9 pareils enseignements,<br \/>\nNous avons fr\u00e9quent\u00e9 toutes la m\u00eame \u00e9cole,<br \/>\nDit m\u00eames oraisons, entonn\u00e9 m\u00eames chants<br \/>\nOb\u00e9issant toujours sans dire une parole.<\/p>\n<p>Puis nous sommes pass\u00e9s par diff\u00e9rents chemins<br \/>\nEt tu choisis le tien pas toujours tr\u00e8s facile<br \/>\nPrenant la succession de tes parents en mains<br \/>\nAu lieu de t\u2019en aller comme d\u2019autres en ville.<\/p>\n<p>Le lien qui nous unit, n\u2019est pas un lien secret<br \/>\nMais nous n\u2019en connaissons pas toujours l\u2019importance.<br \/>\nLorsqu\u2019une d\u2019entre nous, aujourd\u2019hui dispara\u00eet<br \/>\nElle emporte \u00e0 jamais un peu de notre enfance.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions toutes l\u00e0, compagnes d\u2019autrefois,<br \/>\nPour te suivre jusqu\u2019\u00e0 ta derni\u00e8re demeure.<br \/>\nCe modeste po\u00e8me o\u00f9 s\u2019unissent nos voix<br \/>\nProuve que malgr\u00e9 tout notre amiti\u00e9 demeure.<\/p>\n<p>TRISTESSE<\/p>\n<p>Mars, de retour, m\u2019incite \u00e0 la m\u00e9lancolie<br \/>\nEvoquant la jeunesse, un lointain souvenir<br \/>\nQue nous aurions voulu tant pouvoir retenir\u00a0;<br \/>\nMais nous voil\u00e0 tels que l\u2019arbre qui s\u2019exfolie.<\/p>\n<p>Dans un livre j\u2019avais conserv\u00e9 l\u2019ancolie<br \/>\nT\u00e9moin du temps o\u00f9 nous parlions de l\u2019avenir,<br \/>\nO\u00f9 l\u2019amour avait su comment nous r\u00e9unir.<br \/>\nCette fleur me rappelle un serment qui nous lie.<\/p>\n<p>La vieillesse est venue, \u00e0 quoi bon larmoyer\u00a0?<br \/>\nSur notre sort cessons de nous apitoyer<br \/>\nEn faisant des douleurs un bien triste \u00e9talage.<\/p>\n<p>Surtout si les enfants ne viennent plus nous voir<br \/>\nNe les obligeons pas en raison de notre \u00e2ge<br \/>\nA se rendre chez nous par piti\u00e9, par devoir.<\/p>\n<p>RECONVERSION<\/p>\n<p>Un jour, elle a laiss\u00e9 son travail d\u2019infirmi\u00e8re<br \/>\nPour vivre \u00e0 la campagne avec un \u00e9leveur.<br \/>\nPeut-\u00eatre \u00e9tait-ce l\u00e0 sa volont\u00e9 premi\u00e8re\u00a0?<br \/>\nLe changement d\u2019emploi ne lui faisait pas peur.<\/p>\n<p>D\u00e9laissant l\u2019h\u00f4pital pour une bergerie,<br \/>\nUne ville attrayante et ses activit\u00e9s,<br \/>\nL\u2019amour pour les moutons frisant l\u2019idol\u00e2trie,<br \/>\nRien ne la retenait chez ceux qu\u2019elle a quitt\u00e9s.<\/p>\n<p>Et toute la journ\u00e9e au travail, quel courage\u00a0!<br \/>\nS\u2019occuper des agneaux, traire quand vient le soir.<br \/>\nAh\u00a0! Ce n\u2019est pas sans mal qu\u2019on fait de l\u2019\u00e9levage\u00a0!<br \/>\nD\u00e9sormais elle n\u2019a plus le temps de s\u2019asseoir.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, elle a l\u2019air parfaitement heureuse<br \/>\nAvec le compagnon que son c\u0153ur sut choisir.<br \/>\nEn elle saluons la femme aventureuse<br \/>\nQui put trouver sa voie en suivant son d\u00e9sir.<\/p>\n<p>LA PASSION DU LOTO<\/p>\n<p>Une oreille aux aguets, visage imperturbable,<br \/>\nQuelques grains de ma\u00efs en guise de jetons,<br \/>\nAbsorb\u00e9s, sans un mot, tous, autour d&rsquo;une table,<br \/>\nLeurs regards sont fix\u00e9s sur deux ou trois cartons.<\/p>\n<p>L\u00e0, sagement assis, chacun reste immobile.<br \/>\nQu\u2019ils sont bien dans la salle en ce froid hivernal,<br \/>\nOubliant les propos qui font monter la bile,<br \/>\nPour un plaisir r\u00e9el qui n&rsquo;a pas son \u00e9gal.<\/p>\n<p>Quand, du meneur de jeu, la voix rompt le silence,<br \/>\nQuelquefois renforc\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un micro,<br \/>\nIls prient secr\u00e8tement pour avoir de la chance<br \/>\nImpatients que sorte enfin leur num\u00e9ro.<\/p>\n<p>Puis une main se l\u00e8ve, on entend crier\u00a0\u00bb Quine !\u00a0\u00bb<br \/>\nToute l&rsquo;attention retombe \u00e0 ce moment.<br \/>\nUne dame a gagn\u00e9, son voisin la taquine<br \/>\nEn jetant un coup d\u2019\u0153il sur son panier gourmand.<\/p>\n<p>La plupart, malchanceux, rentreront les mains vides.<br \/>\nTant pis pour la t\u00e9l\u00e9, gigots ou canards gras !<br \/>\nEn ce dimanche ils ont nou\u00e9 des liens solides<br \/>\nEn r\u00eavant du gros lot qu&rsquo;ils n&#8217;emporteront pas.<\/p>\n<p>JOYEUX ANNIVERSAIRE<\/p>\n<p>Un an de plus, d\u00e9j\u00e0\u00a0! L\u2019automne est arriv\u00e9<br \/>\nLa feuille aux tons dor\u00e9s que le soleil caresse,<br \/>\nL\u00e9g\u00e8re dans le vent tombe sur le pav\u00e9<br \/>\nMais tu gardes toujours le m\u00eame air de jeunesse\u00a0;<\/p>\n<p>Pas un de tes cheveux sur ton front n\u2019a blanchi<br \/>\nCar tu fus \u00e9pargn\u00e9 bien plus que la nature,<br \/>\nDans ton regard nulle ombre du moindre souci,<br \/>\nLe miroir te renvoie un reflet qui rassure.<\/p>\n<p>Pour nous rien n\u2019a chang\u00e9, le temps est impuissant<br \/>\nA briser les liens que notre amour resserre.<br \/>\nEnsemble nous allons descendre le versant<br \/>\nEn esp\u00e9rant encore un autre anniversaire.<\/p>\n<p>LE SAIGNEUR<\/p>\n<p>D\u2019une minute \u00e0 l\u2019autre, on attend le saigneur,<br \/>\nLe cochon dans la soue est de mauvaise humeur,<br \/>\nIgnorant que pour lui, dans la cour, on s\u2019affaire,<br \/>\nIl conna\u00eetra ce jour, la mont\u00e9e au calvaire.<br \/>\nQuand il entend du bruit, que la fermi\u00e8re vient,<br \/>\nLe pauvre condamn\u00e9 ne se doute de rien.<br \/>\nIl va, le souffle court sur ses pattes fragiles<br \/>\nVers le lieu du supplice \u00e0 petits pas tranquilles.<br \/>\nOn le pousse, on le tient, trop tard\u00a0! il a compris.<br \/>\nOn l\u2019attache, il r\u00e9siste en poussant de grands cris.<br \/>\nPuis, bient\u00f4t le sang gicle, au fond d\u2019une bassine,<br \/>\nLiquide bouillonnant de couleur purpurine.<br \/>\nTout s\u2019est r\u00e9alis\u00e9 l\u2019espace d\u2019un \u00e9clair.<br \/>\nOn ne demande pas\u00a0: \u00ab\u00a0est-ce qu\u2019il a souffert\u00a0?\u00a0\u00bb<br \/>\nSont-ils apitoy\u00e9s par la b\u00eate mourante\u00a0?<br \/>\nOn l\u2019\u00e9tend sur la paille et, vite, on l\u2019\u00e9bouillante.<br \/>\nIl enl\u00e8ve les poils, le saigneur accroupi<br \/>\nBien avant que corps ne se soit refroidi.<br \/>\nIl a fendu le ventre, il a coup\u00e9 la t\u00eate,<br \/>\nIl est mort le cochon\u00a0! Que commence la f\u00eate.<\/p>\n<p>FILLE UNIQUE<\/p>\n<p>Mon r\u00eave le plus cher d\u2019avoir un petit fr\u00e8re<br \/>\nDemeura bien longtemps l\u2019objet de ma pri\u00e8re.<br \/>\nH\u00e9las\u00a0! Espoir d\u00e9\u00e7u.<br \/>\nPourtant avec ferveur, dans ma petite chambre,<br \/>\nJe me revois priant tous les jours de d\u00e9cembre<br \/>\nMais sans qu\u2019il soit con\u00e7u.<\/p>\n<p>Ah\u00a0! comme j\u2019enviais mes copines d\u2019\u00e9cole\u00a0!<br \/>\nJ\u2019imaginais le soir la sarabande folle<br \/>\nDes enfants r\u00e9unis.<br \/>\nJe devais inventer un \u00eatre imaginaire,<br \/>\nEt je jouais avec une simple chim\u00e8re<br \/>\nRempla\u00e7ant des amis.<\/p>\n<p>Sur ma d\u00e9ception je gardais le silence<br \/>\nEt je ne d\u00e9voilais jamais ma peine immense<br \/>\nEncor moins son objet.<br \/>\nDieu n\u2019avait pas voulu r\u00e9pondre \u00e0 ma demande.<br \/>\nA pr\u00e9sent j\u2019ai vieilli mais, toujours j\u2019appr\u00e9hende,<br \/>\nQuand j\u2019\u00e9mets un souhait.<\/p>\n<p>LE DEPART DU CURE<\/p>\n<p>Lorsque subitement la nouvelle est tomb\u00e9e,<br \/>\nLes villageois ont vu leur beau ciel s\u2019obscurcir<br \/>\nEt, ce jour-l\u00e0, chacun est rest\u00e9 bouche b\u00e9e<br \/>\nQuand le pr\u00eatre leur dit : il me faudra partir.<br \/>\nTraitant avec \u00e9gard un pauvre, un richissime<br \/>\nPas de cur\u00e9 meilleur, un pr\u00eatre rarissime<br \/>\nQui les mettait \u00e0 l\u2019aise, en rien intimidant.<br \/>\nIl les r\u00e9confortait aux messes les dimanches<br \/>\nIl ne redoutait pas de retrousser ses manches<br \/>\nL\u2019ami, le p\u00e8re, un confident.<\/p>\n<p>Il ne les quittait pas pour une autre paroisse<br \/>\nIl avait fait son temps, maintenant trop \u00e2g\u00e9,<br \/>\nLaissant derri\u00e8re lui ses brebis dans l\u2019angoisse<br \/>\nIl devait ob\u00e9ir aux lois de l\u2019\u00e9v\u00each\u00e9.