{"id":2256,"date":"2009-12-15T12:44:10","date_gmt":"2009-12-15T10:44:10","guid":{"rendered":"\/7alire\/?p=2256"},"modified":"2009-12-15T12:51:02","modified_gmt":"2009-12-15T10:51:02","slug":"%c2%abpatois%c2%bb-%c2%aboccitan%c2%bb-quelle-difference-je-prefererais-tant-quon-dise-%c2%abquelles-ressemblances-%c2%bb","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/occitanie\/%c2%abpatois%c2%bb-%c2%aboccitan%c2%bb-quelle-difference-je-prefererais-tant-quon-dise-%c2%abquelles-ressemblances-%c2%bb\/","title":{"rendered":"\u00abPatois\u00bb ? \u00abOccitan\u00bb  ? Quelle diff\u00e9rence ? Je pr\u00e9f\u00e8rerais tant qu&rsquo;on dise \u00abQuelles ressemblances ?\u00bb"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Le sujet revient sans cesse tant\u00f4t avec une saine curiosit\u00e9, tant\u00f4t avec un brin d&rsquo;agressivit\u00e9 ou de  passion \u2026 de la part de ceux (ou celles) qui ne veulent pas abandonner ce terme \u2026 A chaque fois on essaie de r\u00e9pondre avec des arguments aussi convaincants \/ percutants que possibles, ceux du c\u0153ur et de l&rsquo;exp\u00e9rience, ceux plus structur\u00e9s de l&rsquo;Histoire \u2026<br \/>\nAujourd&rsquo;hui j&rsquo;ai envie de vous faire partager le tr\u00e8s beau texte que nous a d\u00e9clam\u00e9 Claude Marty lors d&rsquo;une conf\u00e9rence propos\u00e9e dans le cadre de <a title=\"Voir le site de Lengua Viva\" href=\"http:\/\/www.lengaviva.com\" target=\"_blank\">Lenga viva<\/a>, l&rsquo;universitat occitana d&rsquo;estiu de La Gu\u00e9pia\u00a0  et qu&rsquo;il a spontan\u00e9ment accept\u00e9 de d\u00e9dicacer \u00e0 \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/occitanie\/tarn-e-garona-occitan\/\">Tarn e garona occitan, association Fr\u00e9d\u00e9ric Cayrou<\/a> \u00bb pour que nous en fassions le meilleur usage possible en le transmettant  \u00e0 notre tour par tous les moyens \u00e0 notre convenance dont le site 7 \u00e0 lire !<br \/>\nBien s\u00fbr il manque l&rsquo;immense talent de diction de Claude Marti mais essayez tout de m\u00eame de le d\u00e9clamer devant votre plus grand miroir \u2026 peut-\u00eatre vous renverra -t-il le reflet de votre bonheur \u2026 <!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>PATOIS ?<\/strong><\/p>\n<figure id=\"attachment_2257\" aria-describedby=\"caption-attachment-2257\" style=\"width: 250px\" class=\"wp-caption alignright\"><strong><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-2257\" title=\"CLAUDE MARTY \/ CLAUDI MARTI \" src=\"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/wp-content\/uploads\/marty.jpg\" alt=\"CLAUDE MARTY \/ CLAUDI MARTI \" width=\"250\" height=\"188\" \/><\/strong><\/strong><figcaption id=\"caption-attachment-2257\" class=\"wp-caption-text\">CLAUDE MARTY \/ CLAUDI MARTI <\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0 Marti, pourquoi tu chantes en patois ?\u00a0\u00bb<\/strong><br \/>\nA chaque fin de concert, j&rsquo;y avais droit. C&rsquo;\u00e9tait au si\u00e8cle dernier, dans les ann\u00e9es \u00ab\u00a070\u00a0\u00bb au tout d\u00e9but de l&rsquo;aventure de la \u00ab\u00a0nouvelle chanson occitane\u00a0\u00bb, celle qui se voulait en rupture avec le \u00ab\u00a0folklore-boulet\u00a0\u00bb et commen\u00e7ait \u00e0 lancer \u00e0 travers les Pays d&rsquo;Oc des chansons arm\u00e9es comme des canonni\u00e8res \u2026<br \/>\n<strong>\u00ab\u00a0Marti, pourquoi tu chantes en patois?