<br \/>\nIl avait baptis\u00e9, port\u00e9 les morts en terre<br \/>\nMais malgr\u00e9 sa douleur chacun devait se taire.<br \/>\nLe village aux abois perdait son confesseur.<br \/>\nLe vieux clocher muet cessa son babillage<br \/>\nEt quelques habitants quitt\u00e8rent le village<br \/>\nIl n\u2019avait pas de successeur.<\/p>\n<p>MA RETRAITE<\/p>\n<p>Lorsque sonna pour moi l\u2019heure de la retraite<br \/>\nAu lieu de paresser, et d\u2019en faire \u00e0 ma t\u00eate<br \/>\nDans les bras de l\u2019oisivet\u00e9<br \/>\nJe suivis mon \u00e9toile, elle m\u2019avait choisie<br \/>\nPour me conduire sur la sph\u00e8re po\u00e9sie,<br \/>\nO\u00f9 j\u2019\u00e9crivis en libert\u00e9.<\/p>\n<p>Pendant plus de dix ans, dans des d\u00e9cors champ\u00eatres,<br \/>\nJ\u2019ai fait appr\u00e9cier les vers de nos anc\u00eatres<br \/>\nSelon les r\u00e8gles de Boileau.<br \/>\nAvec la volont\u00e9 que les \u0153uvres classiques<br \/>\nQue nous devons garder ainsi que des reliques,<br \/>\nUn beau jour ne tombent \u00e0 l\u2019eau.<\/p>\n<p>J\u2019ai lu, j\u2019ai corrig\u00e9, j\u2019ai renvoy\u00e9 des textes<br \/>\nOrganisant concours qui n\u2019\u00e9taient que pr\u00e9textes<br \/>\nA donner un enseignement.<br \/>\nSi j\u2019ai froiss\u00e9 certains qui, bien souvent refusent<br \/>\nUn conseil, ne suivant que celui de leur Muse,<br \/>\nC\u2019\u00e9tait involontairement.<\/p>\n<p>QUEL AMOUR\u00a0?<\/p>\n<p>Elle voulait partir en maison de retraite<br \/>\nQuand elle avait compris qu\u2019elle les d\u00e9rangeait.<br \/>\nIls ne lui disaient rien mais, au matin, leur t\u00eate,<br \/>\nEn la trouvant debout, sans mot dire, parlait.<\/p>\n<p>Elle allait d\u2019un pas vif et se faisait petite,<br \/>\nT\u00e2chant de deviner leur plus secret d\u00e9sir.<br \/>\nIls la consid\u00e9raient plut\u00f4t en parasite,<br \/>\nElle g\u00eanait alors qu\u2019elle croyait servir.<\/p>\n<p>Refusant de les voir, elle a ferm\u00e9 sa porte<br \/>\nA ses fils au c\u0153ur sec, vide de sentiments<br \/>\nEsp\u00e9rant que la mort vienne vite et l\u2019emporte<br \/>\nAvec son souvenir bien loin de ses enfants.<\/p>\n<p>PARLONS-NOUS<\/p>\n<p>Parler du beau, du mauvais temps<br \/>\nPermet de rompre le silence.<br \/>\nIl suffit de quelques instants<br \/>\nPour que le mur d\u2019indiff\u00e9rence<br \/>\nAcqui\u00e8re de la transparence.<\/p>\n<p>Les mots ravivent un regard<br \/>\nQui, dans la d\u00e9tresse rougeoie.<br \/>\nQu\u2019on aborde pluie ou brouillard\u2026<br \/>\nCe discours apporte la joie,<br \/>\nGr\u00e2ce \u00e0 lui le chagrin se noie.<\/p>\n<p>Le vent, la neige ou la chaleur,<br \/>\nSujet banal, l\u00e9ger, qu\u2019importe<br \/>\nS\u2019il peut mettre du baume au c\u0153ur<br \/>\nEn permettant d\u2019ouvrir la porte<br \/>\nAux paroles qui r\u00e9confortent.<\/p>\n<p>Mais la d\u00e9f\u00e9rence aujourd\u2019hui<br \/>\nTombe-t-elle en d\u00e9su\u00e9tude\u00a0?<br \/>\nOn feint de ne plus voir autrui.<br \/>\nLe mutisme est-il l\u2019attitude<br \/>\nQui fait na\u00eetre la solitude\u00a0?<\/p>\n<p>JUSQU\u2019AU BOUT DE LA VIE<\/p>\n<p>La jeunesse s\u2019en va, la passion subsiste,<br \/>\nD\u2019un amour \u00e9ternel nous r\u00eavions, amoureux,<br \/>\nAvec nous le destin se montra g\u00e9n\u00e9reux<br \/>\nEt je souhaiterais que ses faveurs persistent.<\/p>\n<p>Ton regard caressant me prouve que j\u2019existe.<br \/>\nA pr\u00e9sent si nos corps ne sont plus vigoureux,<br \/>\nIl nous reste \u00e0 passer quelques moments heureux,<br \/>\nA refaire un parcours bien souvent fantaisiste.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 pr\u00e9voir la fin il faudra consentir,<br \/>\nSur le sort r\u00e9serv\u00e9, ne pas s\u2019appesantir,<br \/>\nLa mort, de notre vie est la seule ma\u00eetresse.<\/p>\n<p>Si la souffrance impose un combat inhumain,<br \/>\nSi je lis en tes yeux une grande d\u00e9tresse,<br \/>\nJe serai toujours l\u00e0 pour te tenir la main.<\/p>\n<p>L\u2019ISOLEMENT<\/p>\n<p>Qu\u2019il pleuve, vente ou qu\u2019au dehors le ciel soit gris,<br \/>\nQu\u2019il fasse chaud ou froid, qu\u2019il g\u00e8le, peu m\u2019importe,<br \/>\nJe reste dans ma chambre et je ferme la porte<br \/>\nIl fait si bon chez moi que du temps, je souris.<\/p>\n<p>S\u2019accomplissent alors mes r\u00eaves favoris,<br \/>\nL\u00e9g\u00e8re dans le vent comme la feuille morte,<br \/>\nEn un monde irr\u00e9el soudain je me transporte<br \/>\nDerri\u00e8re ma fen\u00eatre on dirait que j\u2019\u00e9cris.<\/p>\n<p>Mon esprit en d\u00e9lire \u00e0 la fois chante et pleure<br \/>\nLe plaisir de pouvoir s\u2019isoler \u00e0 son heure,<br \/>\nBonheur dont il para\u00eet n\u2019\u00eatre jamais repu.<\/p>\n<p>On frappe \u00e0 mon carreau, ma fi\u00e8vre s\u2019est enfuie\u00a0;<br \/>\nEst-ce un volet qui claque ou le bruit de la pluie\u00a0?<br \/>\nJ\u2019esp\u00e8re encore. On vient, et le charme est rompu.<\/p>\n<p>DERNIER CHOIX<\/p>\n<p>Pourquoi ne pourrait-on pas choisir notre mort<br \/>\nPour quitter l\u2019existence \u00e0 peu pr\u00e8s sans effort<br \/>\nQuand notre pauvre corps pris par la maladie<br \/>\nN\u2019a plus que quelques jours \u00e0 go\u00fbter \u00e0 la vie,<br \/>\nQuand les yeux du mourant implorent d\u2019en finir<br \/>\nQu\u2019il ne peut plus parler, qu\u2019il ne peut que g\u00e9mir<br \/>\nQu\u2019il n\u2019est plus qu\u2019un objet sur un lit de souffrance<br \/>\nSans pouvoir couper net le fil de l\u2019existence.<br \/>\nAlors, pour les parents, n\u2019est-ce pas inhumain<br \/>\nDe le voir seul se battre et de ne faire rien,<br \/>\nD\u2019assister impuissant \u00e0 son dernier calvaire<br \/>\nAlors qu\u2019ils pourraient bien exaucer sa pri\u00e8re.<\/p>\n<p>Allons-nous obtenir enfin la libert\u00e9<br \/>\nDe pouvoir quand on veut gagner l\u2019\u00e9ternit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>LA VENGEANCE DES FLEURS<\/p>\n<p>Il \u00e9tait une fois un homme comp\u00e9tent<br \/>\nQui poss\u00e9dait le don de soigner chaque plante<br \/>\nEn sachant leur parler d\u2019une voix douce aimante.<br \/>\nMais ce bon travailleur mourut par accident.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s vite le jardin tel un champ de bataille<br \/>\nA l\u2019herbe folle avait laiss\u00e9 son libre cours<br \/>\nLes fleurs tr\u00e8s en col\u00e8re appelaient au secours<br \/>\nLe jeune rempla\u00e7ant ne faisant rien qui vaille.<\/p>\n<p>Sur une chaise assis \u00e0 l\u2019ombre des lilas<br \/>\nIl pr\u00e9f\u00e9rait bien s\u00fbr fumer sa cigarette<br \/>\nSa fum\u00e9e irritant les beaux pieds d\u2019alouette.<br \/>\nSans rien faire il semblait toujours \u00eatre tr\u00e8s las.<\/p>\n<p>H\u00e9las\u00a0! du jardinier il n\u2019a pas la vaillance<br \/>\nNi l\u2019esprit travailleur, ni le sens du devoir<br \/>\nAgissant \u00e0 son gr\u00e9 du matin jusqu\u2019au soir<br \/>\nAlors pour le punir que la f\u00eate commence.\u00a0!<\/p>\n<p>Bient\u00f4t le liseron lui fit des croche -pieds<br \/>\nLa rose lui piqua les doigts de ses \u00e9pines<br \/>\nPuis la gueule de loup releva ses babines<br \/>\nEn laissant s\u2019\u00e9chapper des gu\u00eapes par milliers\u00a0!<\/p>\n<p>Tous ces d\u00e9sagr\u00e9ments vite le d\u00e9couragent<br \/>\nIl voulait un emploi pour gagner de l\u2019argent<br \/>\nMais puisque le jardin devient trop exigeant<br \/>\nIl pr\u00e9f\u00e8re partir pour s\u2019inscrire au ch\u00f4mage\u00a0!<\/p>\n<p>CAUCHEMAR D\u2019UN P\u00c8RE NO\u00cbL<\/p>\n<p>Le soir, comme il se doit, la neige \u00e9tait tomb\u00e9e\u00a0;<br \/>\nLe sapin se dressait au centre du salon.<br \/>\nPour r\u00e9chauffer la pi\u00e8ce, une belle flamb\u00e9e<br \/>\nDont les flammes rendaient vivante la maison.<br \/>\nDerri\u00e8re la fen\u00eatre, au dehors, se devinent<br \/>\nLes flocons qui vont faire un moelleux tapis,<br \/>\nNo\u00ebl va se geler, s\u2019enrhumera, tant pis\u00a0!<br \/>\nLa gu\u00e9rison viendra par la gr\u00e2ce divine.<\/p>\n<p>Les enfants endormis semblent faire un beau r\u00eave<br \/>\nImaginant d\u00e9j\u00e0 qu\u2019ils ouvrent leurs cadeaux.<br \/>\nIls ont pri\u00e9 bien fort pour que la nuit soit br\u00e8ve.<br \/>\nMais, un fr\u00e9missement derri\u00e8re les rideaux\u2026<br \/>\nUne ombre qui s\u2019agite annonce une pr\u00e9sence<br \/>\nQui se meut dans le noir, avance \u00e0 petits pas.