\u00a0\u00bb<\/strong><br \/>\nCelle-l\u00e0, je l&rsquo;attendais, je n&rsquo;y couperais pas. A l&rsquo;issue de mon \u00ab\u00a0tour de chant\u00a0\u00bb dans un foyer rural ou dans une maison de quartier, \u00e0 l&rsquo;issue des six chansons de mon r\u00e9pertoire \u2013 trente minutes en tout, pr\u00e9sentation et r\u00e9pertoire compris \u2013 s&rsquo;ouvrait le d\u00e9bat et l\u00e0, au moment m\u00eame o\u00f9 j&rsquo;enfermais ma guitare dans sa housse, \u00e0 cet instant-charni\u00e8re o\u00f9, dans le double ronronnement de la sono\u00a0\u00ab\u00a0Bouyer\u00a0\u00bb et du po\u00eale \u00e0 mazout, chacun peaufinait ses questions \u00e0 l&rsquo;intention de l&rsquo;auteur-compositeur-interpr\u00e8te, je d\u00e9celais la pr\u00e9sence du d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de permanence au sempiternel :\u00a0 \u00ab\u00a0Marti, pourquoi tu chantes en patois ?\u00a0\u00bb<br \/>\nJ&rsquo;\u00e9tais s\u00fbr qu&rsquo;il \u00e9tait l\u00e0, il ne pouvait manquer. Je le sentais \u00e0 une vibration particuli\u00e8re du premier rang o\u00f9 il devait se tenir, comme de coutume. Je le savais au starting-block, piaffant d&rsquo;impatience et faisant grincer sa chaise sur le carrelage, attendant que je me tienne debout face au public afin de me lancer dans le silence : \u00ab\u00a0Marti, pourquoi tu chantes en patois ?\u00a0\u00bb<br \/>\nC&rsquo;\u00e9tait jamais le m\u00eame quidam, il en existait d&rsquo;ailleurs deux vari\u00e9t\u00e9s. La premi\u00e8re,celle des tracass\u00e9s atrabilaires, outr\u00e9s \u2013 affirmaient-ils \u2013 par l&rsquo;expression d&rsquo;un langage \u00ab\u00a0 contraire \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb, unit\u00e9 \u00e0 laquelle moi et mes pareils les autres chanteurs \u00abpatois\u00bb ouvrions une br\u00e8che o\u00f9 ne manquaient pas de s&rsquo;engouffrer les \u00abennemis de la nation\u00bb.<br \/>\nCeux-l\u00e0 m&rsquo;amusaient, je les consid\u00e9rais avec une certaine sympathie : ils avaient tout simplement arr\u00eater leur pendule \u00e0 balancier en 1792, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 les chouans fourbissaient leurs faux et o\u00f9 les arm\u00e9es mercenaires des Bourbons d&rsquo;Espagne lorgnaient vers le Roussillon. Je les rassurais de mon mieux : s&rsquo;il le fallait je participerais moi aussi \u00e0 la lev\u00e9e en masse pour courir aux fronti\u00e8res,\u00a0 j&rsquo;\u00e9tais comme eux un citoyen actif de la R\u00e9publique &#8230; et tout \u00e9tait dit.<br \/>\nMais il y avait les autres, qui m&rsquo;horripilaient. Ceux de la vari\u00e9t\u00e9 hilares-goguenards, m\u00e9dus\u00e9s par la remise en circulation \u00ab\u00a0d&rsquo;un idiome qui ne servait plus \u00e0 rien et rapporterait moins encore\u00a0\u00bb : Marti, pourquoi tu chantes en patois ? \u00a0 Leur question suintait de m\u00e9pris, elle se voulait \u00e9tendard de modernit\u00e9 mais sentait \u00e0 plein nez le vieux graillon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab<strong> Marti, pourquoi tu chantes en patois ? <\/strong>\u00bb<br \/>\nAvant de r\u00e9pondre \u00e0 la question elle-m\u00eame, je r\u00e9cusais d&rsquo;entr\u00e9e le mot \u00ab\u00a0patois\u00a0\u00bb. Il ne venait pas de nous, les sudistes.Il n&rsquo;\u00e9tait pas de notre fait. D&rsquo;autres que nous avaient ainsi rebaptis\u00e9 notre langue d&rsquo;Oc.<br \/>\nLangue d&rsquo;Oc : ce vocable assignait un espace \u00e0 notre langue, elle avait un lieu du monde pour \u00eatre , elle identifiait les peuples qui la parlaient, qui la chantaient, qui l&rsquo;\u00e9crivaient .<br \/>\nLe mot \u00ab\u00a0patois\u00a0\u00bb, lui, renvoyait les sudistes \u00e0 des portions de territoires mal d\u00e9finis o\u00f9 vivotaient des parlers d\u00e9pourvus de nom.<br \/>\nAlors que j&rsquo;\u00e9tais encore au lyc\u00e9e, j&rsquo;avais un jour ouvert un grand dictionnaire de fran\u00e7ais : \u00ab\u00a0 Patois\u00a0\u00bb nom masculin, s&rsquo;y tenait \u00e0 la suite de \u00ab\u00a0p\u00e2tisson\u00a0\u00bb &#8211; esp\u00e8ce de courge, et voici ce qu&rsquo;expliquait le dico, je cite in extenso : \u00ab\u00a0 Patois vient probablement du radical patt exprimant la grossi\u00e8ret\u00e9. Parler, idiome local employ\u00e9 par une population g\u00e9n\u00e9ralement peu nombreuse, souvent rurale et dont la culture, le niveau de civilisation, sont inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux du milieu environnant. Par extension, langue sp\u00e9ciale consid\u00e9r\u00e9e comme incorrecte ou incompr\u00e9hensible. Voir argot, jargon.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Patois ! Avant m\u00eame d&rsquo;en lire la d\u00e9finition, je savais ce vocable insultant. Il portait en lui-m\u00eame la sonorit\u00e9 du m\u00e9pris articul\u00e9e en deux syllabe. Pa-tois ! Sa courte musique \u00e9voquait la lourdeur, la d\u00e9marche pataude d&rsquo;un langage de peu, tout juste apte \u00e0 exprimer les besoins \u00e9l\u00e9mentaires du serf, du t\u00e2cheron, du manant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Patois ! Ce mot fleurait bon le d\u00e9dain en jabot de dentelles se pavanant dans de somptueux jardins \u00e0 la Len\u00f4tre. Il empesait la suffisance majeure des potentats locaux les plus minuscules tout affair\u00e9s \u00e0 l&rsquo;imitation de leurs ma\u00eetres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Patois ! Il \u00e9tait \u00e0 la longue devenu le terme convenu par nos excellences afin de qualifier le langage de ceux qui n&rsquo;\u00e9taient en d\u00e9finitive que de la chair \u00e0 travail, de la chair \u00e0 canon, dont les jargons entrem\u00eal\u00e9s formaient du nord au sud et de l&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;ouest l&rsquo;immense mais n\u00e9gligeable rumeur de la pl\u00e8be .<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Patois, ce mot n\u00e9 dans les hautes et basses voli\u00e8res de la cour et des courtisans avait eu une chance insigne : on ne lui avait pas tranch\u00e9 le cou \u00e0 la R\u00e9volution!<br \/>\nIl avait continu\u00e9 son chemin comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait, traversant jusqu&rsquo;\u00e0 nous les empires et les r\u00e9publiques.<br \/>\nIl avait m\u00eame fini par tout recouvrir, nom commun condamnant \u00e0 l&rsquo;anonymat toutes les langues de France autres que le fran\u00e7ais. Le breton ? Patois. Le basque ? Patois. Et patois le corse, l&rsquo;alsacien, le flamand, l&rsquo;occitan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Patois \u2026 Nous-m\u00eames avions peu \u00e0 peu adopt\u00e9 ce vocable. Par amn\u00e9sie, par usure, convaincus en d\u00e9finitive qu&rsquo;il n&rsquo;en existait pas d&rsquo;autre de plus pr\u00e9cis, de plus l\u00e9gitime, de plus apte \u00e0 rendre compte de cette petite musique qui perdurait malgr\u00e9 tout au fond de nous-m\u00eames, celle de la langue d&rsquo;Oc&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fort d&rsquo;une usurpation consacr\u00e9e par l&rsquo;usage, le mot \u00ab\u00a0patois\u00a0\u00bb s&rsquo;\u00e9tait donc install\u00e9 comme un Bernard-l&rsquo;hermite dans notre propre vocabulaire. Tout semblait dit, mais sous le semblant du fatalisme, le coeur sudiste battait encore.