<br \/>\nLorsque soudain, alors, qu\u2019on ne l\u2019attendait pas<br \/>\nUn aboiement f\u00e9roce a rompu le silence.<\/p>\n<p>P\u00e8re No\u00ebl, c\u2019est lui, tire sur sa tenue<br \/>\nQui se d\u00e9chire en deux entre les dents du chien.<br \/>\nDans sa barbe il grommelle, il rousp\u00e8te, \u00e9ternue,<br \/>\nSe maudissant d\u2019avoir un excellent gardien<br \/>\nCar, le brave M\u00e9dor, n\u2019a pas flair\u00e9 son ma\u00eetre<br \/>\nAvec barbe et bonnet\u00a0; dans cet accoutrement,<br \/>\nCelui-ci lui fait \u00ab\u00a0chut\u00a0! Tais-toi\u00a0!\u00a0\u00bb S\u00e9v\u00e8rement\u00a0;<br \/>\nLe chien grogne toujours avant de se soumettre.<\/p>\n<p>P\u00e8re No\u00ebl entend les enfants dans leur chambre,<br \/>\nLes aboiements du chien les auront r\u00e9veill\u00e9s.<br \/>\nIl court pour se cacher, glisse et se rompt un membre,<br \/>\nRenversant le sapin, cadeaux \u00e9parpill\u00e9s.<br \/>\nLa lumi\u00e8re se fait, les enfants apparaissent<br \/>\nEn pleurs, d\u00e9\u00e7us sans rien comprendre \u00e0 ce bazar\u2026<br \/>\nDans son lit un papa sort de son cauchemar.<br \/>\nLa veille de No\u00ebl, combien de p\u00e8res stressent\u00a0!<\/p>\n<p>LA PEUR DE L\u2019AUTRE<\/p>\n<p>Observez ces passants qui marchent sans se voir,<br \/>\nAllant comme des sourds, muets, sans s\u2019\u00e9mouvoir,<br \/>\nIndiff\u00e9rents \u00e0 tout, dont la froideur d\u00e9route.<br \/>\nIls vont, t\u00eate baiss\u00e9e en fuyant les regards,<br \/>\nEvitant le contact, s\u2019entourant de remparts,<br \/>\nSpectres silencieux suivant la m\u00eame route.<\/p>\n<p>La crainte et la terreur tisseront leurs linceuls.<br \/>\nPar milliers, dans la foule, ils se retrouvent seuls<br \/>\nYeux mi-clos, pour voiler le miroir de leur \u00e2me.<br \/>\nSe d\u00e9fiant d\u2019autrui, chacun vit dans son coin<br \/>\nCourant apr\u00e8s le temps qu\u2019il voit filer au loin\u00a0!<br \/>\nCette fa\u00e7on d\u2019agir m\u00e9rite-t-elle un bl\u00e2me\u00a0?<br \/>\n.<\/p>\n<p>CHER BIBELOT<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dis-moi donc, aujourd\u2019hui, pourquoi cet air chagrin,<br \/>\nLes yeux riv\u00e9s au sol sur une balancelle\u00a0?<br \/>\nSur ta peau de velours une larme ruisselle<br \/>\nScintillant ainsi que la perle en son \u00e9crin.<\/p>\n<p>Les cheveux agit\u00e9s par le souffle marin,<br \/>\nTu me brises le c\u0153ur, ta peine m\u2019ensorc\u00e8le\u00a0;<br \/>\nAu fond de ton regard, pas la moindre \u00e9tincelle,<br \/>\nAucun signe vital de l\u2019idole d\u2019airain.<\/p>\n<p>Ton ombre sur le mur va, revient en cadence<br \/>\nQuand dans mon rocking-chair, d\u00e9esse \u00e0 toi je pense,<br \/>\nTellement fort parfois que j\u2019en perds la raison.<\/p>\n<p>Je redoute surtout que l\u2019on brise ou m\u2019enl\u00e8ve<br \/>\nCe bibelot si cher, l\u2019\u00e2me de la maison,<br \/>\nLa femme que je vois s\u2019\u00e9veiller dans mon r\u00eave.<\/p>\n<p>BIENT\u00d4T LE DEPART<\/p>\n<p>Il faut s\u2019accoutumer vite \u00e0 la solitude<br \/>\nAvant que le conjoint repose en un linceul,<br \/>\nQuand le moment viendra vous aurez l\u2019habitude<br \/>\nDans le vaste logis, d\u2019errer et d\u2019\u00eatre seul.<\/p>\n<p>Habituez-vous vite \u00e0 vivre sans la femme<br \/>\nQue votre c\u0153ur choisit quand vous aviez vingt ans,<br \/>\nQui vous rendit heureux et qui va rendre l\u2019\u00e2me<br \/>\nVous l\u00e9guant ses travaux pour occuper le temps.<\/p>\n<p>Ne soyons pas surpris si la mort vient nous prendre.<br \/>\nDonnons \u00e0 son visage un aspect familier,<br \/>\nNe craignons pas surtout de voir sa main se tendre<br \/>\nVers l\u2019un de nous, mais qui s\u2019en ira le premier\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019ESTH\u1ebaTICIENNE<\/p>\n<p>L\u2019esth\u00e9ticienne\u00a0? Une artiste<br \/>\nParce que son travail consiste<br \/>\nA rendre un visage plus beau<br \/>\nEn maquillant chaque d\u00e9faut,<br \/>\nLes boutons en t\u00eate de liste.<\/p>\n<p>Un peu comme l\u2019aquarelliste,<br \/>\nOu plut\u00f4t une pastelliste<br \/>\nElle se sert de son pinceau<br \/>\nL\u2019esth\u00e9ticienne.<\/p>\n<p>Aucun travers ne lui r\u00e9siste,<br \/>\nUn laideron, s\u2019il en existe<br \/>\nA la fa\u00e7on de Mirabeau,<br \/>\nSort avec un charme nouveau.<br \/>\nSerait-elle illusionniste<br \/>\nL\u2019esth\u00e9ticienne\u00a0?<\/p>\n<p>LE JARDINIER R\u00c2LEUR<\/p>\n<p>On le voit s&rsquo;acharner contre une mauvaise herbe<br \/>\nDans le lopin de terre entourant sa maison<br \/>\nA pas press\u00e9s, il va dans son jardin superbe<br \/>\nSoigner avec amour ses fleurs et son gazon.<\/p>\n<p>Il chasse les moineaux picorant les groseilles,<br \/>\nTous les audacieux effeuillant ses \u0153illets,<br \/>\nIl poursuit sans r\u00e9pit la taupe qui sommeille<br \/>\nEt garnit son terrain pour elle de collets.<\/p>\n<p>Il guette l&rsquo;\u00e9cureuil convoitant les noisettes,<br \/>\nLa limace qui veut d\u00e9vaster ses fraisiers.<br \/>\nAura-t-il piti\u00e9 des pinsons et fauvettes<br \/>\nD\u00e9sertant les buissons pour ses beaux cerisiers ?<\/p>\n<p>Si l&rsquo;orage survient, il souhaite qu&rsquo;il fuie,<br \/>\nLorsque le ciel est gris, il voudrait du beau temps,<br \/>\nMais, quand il fait trop chaud il r\u00e9clame la pluie.<br \/>\nIl vit pour son jardin quand revient le printemps.<\/p>\n<p>VILLAGES EN P\u00c9RIL<\/p>\n<p>Vieux villages par\u00e9s de vos beaut\u00e9s sereines,<br \/>\nSilencieusement, vous mourez par centaines,<br \/>\nEt depuis quelques temps vos clochers sont muets,<br \/>\nSeul le vent quelquefois fait battre les volets.<br \/>\nLes murs de vos maisons sont comme des visages,<br \/>\nBrunis, ratatin\u00e9s donnant aux paysages<br \/>\nL\u2019image d\u2019une France agreste qui se meurt,<br \/>\nD\u2019une vie amoindrie et s\u2019\u00e9chappant sans heurt.<br \/>\nCes joyaux du pass\u00e9 noy\u00e9s dans la verdure,<br \/>\nPatrimoine si cher, fond de notre culture<br \/>\nNe sont pas comme tels, encore d\u00e9couverts,<br \/>\nCar pour go\u00fbter leur charme, il faut des yeux d\u2019experts.<br \/>\nCertains ne voient en vous que masures en ruines<br \/>\nPr\u00eates \u00e0 s\u2019\u00e9crouler, lugubres sous les bruines,<br \/>\nAveugles aux secrets, courant sur les pav\u00e9s,<br \/>\nIndiff\u00e9rents aux gens qui sont ici pass\u00e9s.<br \/>\nNos villages fran\u00e7ais offrent tant de richesse<br \/>\nQu\u2019il faudrait bien un jour leur rendre leur noblesse.<br \/>\nFaisons tous un effort, \u00e9vitons leur tr\u00e9pas,<br \/>\nSi notre pass\u00e9 meurt nous ne survivrons pas.<\/p>\n<p>LA BELLE JARDINI\u00c8RE<br \/>\n(Pour Jeanine)<\/p>\n<p>D\u00e8s les premiers beaux jours quand le week-end arrive,<br \/>\nElle ouvre le portail de la vieille maison,<br \/>\nLa dame aux blonds cheveux, dans le jardin, s\u2019active<br \/>\nSans jamais rechigner pour tondre le gazon.<br \/>\nEt, face \u00e0 son combat contre les herbes folles,<br \/>\nLe lierre et le chiendent cessent leurs farandoles<br \/>\nIls n\u2019auront qu\u2019\u00e0 bien se tenir.<br \/>\nAvec le s\u00e9cateur, elle coupe, elle taille<br \/>\nLes rameaux d\u00e9lur\u00e9s qui se livrent bataille,<br \/>\nLes broussailles, bient\u00f4t, ne sont qu\u2019un souvenir.<\/p>\n<p>Elle conna\u00eet les soins qu\u2019exige chaque plante<br \/>\nEt leur lieu favori, dans l\u2019ombre, au pied d\u2019un mur.<br \/>\nElle sait leur parler d\u2019une voix douce, aimante,<br \/>\nRedresse une corolle, agit d\u2019un geste s\u00fbr.<br \/>\nLes rosiers en hiver ont rentr\u00e9 leurs \u00e9pines<br \/>\nEt se sont alli\u00e9s aux douces \u00e9glantines<br \/>\nPour offrir leurs cynorhodons.<br \/>\nL\u2019odorant ch\u00e8vrefeuille \u00e0 son support s\u2019attache<br \/>\nTandis que la pivoine agressive se cache<br \/>\nLorsque vient dans le ciel l\u2019essaim de faux bourdons.<\/p>\n<p>Afin de c\u00e9l\u00e9brer la belle jardini\u00e8re<br \/>\nQui montre de l\u2019amour \u00e0 l\u2019ensemble des fleurs,<br \/>\nLes h\u00f4tes du jardin, chacun \u00e0 leur mani\u00e8re,<br \/>\nS\u2019en vont rivaliser de formes, de couleurs.<br \/>\nEt le lilas r\u00e9pand son parfum dans l\u2019all\u00e9e<br \/>\nComme pour embaumer, d\u2019embl\u00e9e,<br \/>\nLa ma\u00eetresse des lieux et nouveaux arrivants.<br \/>\nLe muguet odorant se dresse sur sa tige,<br \/>\nActivant son odeur qui donne le vertige<br \/>\nEt c\u2019est toujours ainsi quand revient le printemps.<\/p>\n<p>RENTREE DES CLASSES DE NO\u00cbL<\/p>\n<p>Le professeur revient, car voici la rentr\u00e9e<br \/>\nSans voir sur le bureau de v\u0153ux de bonne ann\u00e9e\u00a0;<br \/>\nIl a comme toujours, l\u00e9g\u00e8rement p\u00e2li.<br \/>\nLorsqu\u2019il \u00e9tait l\u2019enfant d\u00e9licat, bien poli<br \/>\nIl ne manquait jamais d\u2019apporter \u00e0 son ma\u00eetre<br \/>\nPlus tard, au professeur, une petite lettre,<br \/>\nUne carte de v\u0153ux pleines de mots touchants<br \/>\nAinsi que le faisaient jadis tous les enfants.<br \/>\nNos jours ont vu la fin des marques de tendresse,<br \/>\nOn ne l\u2019\u00e9coute plus, c\u2019est lui que l\u2019on agresse,<br \/>\nTout seul contre vingt-sept, sans espoir de renfort,<br \/>\nUn taureau dans l\u2019ar\u00e8ne avant la mise \u00e0 mort.<br \/>\nMais il avalera sa tristesse en silence<br \/>\nIl doit durcir son c\u0153ur pour que le cours commence.<\/p>\n<p>FIN DE VIE<\/p>\n<p>Assise en son fauteuil, la fr\u00eale silhouette<br \/>\nSur son menton tremblant laisse tomber sa t\u00eate<br \/>\nOn dirait qu\u2019elle dort.<br \/>\nDans le regard \u00e9teint de ses yeux sans lumi\u00e8re<br \/>\nUne flamme se meurt, serait-ce la derni\u00e8re<br \/>\nPr\u00e9mices de la mort\u00a0?<\/p>\n<p>Plus aucun sentiment ne se lit sur sa face,<br \/>\nUne peau diaphane \u00e0 la froideur de glace<br \/>\nAccentue un r\u00e9seau de veine violet<br \/>\nO\u00f9, malgr\u00e9 l\u2019an\u00e9mie<br \/>\nSe devine la vie<br \/>\nCar le sang se faufile en un flot maigrelet.<\/p>\n<p>Son corps indiff\u00e9rent que l\u2019esprit abandonne<br \/>\nS\u2019agite quelquefois quand la bouche fredonne<br \/>\nUn air du temps pass\u00e9.<br \/>\nOn attendait un mot ou peut-\u00eatre une phrase<br \/>\nPlus qu\u2019un regard d\u00e9ment, un sourire d\u2019extase\u2026<br \/>\nL\u2019espoir s\u2019est effac\u00e9.<\/p>\n<p>On l\u2019entoure de soins, on l\u2019aime, on la prot\u00e8ge<br \/>\nOn souhaite embrasser ses beaux cheveux de neige,<br \/>\nOn voudrait l\u2019obliger \u00e0 faire quelques pas,<br \/>\nLa rendre \u00e0 l\u2019existence<br \/>\nNier notre impuissance<br \/>\nA lutter contre un mal qui ne pardonne pas.<\/p>\n<p>L\u2019ART FLORAL<br \/>\n(Pour Mich\u00e8le Vis)<\/p>\n<p>Une petite fleur secr\u00e8tement r\u00eavait<br \/>\nDe se trouver un jour au milieu d\u2019un bouquet.<br \/>\nElle pensait n\u2019avoir pas assez d\u2019\u00e9l\u00e9gance<br \/>\nOu comme l\u2019orchid\u00e9e un brin d\u2019extravagance.<br \/>\nLe parfum du lilas qu\u2019elle enviait souvent<br \/>\nEt celui du jasmin, du muguet, envo\u00fbtant<br \/>\nAccroissaient son complexe et ses couleurs trop p\u00e2les<br \/>\nN\u2019incitaient pas l\u2019abeille \u00e0 go\u00fbter ses p\u00e9tales.<br \/>\nMorose elle voyait venir les lendemains,<br \/>\nCar la fleur \u00e9prouvait des sentiments humains.<br \/>\nUn matin de printemps qu\u2019elle \u00e9tait endormie,<br \/>\nDans son profond sommeil, notre fleur fut cueillie.<br \/>\nDans la salle \u00ab\u00a0Pour Tous\u00a0\u00bb elle se retrouva<br \/>\nPour le cours d\u2019art floral qu\u2019on donne \u00e0 R\u00e9quista.<br \/>\nTr\u00e8s surprise la fleur, la corolle entrouverte,<br \/>\nVite oublia sa peur quand une main experte<br \/>\nLui rallongea la tige avec du fil de fer<br \/>\nEt lui fit une place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un aster.<br \/>\nElle qui n\u2019avait pas le fuseau de la rose,<br \/>\nParmi les belles fleurs se sentit toute chose.<br \/>\nEt c\u2019est ainsi que gr\u00e2ce \u00e0 ce club d\u2019art floral,<br \/>\nQui chaque mois r\u00e9v\u00e8le un talent sans \u00e9gal,<br \/>\nUne petite fleur r\u00e9alisa son r\u00eave<br \/>\nEt dans un bouquet rond son histoire s\u2019ach\u00e8ve.<\/p>\n<p>LE TAXI<\/p>\n<p>Le chauffeur de taxi n\u2019est pas libre longtemps.<br \/>\nIl voudrait bien r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel des passants<br \/>\nQui lui font signe dans la rue,<br \/>\nAu ras de la chauss\u00e9e, en dehors du trottoir<br \/>\nSe bousculant surtout lorsque tombe le soir,<br \/>\nSans peur d\u2019affronter la cohue.<br \/>\nL\u2019un d\u2019eux s\u2019immobilise et, dans un soubresaut,<br \/>\nLes gens se bousculant se lancent \u00e0 l\u2019assaut.<br \/>\nIl reste au volant, impassible.<br \/>\nSur la banquette arri\u00e8re ils se sont install\u00e9s,<br \/>\nLes d\u00e9tails de la course et de son but, fix\u00e9s<br \/>\nLe compteur peut tourner, infaillible.<br \/>\nIl jette des regards dans le r\u00e9troviseur<br \/>\nObserve les clients, l\u2019air interrogateur<br \/>\nMais en connaisseur il devine,<br \/>\nSe trompe rarement dans son diagnostic,<br \/>\nEn montrant de l\u2019adresse au milieu du trafic,<br \/>\nRapidement leur origine.<br \/>\nDans les heures de pointe il faut parfois longtemps<br \/>\nPour, d\u2019un pouce, avancer dans les encombrements.<br \/>\nAll\u00e8grement, il se faufile<br \/>\nLoin du calme apport\u00e9 par le milieu rural,<br \/>\nIndiff\u00e9rent \u00e0 tout car il trouve normal<br \/>\nL\u2019agitation de la ville.<\/p>\n<p>LA RIVI\u00c8RE<br \/>\nCrue du Giffou 1999<\/p>\n<p>Tranquille, elle serpente en rivi\u00e8re bien sage,<br \/>\nCommuniquant la vie \u00e0 ce beau paysage<br \/>\nO\u00f9 partout retentit son bruissement joyeux,<br \/>\nLe miroir de ses eaux prend le reflet des cieux.<br \/>\nLes amoureux souvent viennent conter fleurettes<br \/>\nSur le chemin moussu sem\u00e9 de violettes,<br \/>\nIl est le rendez-vous de nombreux promeneurs<br \/>\nTandis que les poissons attirent les p\u00eacheurs.<br \/>\nL\u2019automne est arriv\u00e9, soudain, l\u2019orage \u00e9clate,<br \/>\nLes ruisselets voisins comme des mille pattes<br \/>\nViennent se d\u00e9verser, grossissant le cours d\u2019eau<br \/>\nDont anormalement s\u2019\u00e9l\u00e8ve le niveau.<br \/>\nTout \u00e0 coup, il d\u00e9borde et se met en col\u00e8re,<br \/>\nOn ne reconna\u00eet plus la gentille rivi\u00e8re<br \/>\nNe charriant bient\u00f4t que des troncs arrach\u00e9s\u00a0;<br \/>\nEt des tas de cailloux s\u2019\u00e9talent dans les pr\u00e9s.<br \/>\n\u00ab\u00a0Rivi\u00e8re tu n\u2019es plus d\u00e9sormais notre amie<br \/>\nM\u00eame lorsque viendra le temps de l\u2019accalmie<br \/>\nCar tu fis le malheur de tous les riverains,<br \/>\nTe conduisant en tra\u00eetre en causant leurs chagrins.<\/p>\n<p>TEMPS DE CHIEN\u00a0!<\/p>\n<p>Le rideau de la pluie obscurcit la rivi\u00e8re\u00a0;<br \/>\n\u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui c\u2019est fichu, pas de truite meuni\u00e8re\u00a0\u00bb,<br \/>\nGrommellent furax les p\u00eacheurs\u00a0!<br \/>\nMalgr\u00e9 le capuchon, bottes, imperm\u00e9able<br \/>\nIls n\u2019affronteront pas l\u2019averse redoutable,<br \/>\nAlors, pour se distraire, ils chercheront ailleurs.<\/p>\n<p>Les teignes sont en f\u00eate et restent dans leur bo\u00eete,<br \/>\nDos \u00e0 dos, car elle est de plus en plus \u00e9troite<br \/>\nC\u2019est mieux que de servir d\u2019app\u00e2ts\u00a0!<br \/>\nElles ne verront pas venir la bouche ouverte<br \/>\nUne truite gourmande et qui court \u00e0 sa perte<br \/>\nEn voulant la saisir pour faire un bon repas.<\/p>\n<p>Le p\u00eacheur se morfond derri\u00e8re la fen\u00eatre,<br \/>\nIl esp\u00e8re toujours voir le soleil para\u00eetre<br \/>\nPestant contre le temps pervers.<br \/>\nDevant l\u2019ordinateur il fait des r\u00e9ussites<br \/>\nOu bien sur Internet il consulte des sites<br \/>\nTandis que le po\u00e8te \u00e9crira quelques vers.<\/p>\n<p>LE R\u00d4DEUR<\/p>\n<p>Une brise l\u00e9g\u00e8re agite le feuillage<br \/>\nO\u00f9 l\u2019oisillon s\u2019est endormi<br \/>\nLe voile du couchant s\u2019\u00e9tend sur le village<br \/>\nQui somnole \u00e0 demi.<\/p>\n<p>Les nuages ros\u00e9s se teintent d\u2019un bleu sombre<br \/>\nAux derniers rayons du soleil<br \/>\nEt soudain les couleurs se noient dans la p\u00e9nombre<br \/>\nPour un tr\u00e8s court sommeil.<\/p>\n<p>Puis l\u00e0-haut dans le ciel une \u00e9toile s\u2019allume<br \/>\nEt minuit sonne au vieux clocher\u00a0;<br \/>\nUn pas furtivement caresse le bitume<br \/>\nQui peut ainsi marcher\u00a0?