<br \/>\nA la maison , par exemple, les termes \u00ab\u00a0languedocien\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0langue d&rsquo;Oc\u00a0\u00bb tenaient bon. Mon papet Luis en \u00e9tait le d\u00e9positaire, le d\u00e9fenseur,le propagandiste, et sa p\u00e9dagogie ne manquait pas de clart\u00e9 : \u00abClaude, le nom de notre voisin boulanger est M.Taffine. Il serait saugrenu, il serait discourtois de le saluer en disant : bonjour, M.Machin ! Ou comment \u00e7a va , M.Chose ? Eh ! Bien pour la langue d&rsquo;Oc , c&rsquo;est pareil : la moindre des politesses, c&rsquo;est de la saluer par son nom !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette politesse, je le savais, allait bien au del\u00e0 d&rsquo;une simple formule. Pour mon papet, elle s&rsquo;enra\u00e7inait dans la qu\u00eate permanente du sens de l&rsquo;existence, dans cette exploration obstin\u00e9e de soi-m\u00eame et des autres qui \u00e9tait sa r\u00e8gle de vie : s&rsquo;\u00e9duquer et \u00e9duquer. J&rsquo;en \u00e9tais le premier b\u00e9n\u00e9ficiaire : \u00abComme \u00e7a, ninet, je grandis encore un peu avec toi !\u00bb me disait-il en souriant.<br \/>\nIl croyait au savoir r\u00e9dempteur, Luis. Un jour, d\u00e9livr\u00e9s de l&rsquo;ignorance, nous finirions par devenir citoyen du monde, fr\u00e8res en \u00e9galit\u00e9 et en conscience, riches de l&rsquo;addition de nos g\u00e9nies particuliers et forts de notre fondamentale ressemblance, celle qui \u00e9mane de la raison.<br \/>\nL&rsquo;unit\u00e9 de la plan\u00e8te dans la diversit\u00e9 reconnue de tous ses peuples, tel \u00e9tait le cr\u00e9do du papet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est \u00e0 ce titre que la langue d&rsquo;Oc avait sa place chez nous, pleine et enti\u00e8re. Elle y c\u00f4toyait sans aucun probl\u00e8me les autres langues sonnant dans la maison : le castillan cousu main de mes grands-parents, le catalan des po\u00e9sies et des sardanes, le fran\u00e7ais couleur Midi et le fran\u00e7ais pointu qui sortait du poste Radiola pos\u00e9 sur le buffet de la cuisine.<br \/>\nJ&rsquo;avais droit \u00e0 tout. Jouer de plusieurs langues comme on joue de plusieurs instruments m&rsquo;enchantait. Chacune avait sa tessiture,sa rythmique, sa musique,et se changer de langue c&rsquo;\u00e9tait tout simplement beau comme se changer d&rsquo;habits pour aller voir le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et le monde d&rsquo;ici avait ses mots \u00e0 lui pour dire la courbure de l&rsquo;horizon, la hauteur du soleil, la force du vent et les paysages de l&rsquo;\u00e2me.<br \/>\nLes itin\u00e9raires de mon enfance, ceux qui sont en pente douce et m\u00e8nent \u00e0 devenir grands, je les entends encore avec ces mots-l\u00e0 \u00ab\u00a0 Jos lo c\u00e8l, i a montanhas, pechs e serras, recs, rius e flumes que davalan a la mar, e, al mitan de tot, entre calor e freg, entre aigat e secada, l\u00a0&lsquo;\u00f2me de pertot , e d&rsquo;en pertot pari\u00e8r \u00bb &#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Marti, pourquoi tu chantes en occitan ?<\/strong> Voil\u00e0, voil\u00e0 pourquoi .<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">CLAUDE MARTY \/ CLAUDI MARTI<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"mh-excerpt\">Le sujet revient sans cesse tant\u00f4t avec une saine curiosit\u00e9, tant\u00f4t avec un brin d&rsquo;agressivit\u00e9 ou de passion \u2026 de la part de ceux (ou celles) qui ne veulent pas abandonner ce terme \u2026 A <a class=\"mh-excerpt-more\" href=\"https:\/\/www.o-p-i.fr\/7alire\/occitanie\/%c2%abpatois%c2%bb-%c2%aboccitan%c2%bb-quelle-difference-je-prefererais-tant-quon-dise-%c2%abquelles-ressemblances-%c2%bb\/\" title=\"\u00abPatois\u00bb ? \u00abOccitan\u00bb  ? 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