<\/p>\n<p>Sur la place d\u00e9serte une ombre qui progresse<br \/>\nVient de s\u2019approcher d\u2019un camion<br \/>\nIl lui faut peu de temps oui, mais beaucoup d\u2019adresse<br \/>\nPour remplir son bidon.<\/p>\n<p>Forcer un r\u00e9servoir, en soutirer l\u2019essence<br \/>\nLui para\u00eet \u00eatre un jeu d\u2019enfant\u00a0;<br \/>\nOn pourrait imputer \u00e0 cette malveillance<br \/>\nLe prix du carburant.<\/p>\n<p>LE NOMADE<\/p>\n<p>Un gros nuage noir qui s\u2019annonce au lointain<br \/>\nTintinnabule et tr\u00e8s rapidement s\u2019avance,<br \/>\nA cette heure o\u00f9 d\u00e9j\u00e0 la brume du matin<br \/>\nTeinte de sa p\u00e2leur l\u2019espace de silence.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est rien qu\u2019un troupeau men\u00e9 par un berger,<br \/>\nG\u00e9ant au corps voil\u00e9 de simples cotonnades\u00a0;<br \/>\nDe cette mer de brume il para\u00eet \u00e9merger<br \/>\nG\u00e9n\u00e9ralement seul comme tous les nomades.<\/p>\n<p>De son pas langoureux, sans s\u2019arr\u00eater, il va,<br \/>\nVagabond d\u2019autre temps, de la Mauritanie,<br \/>\nNi las, ni fatigu\u00e9, conduit par J\u00e9hovah<br \/>\nVassal de son troupeau bient\u00f4t \u00e0 l\u2019agonie.<\/p>\n<p>Ni pr\u00e9, ni p\u00e2turage en ce vaste univers<br \/>\nErod\u00e9 par les vents\u00a0; jamais chemin ni sente.<br \/>\nSentiment d\u2019\u00e9ternel qui, pour motifs divers,<br \/>\nVerse en nous cet attrait qui toujours nous enchante.<\/p>\n<p>JAMAIS CONTENTS<\/p>\n<p>Quand pendant plusieurs jours la pluie a d\u00e9vers\u00e9<br \/>\nSur nous des torrents d\u2019eau qui font couler nos larmes<br \/>\nEmportant avec eux le r\u00eave caress\u00e9<br \/>\nD\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019hiver, de retrouver les charmes<br \/>\nD\u2019un automne furtif et d\u00e9j\u00e0 tr\u00e9pass\u00e9,<br \/>\nLes uns sont d\u00e9sol\u00e9s, une autre se lamente\u00a0:<br \/>\n\u00ab\u00a0Allons-nous revoir le soleil<br \/>\nEt retrouver un teint vermeil,<br \/>\nA la terrasse d\u2019un caf\u00e9, siroter un verre de menthe\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quand le go\u00fbt du confort domine la raison,<br \/>\nQue la soif du plaisir fait taire la sagesse,<br \/>\nNous aimerions n\u2019avoir qu\u2019une seule saison\u00a0;<br \/>\nNous choisirions l\u2019\u00e9t\u00e9 malgr\u00e9 la s\u00e9cheresse<br \/>\nQui nous tarit les puits et br\u00fble le gazon.<br \/>\nPersonne n\u2019a jamais satisfait notre envie,<br \/>\nNous ne sommes jamais contents<br \/>\nEt nous pestons contre le temps<br \/>\nAlors que nous avons la chance d\u2019\u00eatre en vie.<\/p>\n<p>QUERELLES DE VOISINAGE<\/p>\n<p>Sur le mur la mousse s\u2019agrippe,<br \/>\nL\u2019habille d\u2019un v\u00eatement vert,<br \/>\nLe lierre aussi participe.<br \/>\nSur le mur, la mousse s\u2019agrippe.<br \/>\nCe beau tissu que le temps fripe<br \/>\nEst l\u2019aire de jeu d\u2019un pivert.<br \/>\nSur le mur la mousse s\u2019agrippe,<br \/>\nL\u2019habille d\u2019un v\u00eatement vert.<\/p>\n<p>Aucun grillage ne l\u2019arr\u00eate,<br \/>\nElle passe chez le voisin<br \/>\nQui fait une dr\u00f4le de t\u00eate.<br \/>\nAucun grillage ne l\u2019arr\u00eate,<br \/>\nFurtivement, elle s\u2019appr\u00eate<br \/>\nA pulluler dans son jardin.<br \/>\nAucun grillage ne l\u2019arr\u00eate,<br \/>\nElle passe chez le voisin.<\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019une n\u00e9gligence,<br \/>\nElle fit na\u00eetre un d\u00e9saccord.<br \/>\nD\u00e9sormais, r\u00e8gne le silence.<br \/>\nCe n\u2019\u00e9tait qu\u2019une n\u00e9gligence<br \/>\nPour empoisonner l\u2019existence<br \/>\nDe deux voisins jusqu\u2019\u00e0 leur mort.<br \/>\nCe n\u2019\u00e9tait qu\u2019une n\u00e9gligence<br \/>\nQui fit na\u00eetre le d\u00e9saccord.<br \/>\nLes querelles de voisinage<br \/>\nSouvent tiennent au mur moussu.<br \/>\nSi vous faites du jardinage,<br \/>\nLes querelles de voisinage<br \/>\nDe ce loisir sont l\u2019apanage.<br \/>\nVous l\u2019apprendrez \u00e0 votre insu.<br \/>\nLes querelles de voisinage<br \/>\nSouvent tiennent au mur moussu.<\/p>\n<p>LES SUPERACTIFS<\/p>\n<p>O\u00f9 sont pass\u00e9s les enfants sages<br \/>\nCh\u00e9rubins des livres d\u2019images<br \/>\nQui se gardaient de mal agir<br \/>\nSachant qu\u2019on pourrait les punir\u00a0?<br \/>\nOn n\u2019en voit plus dans nos parages.<\/p>\n<p>Mais, autres m\u0153urs, autres usages.<br \/>\nLe grand-p\u00e8re dit\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Quels sauvages\u00a0!<br \/>\nDans une plainte, en un soupir,<br \/>\nO\u00f9 sont pass\u00e9s les enfants\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les parents c\u00e8dent aux chantages,<br \/>\nIls y trouvent des avantages.<br \/>\nPour ne pas troubler leur loisir<br \/>\nVont-ils quelquefois s\u2019enqu\u00e9rir<br \/>\nDes rejetons seuls sur les plages\u00a0:<br \/>\nO\u00f9 sont pass\u00e9s les enfants\u00a0?<\/p>\n<p>PAUVRE ENFANT DU D\u00c9SERT<\/p>\n<p>Au pays du ciel sans nuage<br \/>\nO\u00f9 l\u2019homme ne devient pas vieux,<br \/>\nDans l\u2019univers que rien n\u2019ombrage<br \/>\nOui, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il ouvrit les yeux.<\/p>\n<p>Partout le sable et la rocaille,<br \/>\nDes plateaux battus par les vents,<br \/>\nLes \u00eatres que la faim tenaille<br \/>\nRessemblent \u00e0 des morts vivants.<\/p>\n<p>Dans cet endroit o\u00f9 rien ne pousse,<br \/>\nDu reste du monde \u00e0 l\u2019\u00e9cart,<br \/>\nD\u00e9vorant presque une frimousse,<br \/>\nDes yeux attirent le regard.<\/p>\n<p>C\u2019est un pauvre petit squelette<br \/>\nDont les os transpercent la peau.<br \/>\nQuel havre le destin lui pr\u00eate<br \/>\nEst-ce une tombe, est-ce un berceau\u00a0?<\/p>\n<p>D\u2019une larme il se d\u00e9salt\u00e8re<br \/>\nC\u2019est un souffle qui le nourrit<br \/>\nSous l\u2019\u0153il impuissant de sa m\u00e8re<br \/>\nAu sein depuis longtemps tari.<\/p>\n<p>Il n\u2019a connu que la souffrance<br \/>\nDu lever du jour au coucher.<br \/>\nLa mort sera sa d\u00e9livrance<br \/>\nElle ne peut l\u2019effaroucher.<\/p>\n<p>On voudrait que cet enfant crie<br \/>\nQue sa voix monte du d\u00e9sert.<br \/>\nIl meurt \u00e0 l\u2019aube de la vie<br \/>\nMais il a d\u00e9j\u00e0 trop souffert.<\/p>\n<p>LA DEPRIME AUTOMNALE<\/p>\n<p>Par un matin d\u2019octobre un voile de brouillard<br \/>\nA recouvert le bourg comme une \u00e9charpe immense\u00a0;<br \/>\nIl se d\u00e9roule ainsi qu\u2019un immense \u00e9tendard,<br \/>\nIl \u00e9touffe les bruits, fait na\u00eetre le silence<br \/>\nEt la morosit\u00e9 de l\u2019automne blafard<br \/>\nQui, chez les gens grincheux n\u2019a pas d\u2019\u00e9quivalence<br \/>\nEt donne le cafard.<\/p>\n<p>L\u2019absence de soleil provoque la d\u00e9prime,<br \/>\nIls vont se replier et s\u2019isoler chez eux<br \/>\nSilencieux, muets mais leur humeur s\u2019exprime<br \/>\nContre leur entourage et le ciel nuageux.<br \/>\nChacun se consid\u00e8re ainsi qu\u2019une victime<br \/>\nDans l\u2019inactivit\u00e9, pelotonn\u00e9, frileux<br \/>\nEn baisse de r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Cette saison agit sur les comportements<br \/>\nEt l\u2019heure d\u2019hiver rend parfois l\u2019esprit st\u00e9rile\u00a0;<br \/>\nUn manque de sommeil et des troubles latents<br \/>\nSont les facteurs, h\u00e9las d\u2019une attitude hostile<br \/>\nChez les inadapt\u00e9s aux changements de temps\u00a0;<br \/>\nL\u2019automne pour certains s\u2019av\u00e8re difficile<br \/>\nS\u2019il faut rester dedans.<\/p>\n<p>NOUVELLE UNION<\/p>\n<p>Un couple se refait, nouvelle exp\u00e9rience\u2026<br \/>\nCes deux \u00eatres s\u2019aimant ont voulu tout quitter,<br \/>\nLeur femme, leur mari pour une autre existence<br \/>\nEn croyant que l\u2019amour va leur faire oublier<br \/>\nCelle ou celui dont ils regretteront l\u2019absence.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but tout est beau, mais bient\u00f4t chacun pense<br \/>\nAux enfants qu\u2019ils devront d\u00e9sormais partager,<br \/>\nNe voir que le week-end, quelques jours aux vacances<br \/>\nIl fallait r\u00e9fl\u00e9chir avant de s\u2019en aller<br \/>\nCar la r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas celle qu\u2019on pense.<\/p>\n<p>SALE DIMANCHE<\/p>\n<p>Le p\u00eacheur patient assis sur une souche<br \/>\nSurveille son flotteur, h\u00e9las, pas une touche,<br \/>\nLes poissons ne sont pas venus au rendez-vous,<br \/>\nPourtant, le fond du lac agit\u00e9 de remous<br \/>\nR\u00e9v\u00e8le leur pr\u00e9sence<br \/>\nEt leur inapp\u00e9tence.<br \/>\nDevant le ver, sans mordre, ils passent les filous.<\/p>\n<p>A l\u2019ombre des sapins croissant sur le rivage<br \/>\nLe p\u00eacheur parfois r\u00eave en contemplant l\u2019image<br \/>\nDes nuages, du ciel que refl\u00e8te l\u2019\u00e9tang.<br \/>\nSur le miroir de l\u2019eau quelques poissons d\u2019argent<br \/>\nViennent faire des bulles<br \/>\nEt des ronds majuscules<br \/>\nPuis prestement s\u2019en vont, du p\u00eacheur se moquant.<\/p>\n<p>Il prend un autre app\u00e2t, met un plomb \u00e0 sa ligne\u2026<br \/>\nMais, aucun changement, faut-il qu\u2019il se r\u00e9signe\u00a0?<br \/>\nTandis que ses copains ont tous abandonn\u00e9,<br \/>\nIl persiste, il s\u2019acharne, il est d\u00e9termin\u00e9.<br \/>\nAh\u00a0! Quel sale dimanche<br \/>\nSans goujon, truite ou tanche\u00a0!<br \/>\nIl rentrera bredouille et plut\u00f4t mal lun\u00e9\u2026.<\/p>\n<p>MAMY<\/p>\n<p>Je ne t\u2019ai jamais vue assise sans rien faire<br \/>\nL\u2019hiver comme l\u2019\u00e9t\u00e9 qu\u2019importe la saison<br \/>\nEt tu pr\u00e9vois toujours au sein de ta maison<br \/>\nQuelques menus travaux, afin de te distraire.<\/p>\n<p>Tu sais trouver les mots calmant l\u2019anxi\u00e9t\u00e9<br \/>\nTu devines mes peurs et mon moral en baisse,<br \/>\nMais quel est ton secret pour que l\u2019espoir renaisse<br \/>\nEt que le soleil brille en mon c\u0153ur tourment\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Tu conserves pour moi des tas de friandises\u00a0:<br \/>\nBonbons et chocolats, confitures, g\u00e2teaux.<br \/>\nJe revis mon enfance aux moments les plus beaux<br \/>\nQuand j\u2019allais avec toi cueillir poires, cerises\u2026<\/p>\n<p>Quel immense plaisir de se savoir aim\u00e9<br \/>\nDe trouver un refuge au c\u0153ur de la tourmente\u00a0!<br \/>\nTu resteras l\u2019amie et plus, la confidente,<br \/>\nJusqu\u2019\u00e0 la fin des temps ma sublime M\u00e9m\u00e9.<\/p>\n<p>DEVANT UN NU<\/p>\n<p>En face de ce corps, Madame,<br \/>\nJe plonge dans l\u2019immensit\u00e9<br \/>\nO\u00f9 je perds \u00e0 la fois mon \u00e2me,<br \/>\nL\u2019esprit devant tant de beaut\u00e9.<br \/>\nCette chair qu\u2019on voudrait \u00e9treindre<br \/>\nComment avez-vous pu la peindre\u00a0?<br \/>\nCette d\u00e9esse \u00e0 l\u2019abandon<br \/>\nPointant des seins gonfl\u00e9s de s\u00e8ve<br \/>\nProvient-elle de votre r\u00eave<br \/>\nDe votre imagination\u00a0?<\/p>\n<p>Mais qu\u2019importe soit le mod\u00e8le<br \/>\nEt si vous l\u2019avez embelli<br \/>\nMon admiration est telle<br \/>\nQu\u2019il me la faut, face \u00e0 mon lit.<br \/>\nOui, ce corps parfait, ce teint d\u2019ambre<br \/>\nJe le verrai bien dans ma chambre<br \/>\nEt celle qui me rend nerveux,<br \/>\nJe dirai\u00a0:\u00a0\u2018la belle endormie\u2019<br \/>\nPartagerait mon insomnie<br \/>\nAlors ce serait merveilleux\u00a0!<\/p>\n<p>LA DAME AUX OISEAUX<\/p>\n<p>Elle les a quitt\u00e9s dans l\u2019aurore naissante<br \/>\nCeux qu\u2019elle adorait voir \u00e0 travers les rideaux<br \/>\nQu\u2019elle tirait toujours, d\u2019une main fr\u00e9missante,<br \/>\nPour ne pas effrayer ses amis les oiseaux.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait attentive \u00e0 tous leurs faits et gestes<br \/>\nEn devinant leur chant qu\u2019elle n\u2019entendait plus.<br \/>\nComme elle souriait en les voyant si lestes<br \/>\nMalgr\u00e9 leurs petits corps arrondis, bien repus\u00a0!<br \/>\n\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026..<br \/>\nLes oiseaux ont bien vu que ce n\u2019est plus la m\u00eame<br \/>\nQui leur donne \u00e0 manger lorsque vient le matin,<br \/>\nElle veut leur montrer combien elle les aime<br \/>\nLeur dire merci pour donner vie au jardin.<\/p>\n<p>Ils l\u2019accueillent joyeux dans leur robe de moire<br \/>\n(Cela ferait un tr\u00e8s beau sujet de roman\u00a0!)<br \/>\nAvec eux, je voudrais conserver la m\u00e9moire<br \/>\nDe celle qui n\u2019est plus, que je pleure\u00a0: Maman.<\/p>\n<p>LE CLOCHARD<\/p>\n<p>Allong\u00e9 sur un banc, exposant sa mis\u00e8re,<br \/>\nUn pardessus crasseux, des ongles repoussants,<br \/>\nLe visage barbu, voici le pauvre h\u00e8re<br \/>\nQui dort et se nourrit du m\u00e9pris des passants.<\/p>\n<p>Dans un hall, dans la rue il s\u2019est fait une place<br \/>\nEt s\u2019\u00e9vade en un r\u00eave empli de cauchemars\u00a0;<br \/>\nLe pi\u00e9ton g\u00ean\u00e9 par sa d\u00e9tresse passe<br \/>\nPr\u00e9f\u00e9rant sur un chien arr\u00eater ses regards.<\/p>\n<p>Ses bras sont l\u2019oreiller pour reposer sa t\u00eate,<br \/>\nIl cache son visage au froid rude qui mord,<br \/>\nMais pour le secourir, personne ne s\u2019arr\u00eate<br \/>\nAffectant du d\u00e9go\u00fbt pour un homme ivre mort.<\/p>\n<p>On l\u2019entra\u00eene au foyer, chaque soir il r\u00e9siste<br \/>\nEn refusant l\u2019accueil de la communaut\u00e9.<br \/>\nCet \u00eatre hors du commun, d\u2019un esprit fantaisiste<br \/>\nFaisant fi du confort, aime la libert\u00e9.<\/p>\n<p>SEUL, UN CHOIX ?<\/p>\n<p>La Solitude\u00a0? Un mal qui cause des ravages,<br \/>\nQuelquefois m\u00e9connus,<br \/>\nSans choisir, elle atteint les vivants de tous \u00e2ges<br \/>\nEt ne les quitte plus.<\/p>\n<p>Comment donc la combattre\u00a0? Il existe un rem\u00e8de\u00a0:<br \/>\nSavoir ouvrir son c\u0153ur,<br \/>\nVers l\u2019autre s\u2019en aller sans attendre aucune aide<br \/>\nPour unir son malheur.<\/p>\n<p>Pourtant beaucoup de gens souffrant de solitude<br \/>\nDont chacun d\u2019eux se plaint<br \/>\nN\u2019ont pas la volont\u00e9 de changer d\u2019habitude,<br \/>\nC\u2019est qu\u2019elle leur convient.<\/p>\n<p>SAVOIR PARLER<\/p>\n<p>Je n\u2019aurai jamais eu l\u2019art de me faire entendre,<br \/>\nAussit\u00f4t que je parle on ne m\u2019\u00e9coute pas\u00a0;<br \/>\nAux talents d\u2019orateur je ne saurais pr\u00e9tendre,<br \/>\nPrononcer un discours me met dans l\u2019embarras.<\/p>\n<p>Comment fait celle qui n\u2019a pas grand-chose \u00e0 dire\u00a0?<br \/>\nLorsqu\u2019elle ouvre la bouche on gobe tous ses mots<br \/>\nJ\u2019analyse le sens du sujet qui l\u2019inspire\u00a0:<br \/>\nBanalit\u00e9s, surtout, et de menus propos.<\/p>\n<p>Ses tours sophistiqu\u00e9s intriguent l\u2019entourage<br \/>\nCar elle use pour lui d\u2019un parler sibyllin.<br \/>\nLes gens inattentifs \u00e0 mon simple langage,<br \/>\nSemblent plus r\u00e9ceptifs s\u2019il ne comprennent rien.<\/p>\n<p>Ils font donc tous semblant d\u2019\u00e9couter, de comprendre,<br \/>\nUn hochement de t\u00eate, un clignement des yeux.<br \/>\nIls se font dominer sans vouloir s\u2019en d\u00e9fendre<br \/>\nAh\u00a0! s\u2019ils pouvaient savoir que ses mots sonnent creux.<\/p>\n<p>LES COMBATTANTS<br \/>\n(pour Raymond Caulet)<\/p>\n<p>Combien de jeunes gens n\u2019ont pas revu leur terre<br \/>\nAbandonnant soudain leurs amis, leurs parents\u2026<br \/>\nIls ont quitt\u00e9 les leurs, sans rien de volontaire,<br \/>\nCes jeunes appel\u00e9s \u00e0 rejoindre les rangs<br \/>\nPour l\u2019accomplissement du devoir militaire.<\/p>\n<p>Ils doivent s\u2019arracher aux adieux d\u00e9chirants<br \/>\nDe ceux qui trouveront si longue leur absence,<br \/>\nIls iront vers le Sud jouer aux conqu\u00e9rants<br \/>\nPour offrir au drapeau leur jeune exub\u00e9rance.<\/p>\n<p>Ils quillent leur famille apr\u00e8s un bon repas<br \/>\nPour un pays lointain, autre terre de France,<br \/>\nIls tiendront un fusil, marcheront bien au pas \u2026<\/p>\n<p>Ils partirent du Lot, du Tarn, du Finist\u00e8re<br \/>\nEn ignorant, h\u00e9las\u00a0! qu\u2019ils ne reviendraient pas,<\/p>\n<p>Ils \u00e9taient engag\u00e9s dans une sale guerre.<\/p>\n<p>L\u2019HEURE DE LA RETRAITE<\/p>\n<p>Lorsque vient s\u2019achever le temps de nos labeurs<br \/>\nEt que va retentir l\u2019heure de la retraite<br \/>\nOn ne peut s\u2019emp\u00eacher de verser quelques pleurs<br \/>\nAlors que l\u2019on croyait plut\u00f4t faire la f\u00eate.<\/p>\n<p>Une page se tourne alors notre pass\u00e9<br \/>\nL\u2019espace d\u2019un instant remonte \u00e0 la m\u00e9moire<br \/>\nOn se revoit novice, un peu d\u00e9sempar\u00e9<br \/>\nAlors que commen\u00e7ait une tr\u00e8s longue histoire.<\/p>\n<p>Nous ne sommes qu\u2019un fou sur un vaste \u00e9chiquier<br \/>\nQuand l\u2019un de nous s\u2019en va l\u2019autre prend la rel\u00e8ve<br \/>\nEt l\u2019on ne tardera pas \u00e0 nous oublier<br \/>\nNos peines, nos efforts ne seront plus que r\u00eave.<\/p>\n<p>LASSITUDE<\/p>\n<p>Avec l\u2019\u00e2ge il conna\u00eet des ennuis de sant\u00e9\u00a0;<br \/>\nLe grand po\u00e8te atteint par la morosit\u00e9<br \/>\nSe soustrait \u00e0 son entourage\u00a0;<br \/>\nIl ne veut pas mourir sur un lit d\u2019h\u00f4pital<br \/>\nNi rester immobile ainsi qu\u2019un v\u00e9g\u00e9tal\u00a0;<br \/>\nComprenons-le s\u2019il perd courage.<\/p>\n<p>Cet homme plein de vie en proie \u00e0 la douleur<br \/>\nQui fait diminuer ses battements de c\u0153ur<br \/>\nNe peut \u00e9viter la souffrance.<br \/>\nLe d\u00e9sespoir l\u2019atteint, il choisit d\u2019en finir<br \/>\nSans penser aux amis pouvant le retenir,<br \/>\nIl laisse son \u00e2me \u00e0 l\u2019errance.<\/p>\n<p>Il n\u2019a pas averti ceux qui l\u2019avaient connu<br \/>\nContre son gr\u00e9, sur terre, ils l\u2019auraient maintenu,<br \/>\nEt r\u00e9dige ses v\u0153ux ultimes,<br \/>\nQue l\u2019on retrouvera sans peine \u00e0 son chevet,<br \/>\nPuis s\u2019endort calmement. Au village il a fait<br \/>\nLe don de ses biens, de ses rimes.<\/p>\n<p>D\u00e9sireux que la mort le prenne en son sommeil,<br \/>\nQue n\u2019arrive jamais le moment du r\u00e9veil,<br \/>\nQu\u2019on le laisse mourir tranquille<br \/>\nComme il avait v\u00e9cu\u00a0; tels \u00e9taient ses souhaits,<br \/>\nAspirant \u00e0 partir sur la pointe des pieds,<br \/>\nFaire du n\u00e9ant son asile.<\/p>\n<p>Il souhaitait quitter le monde des vivants,<br \/>\nLes nombreux coups de fil qu\u2019il trouvait \u00e9nervants,<br \/>\nEt mettre fin \u00e0 son probl\u00e8me.<br \/>\nQue redire \u00e0 cela puisque c\u2019\u00e9tait son choix,<br \/>\nDans un coma profond entendit-il les voix<br \/>\nDisant\u00a0: \u00ab\u00a0reste avec nous, on t\u2019aime\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>D\u00c9PART<\/p>\n<p>On se rencontre un jour, un autre on se s\u00e9pare<br \/>\nPensant que ce moment n\u2019arriverait jamais.<br \/>\nJe me retrouve ainsi sur le quai d\u2019une gare,<br \/>\nSans avoir pu te dire \u00f4 combien je t\u2019aimais.<\/p>\n<p>Mon regard \u00e9loquent dit ce que je veux taire.<br \/>\nMais seras-tu sensible au langage du c\u0153ur\u00a0?<br \/>\nJe te laisse partir pour vivre solitaire,<br \/>\nJe t\u2019aime, je te fuis, car l\u2019amour me fait peur.<\/p>\n<p>LE FACTEUR<\/p>\n<p>Nous ne le verrons plus farfouiller dans son sac<br \/>\nPour chercher le courrier qui n\u2019\u00e9tait pas en vrac,<br \/>\nIl le rangeait trop bien adresse par adresse<br \/>\nEn le manipulant avec soin et tendresse.<br \/>\nNous ne le verrons plus en uniforme bleu<br \/>\nQu\u2019un trait jaune rayait pour l\u2019\u00e9gayer un peu,<br \/>\nIl \u00e9tait attendu derri\u00e8re la fen\u00eatre<br \/>\nPour ceux qui souhaitaient le journal, une lettre.<br \/>\nNous ne le verrons plus sur son v\u00e9lo pench\u00e9,<br \/>\nSous la pluie en hiver, au soleil en \u00e9t\u00e9,<br \/>\nTr\u00e8s discret, peu bavard car sa raison majeure<br \/>\nConsistait \u00e0 passer toujours \u00e0 la m\u00eame heure.<br \/>\nDans un placard il range aujourd\u2019hui son r\u00e9veil<br \/>\nQui, d\u2019un strident appel le sortait du sommeil<br \/>\nLorsqu\u2019il se pr\u00e9lassait dans les bras de Morph\u00e9e<br \/>\nEt qu\u2019il quittait d\u2019un bond pour faire sa tourn\u00e9e.<br \/>\nLes autres vont rentrer, il choisit de partir,<br \/>\nLe bureau ne sera bient\u00f4t qu\u2019un souvenir.<br \/>\nLe travail au grand air pr\u00e9serve la jeunesse<br \/>\nEt sur lui l\u2019avenir s\u2019ouvre plein de promesse.<br \/>\nIl saura maintenant ce qu\u2019est la libert\u00e9,<\/p>\n<p>BONNE RETRAITE<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir \u0153uvr\u00e9, mis votre comp\u00e9tence<br \/>\nAu service d\u2019autrui<br \/>\nH\u00e9las\u00a0! vous nous quittez. A partir d\u2019aujourd\u2019hui<br \/>\nVous changez d\u2019existence.<\/p>\n<p>Non, nous n\u2019oublierons pas votre amabilit\u00e9<br \/>\nLes sourires de gentillesse<br \/>\nQui d\u00e9voilaient en vous une grande tendresse<br \/>\nM\u00eame de l\u2019amiti\u00e9.<\/p>\n<p>Vous donniez votre temps, vous \u00e9tiez \u00e0 l\u2019\u00e9coute<br \/>\nAvec tant de douceur<br \/>\nEt trouviez bien les mots qui s\u2019adressaient au c\u0153ur<br \/>\nPour rassurer un doute.<\/p>\n<p>En ce moment pr\u00e9cis,<br \/>\nNous devons l\u2019avouer, ce d\u00e9part nous alarme.<br \/>\nDe nos yeux vous verrez s\u2019\u00e9chapper une larme<br \/>\nEn vous disant merci.<\/p>\n<p>Il faut que vous sachiez combien on vous regrette.<br \/>\nNous garderons de vous un tr\u00e8s bon souvenir.<br \/>\nPassez une bonne retraite<br \/>\nAvec plein de bonheur pour les jours \u00e0 venir.<\/p>\n<p>LA CENTENAIRE<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, vous voil\u00e0 parvenue \u00e0 bon port,<br \/>\nAtteignant un sommet qui n\u2019est pas ordinaire<br \/>\nEt le club des A\u00een\u00e9s f\u00eate sa centenaire<br \/>\nFier de votre parcours accompli sans effort.<\/p>\n<p>On dirait que sur vous le temps n\u2019a pas de prise,<br \/>\nLes ans ont beau passer mais vous ne changez pas,<br \/>\nVous allez de l\u2019avant, au rythme de vos pas<br \/>\nAvec la volont\u00e9 qui vous caract\u00e9rise.<\/p>\n<p>Nous aimerions savoir, mais sans \u00eatre indiscrets,<br \/>\nComment vous avez pu parvenir \u00e0 cet \u00e2ge\u00a0?<br \/>\nSuffit-il de mener une existence sage\u00a0?<br \/>\nAllez-vous \u00e0 pr\u00e9sent nous donner vos secrets\u00a0?<\/p>\n<p>Serait-ce le m\u00e9tier, noble, d\u2019institutrice<br \/>\nQue vous aviez choisi, comme ont fait vos parents<br \/>\nQui vous mit \u00e0 l\u2019abri du ravage des ans<br \/>\nEn \u00e9loignant de vous la ride destructrice\u00a0?<\/p>\n<p>Quand on passe sa vie au contact des enfants,<br \/>\nOn attrape un virus, celui de la jeunesse,<br \/>\nUn virus positif repoussant la vieillesse<br \/>\nEt qui fait rester jeune d\u2019esprit \u00e0 100 ans.<\/p>\n<p>Mais vous souvenez-vous de vos petits \u00e9l\u00e8ves\u00a0?<br \/>\nLe matin, ils entraient sagement dans la cour,<br \/>\nIls \u00f4taient leur b\u00e9ret en vous disant bonjour.<br \/>\nQuand vous fermez les yeux, les voyez-vous en r\u00eaves\u00a0?<\/p>\n<p>Ils ont su, gr\u00e2ce \u00e0 vous, lire, \u00e9crire, compter.<br \/>\nTransmettre ce qu\u2019on sait n\u2019est pas toujours facile<br \/>\nM\u00eame si le disciple a l\u2019oreille docile,<br \/>\nIl faut que l\u2019enseignant soit l\u00e0, pour le guider.<\/p>\n<p>Et vous leur appreniez \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire<br \/>\nLes pleins, les d\u00e9li\u00e9s, \u00e0 la plume, \u0153uvre d\u2019art\u00a0!<br \/>\nDont ils \u00e9pongeaient l\u2019encre \u00e0 l\u2019aide du buvard,<br \/>\nEpreuve qu\u2019un Ancien saurait encore faire.<\/p>\n<p>Il fallait r\u00e9p\u00e9ter, corriger sans \u00e9moi,<br \/>\nNe pas baisser les bras, dans la pers\u00e9v\u00e9rance<br \/>\nEt compenser l\u2019\u00e9chec avec de l\u2019esp\u00e9rance.<br \/>\nPour enseigner, en somme, il faut avoir la foi.<\/p>\n<p>Vous donnez, et jamais le travail ne vous p\u00e8se,<br \/>\nVos heures sans compter et b\u00e9n\u00e9volement.<br \/>\nVous cr\u00e9ez un coll\u00e8ge, in\u00e9vitablement<br \/>\nIl portera le nom de C\u00e9lestin Sour\u00e8zes.<\/p>\n<p>FAIT DIVERS<\/p>\n<p>Elle venait d\u2019entrer dans le quatri\u00e8me \u00e2ge<br \/>\nCelui des soixante-dix ans,<br \/>\nL\u2019\u00e2ge o\u00f9 le retrait\u00e9, sort, s\u2019amuse, voyage<br \/>\nOu fr\u00e9quente les th\u00e9s dansants.<\/p>\n<p>Mais on se fragilise, on perd la r\u00e9sistance<br \/>\nIl faut savoir se m\u00e9nager<br \/>\nCar suite \u00e0 des exc\u00e8s\u00a0: repos, convalescence,<br \/>\nContr\u00f4le du boire et manger.<\/p>\n<p>Quand le d\u00e9sir nous prend plus rien ne nous arr\u00eate<br \/>\nM\u00eame s\u2019il doit nous faire mal<br \/>\nNous voil\u00e0 pr\u00eats \u00e0 tout pour une cigarette<br \/>\nQu\u2019on croit bonne pour le moral.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019elle \u00e9tait chaudement dans sa chambre<br \/>\nPar une froide nuit d\u2019hiver,<br \/>\nElle a voulu sortir en ce mois de d\u00e9cembre<br \/>\nAfin de fumer en plein air.<\/p>\n<p>Elle n\u2019aura pas su ma\u00eetriser son envie,<br \/>\nLe d\u00e9sir \u00e9tant le plus fort,<br \/>\nPour une cigarette elle a perdu la vie<br \/>\nSon choix l\u2019a pouss\u00e9e \u00e0 la mort.<\/p>\n<p>NOUVELLE ANN\u00c9E<\/p>\n<p>Le jour se l\u00e8ve et rien n&rsquo;arr\u00eate mon \u00e9lan,<br \/>\nJe m\u2019enivre d\u2019air frais jusqu&rsquo;\u00e0 la griserie<br \/>\nPuis, je ferme les yeux pour qu&rsquo;au dedans de moi<br \/>\nJe puisse retrouver l&rsquo;objet de mon \u00e9moi,<br \/>\nMagie et f\u00e9erie<br \/>\nDu premier jour de l&rsquo;an.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re ma fen\u00eatre o\u00f9 l\u2019aube enrubann\u00e9e<br \/>\nLaisse timidement passer une lueur,<br \/>\nJe me sens transport\u00e9e au temps de mon enfance<br \/>\nO\u00f9 le r\u00eave est possible, o\u00f9 l\u2019on est sans d\u00e9fense,<br \/>\nA l\u2019abri de la peur<br \/>\nD\u2019une nouvelle ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Je m\u2019imagine avec des membres tremblotants<br \/>\nDont la vieillesse aura supprim\u00e9 l\u2019\u00e9nergie.<br \/>\nEstompant le pass\u00e9 qui ne peut revenir,<br \/>\nA l\u2019horizon s\u2019annonce un morose avenir<br \/>\nEmpreint de nostalgie<br \/>\nQui vient avec le temps.<\/p>\n<p>AUX POILUS<\/p>\n<p>R\u00e9pondant \u00e0 l\u2019appel au nom de la Patrie,<br \/>\nIls vont s\u2019arracher, fiers, des bras de leurs parents.<br \/>\nIls voulaient s\u2019\u00e9lever contre la barbarie<br \/>\nIgnorant que la guerre allait durer quatre ans.<\/p>\n<p>Ils avaient \u00e0 l\u2019esprit le destin de la France<br \/>\nLeur beau pays qu\u2019\u00e0 l\u2019Est on venait d\u2019envahir<br \/>\nOubliant qu\u2019ils vivraient l\u2019horreur, la violence.<br \/>\nSans se questionner, ils surent ob\u00e9ir.<\/p>\n<p>Chacun, cible vivante en uniforme rouge,<br \/>\nHommes m\u00fbrs, jeunes gens au sortir du berceau<br \/>\nSerr\u00e9s dans la tranch\u00e9e o\u00f9 personne ne bouge<br \/>\nAttendent le signal pour monter \u00e0 l\u2019assaut.<\/p>\n<p>Dans les trous des obus qui leur servent de tombe,<br \/>\nLe barda sur le dos, dans les fils barbel\u00e9s,<br \/>\nDans les r\u00e2les d\u2019horreur, les cris quelle h\u00e9catombe\u00a0!<br \/>\nUn dernier mot \u00ab\u00a0maman\u00a0\u00bb sort des corps mutil\u00e9s.<\/p>\n<p>Il faut \u00eatre envahi par la rage de vivre<br \/>\nPour tenir au milieu d\u2019un combat inhumain.<br \/>\nIls esp\u00e9raient souvent que la mort les d\u00e9livre.<br \/>\nQue de morts enjamb\u00e9s pour gagner du terrain\u00a0!<\/p>\n<p>Des deux c\u00f4t\u00e9s, l\u2019enfer, du sang sur l\u2019uniforme<br \/>\nQuel que soit leur drapeau se sont tous des soldats,<br \/>\nEt ces Europ\u00e9ens n\u2019\u00e9taient que pauvres hommes<br \/>\nOblig\u00e9s par l\u2019absurde \u00e0 se livrer combats.<\/p>\n<p>H\u00e9ro\u00efques Poilus de nos pages d\u2019histoire,<br \/>\nPour vous, alimentons le feu du souvenir.<br \/>\nDu pass\u00e9 nous devons conserver la m\u00e9moire<br \/>\nOnze novembre, un jour qu\u2019il faudra retenir.<\/p>\n<p>LE REFUGE DU RETRAITE<\/p>\n<p>Vous voil\u00e0 seuls chez vous pour passer la retraite,<br \/>\nVous \u00eates arriv\u00e9s vers la fin du parcours,<br \/>\nEn ayant grand besoin d\u2019amour, de t\u00eate \u00e0 t\u00eate<br \/>\nEt de loisirs aussi pour occuper vos jours.<br \/>\nLes cheveux grisonnants vous donnent l\u2019air d\u2019un sage,<br \/>\nSi les rides n\u2019ont pas creus\u00e9 votre visage<br \/>\nL\u2019\u00e2ge vous a rendus beaucoup plus tol\u00e9rants.<br \/>\nVous voulez fr\u00e9quenter des copains, des amies<br \/>\nJouer \u00e0 la belote et faire des sorties<br \/>\nVous avez d\u00e9cid\u00e9 de rentrer dans les rangs.<\/p>\n<p>Autrefois vous \u00e9tiez cultivateur, berg\u00e8re<br \/>\nEnseignant, commer\u00e7ant, artisan, \u00e9picier,<br \/>\nVous \u00eates embarqu\u00e9s dans la m\u00eame gal\u00e8re<br \/>\nPaysan, boulanger, ch\u00f4meur ou jardinier\u00a0!<br \/>\nVous voguez sur les flots en qu\u00eate de tendresse<br \/>\nEt de franche amiti\u00e9 qui manque \u00e0 la vieillesse.<br \/>\nVous avez en commun la soif d\u2019activit\u00e9s<br \/>\nDans un climat meilleur, une bonne ambiance\u00a0:<br \/>\nLa porte s\u2019ouvrira sur une autre existence<br \/>\nEn franchissant le seuil du club dit des A\u00een\u00e9s.<\/p>\n<p>LA MONDAINE<\/p>\n<p>Dans la ville elle va, fait du l\u00e8che vitrine<br \/>\nDe son pas nonchalant sur de tr\u00e8s hauts talons<br \/>\nSon visage marqu\u00e9 que la poudre enfarine<br \/>\nEvoque un triste clown sous des airs fanfarons.<br \/>\nElle aime bien qu\u2019on la remarque<br \/>\nEt joue \u00e0 la femme de marque<br \/>\nFr\u00e9quentant les salons et les milieux hupp\u00e9s<br \/>\nTennis, bridge et mus\u00e9e, autant d\u2019heures futiles<br \/>\nGaspillage de temps en loisirs inutiles<br \/>\nO\u00f9 sont servis cocktails, petits fours, canap\u00e9s..\u00a0.<\/p>\n<p>S\u00e9ance de coiffeur ensuite de massage<br \/>\nElle doit \u00eatre belle et d\u00e9fier les ans<br \/>\nPour se faire admirer. H\u00e9las, sur son passage<br \/>\nNe se retournent plus que de rares passants<br \/>\nSur cet \u00eatre d\u2019un autre monde<br \/>\nAux cheveux teints de fausse blonde.<br \/>\nFr\u00e9quentant quartiers chics et les salons de th\u00e9<br \/>\nLe petit doigt lev\u00e9 pour maintenir la tasse<br \/>\nLe dos droit et rigide, une femme de classe<br \/>\nDont les mortels communs se gaussent sans bont\u00e9.<\/p>\n<p>LES VIEUX<\/p>\n<p>Quand je revois ces vieux, assis dans leur jardin,<br \/>\nGris, recroquevill\u00e9s, la tristesse m\u2019\u00e9treint.<br \/>\nLe signe de la mort inscrit sur leur visage<br \/>\nRid\u00e9, bl\u00eame, noirci, d\u00e9figur\u00e9 par l\u2019\u00e2ge.<br \/>\nDans le fond de leurs yeux, une lueur d\u2019effroi,<br \/>\nUn regard angoiss\u00e9 craignant, je ne sais quoi.<br \/>\nAinsi que deux oiseaux pressentant le rapace,<br \/>\nEux semblaient redouter, proche, la mort qui passe.<br \/>\nSur leur terre natale ils ont voulu rester,<br \/>\nIls ont pouss\u00e9 des cris pour ne pas la quitter.<br \/>\nLes jeunes sont partis d\u00e9laissant la nature.<br \/>\nIls se retrouvent seuls, n\u2019ayant pas de voiture.<br \/>\nNe pouvant plus aller faire les magasins<br \/>\nL\u2019\u00e9picier ambulant passe certains matins.<br \/>\nPour les m\u00e9dicaments ils auront l\u2019infirmi\u00e8re.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\">Qui est Pierrette CHAMPON-CHIRAC Vosgienne de naissance, puisque n\u00e9e \u00e0 Sapois, dans ce d\u00e9partement, le 27 mars 1939, quelques mois avant la d\u00e9claration de la seconde Guerre Mondiale qui va conduire ce qui reste du <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/genre\/poesie\/la-poesie-du-quotidien-pierette-champon-chirac\/\" title=\"\u00ab\u00a0La po\u00e9sie du quotidien\u00a0\u00bb  Pierette CHAMPON-CHIRAC\">[&#8230;]<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","_links_to":"","_links_to_target":""},"categories":[101,49,79],"tags":[3629,102,3637],"coauthors":[],"class_list":{"0":"post-21177","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category--champon-chirac-pierrette","7":"category-poesie","8":"category-roman","9":"tag-biographie","10":"tag-pierrette-champon-chirac","11":"tag-poesie"},"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21177","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=21177"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21177\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22516,"href":"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/21177\/revisions\/22516"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=21177"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=21177"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=21177"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/wp-json\/wp\/v2\/coauthors?post=21177"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}